MODIFICATIONS SUBIES PAR LE PROTOPLASMA
du protoplasma sous Vinfluence des agents anesthésiques, pouvait rendre compte de la presque totalité des phénomènes auxquels ces agents donnent lieu chez les êtres vivants. Cette hypothèse de la coagulation du protoplasma a été démontrée sinon inexacte, du moins insuffisante; et, actuellement, elle tendrait à être remplacée par une hypothèse extrêmement voisine due à M. Raphaël Dubois et qui est la suivante.
Sous rinfluence des anesthésiques, la tension de dissociation entre Teau et les tissus serait augmentée dans une très notable mesure; c'est sous l'influence de cette dissociation que les organismes inférieurs passeraient à l'état de vie latente capable d'être conservée pendant un temps considérable, avec la possibilité de récupérer leur évolution normale lorsque» les anesthésiques étant supprimés, les conditions étant changées par conséquent, la fixation de l'eau sur leurs tissus permettrait la réapparition des phénomènes qui accompagnent leur vie.
Ce qu'il y a de certain, c'est que, comme je viens de vous le démontrer par un certain nombre d'exemples, l'irritabilité, la molilité sont entravées, arrêtées même, non seulement chez les plantes, mais chez les organismes inférieurs, chez les microbes, chez les leucocytes, dans les cils vibratiles, enfin dans toutes les cellules plus ou moins difi'érenciées. Bien plus, on aurait pu constater expérimentalement chez l'homme et les animaux, dans l'anesthésie réalisée au moyen de l'éther, que le volume des hématies subissait une diminution assez notable; et cette diminution serait tout à fait en corrélation avec la diminution de la capacité respiratoire que je vous signalais dans notre précédente réunion, avec la diminution de la quantité d'oxygène consommé et de l'acide carbonique produit.
La théorie de M. Raphaël Dubois repose sur un certain nombre d'expériences dont nous avons reproduit quelques-unes devant vous. Voici deux substances difl^érentes : d'une part, un fruit, une orange; et de l'autre, une plante grasse, un cactus. Ces deux produits ont été abandonnés chacun dans l'atmosphère d'une cloche sous laquelle on a mis une certaine quantité d'éther anhydre; l'atmosphère de chacune de ces deux cloches est donc une atmosphère éminemment anesthésique et vous pouvez voir que l'orange est ridée, ratatinée, que son écorce est parsemée de gouttelettes liquides constituées par l'eau contenue auparavant dans la pulpe du fruit, eau qui s'est
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séparée mécaniquement, ou plutôt physiquememt, par le fait de Faction de la vapeur anesthésiante ; cette eau vient sourdre à la surface du fruit, absolument de la même façon que si Ton avait placé ce fruit dans une glacière et qu'on Teût soumis à la gélification. Il en est exactement de même pour le cactus.
Comme je viens de le dire, ces phénomènes sont absolument analogues à ceux que produit le froid. Le froid détermine la séparation de Teau des substances organiques qui la contiennent à Tétat de combinaison; sous son influence, le protoplasma se déshydrate; et, sous ce rapport, il y a un rapprochement très curieux et très étroit, à faire entre le froid et les anesthésiques : vous savez que le froid est un anesthésique, je vous Tai déjà fait pressentir et nous nous en occuperons à titre d'analgésique local un peu plus tard. Non seulement il y a un rapprochement à faire entre le froid et les anesthésiques au point de vue de leur action sur les organismes vivants, mais encore entre les anesthésiques et les antiseptiques. Les anesthésiques, d'ailleurs, sont d*admirables antiseptiques et vous savez qu'on peut parfaitement conserver, sans la moindre altération, en présence de vapeurs anesthésiques, des substances éminemment altérables, comme de la chair musculaire ou des substances organiques capables de se putréfier rapidement, sans que ces substances subissent la moindre métamorphose. D'autre part, l'imbibition, l'hydratation sont elles-mêmes plus ou moins énergiquement entravées; et, l'on peut obtenir, sous l'influence des anesthésiques comme sous l'influence du froid ou des antiseptiques, la séparation de l'eau contenue dans le protoplasma.
C'est au moyen du froid, c'est au moyen de l'éther, qu'on peut séparer l'hémoglobine contenue dans les hématies; tous ces phénomènes sont d'ordre physico-mécanique et physico-chimique absolument semblable.
Les anesthésiques sont donc, à tout prendre, des agents produisant des modifications autant physiques que chimiques. On ne peut s'empêcher de reconnaître à l'action de ces anesthésiques une certaine analogie, mais non pas une identité, avec ce qui se passe dans une très curieuse série d'expériences qui sont dues à Graham. Je vous parlais tout à l'heure de la coagulation du protoplasma sous l'influence des substances anesthésiques; le protoplasma, vous le savez, est constitué par une masse de consistance gélatineuse, une masse
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qu'on ne saurait mieux définir, quant à son aspect, que par l'appellation de colloïde; eh bien, précisément, les expériences de Graham à propos des substances colloïdes vont nous montrer un mécanisme absolument analogue à celui qui se produit lorsque les anesthésiques agissent sur le protoplasma vivant.
Vous savez que M. Graham a obtenu certains composés purement minéraux, insolubles d'ordinaire et présentant une structure compacte, sous forme de corps fluides ou tout au moins ayant une consistance analogue à celle de la gélatine : il a préparé ainsi de Talumine, de Toxyde de fer, de la silice, à l'état gélatineux, et il a donné à ces produits ainsi physiquement modifiés le nom d'hydrogèles. Eh bien, lorsqu'on vient à mettre ces substances en présence d'une certaine quantité d'alcool, par un phénomène purement mécanique et sans que la constitution moléculaire apparente de la substance vienne à changer, on voit l'alcool se substituer à l'eau, et alors prend naissance ce que Graham a appelé un alcoogèle. De même, on peut ensuite substituer Téther à l'alcool et faire ainsi ce qu'il a appelé un éthérogèle. Les transformations inverses sont également possibles, on peut passer d'un éthérogèle à un alcoogèle, puis à un hydrogèle ; et il y a là une action de masse, quelque chose d'absolument analogue, sinon identique, à ce qui se passe dans le protoplasma vivant lorsqu'il est exposé à l'action des substances anesthésiques.
D'aillcuj-s, il est un fait absolument certain, c'est qu'un état déterminé d'hydratation du protoplasma est une condition rigoureusement indispensable de son fonctionnement physiologique; toutes les manifestations vitales sont suspendues, temporairement ou définitivement, quand cette condition n'est pas satisfaite; et nous venons de voir que les anesthésiques étaient capables de modifier cette constitution physique du protoplasma, quant à la quantité d'eau qu'il peut fixer pour que ses manifestations vitales puissent être réalisables.
Les expériences de déshydratation du protoplasma, quelle qu'en soit la forme, sous l'influence des anesthésiques, sont extrêmement faciles à réaliser. Voici trois substances qui peuvent nous servir de types : d'abord, une peau de grenouille qui a été mise en suspension dans de l'eau saturée de chloroforme; cette peau de grenouille est dans ce liquide depuis une période un peu moindre que vingt-quatre heures et elle est déjà dans un état tout particulier, elle ressemble à une peau tannée; voici d'autre part un muscle de grenouille qui a