‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 69 sur 406 · QUATRE PERIODES · texte numérisé non relu

QUATRE PERIODES

(l*abord; ensuite vient la région de la moelle, puis la région bulbaire,

sur laquelle se portent en dernier lieu les efforts de Tanesthésique. ",■.!;

On peut donc reconnaître quatre périodes successives caractérisant l'emploi des anesthésiques ; certains physiologistes réduisent ces quatre périodes à trois; je crois qu'il est inflniment plus conforme à la réalité des faits et à la facilité de Tétude d'admettre avec M. Dastre les quatre périodes que je vais vous citer et qui sont caractérisées : la première, par la suspension des fonctions du cerveau, d'où résulte par conséquent le sommeil; la seconde, par l'abolition des fonctions de la moelle considérée comme conducteur de la sensibilité, d'où l'aneslhésie complète; la troisième, par l'abolition des fonctions des régions de la moelle présidant aux réactions musculaires, d'où résultent l'inertie et la résolution; enfin, la quatrième, caractérisée par l'abolition des fonctions du bulbe, c'est celle à laquelle il ne faut pas arriver, celle d'où résulte la cessation de la respiration, l'arrêt du cœur et par conséquent la mort.

Il y a une loi physiologique que vous connaissez tous, et en vertu de laquelle toutes les fois qu'un poison abolit les propriétés d'un organe nerveux, il commence par les exalter; eh bien, c'est précisément ce qui se produit avec tous les anesthésiques, et cela à un degré plus ou moins intense, suivant la nature de l'anesthésique employé. Cette période d'excitation précède la paralysie dans tous les cas, même chez la sensilive; et vous avez peut-être pu voir qu'au moment où on a approché des rameaux de sensitive qu'on a anes- Ihésiés le vase renfermant de la vapeur de chloroforme, il y a eu une période d'excitation qui s'est traduite par des mouvements qu'on pourrait appeler convulsifs des folioles de la plante; cette phase d'excitation est variable, comme je viens de vous le dire, avec les différents anesthésiques. Avec le protoxyde d'azote, par exemple, qui est un anesthésique foudroyant, il semble que la phase de paralysie s'établisse d'emblée; avec le chloroforme la phase d'excitation est déjà très évidente, elle l'est plus encore avec l'éther, elle le serait encore davantage avec d'autres anesthésiques convenablement choisis.

Bien entendu, il faut tenir compte de la façon dont Tanesthésique est employé, dont il est présenté à l'individu, parce que, lorsqu'on emploie certains procédés d'anesthésie un peu brusques, un peu rapides, les phénomènes sont véritablement subintrants et il est alors

impossible d'établir la dissociation dont je parlais tout à Theure et de distinguer les quatre périodes que je viens de vous énoncer.

Tableau des phénomènes de Tanesthésie. — Voyons quelle est la succession chronologique des phénomènes de Tanesthésie. Je dois vous dire tout de suite que ce n*est pas à Thôpital qu'il faut aller chercher ce tableau des phénomènes de Tanesthésie, vous ne Ty verrez jamais, pour la raison que je viens de vous dire : dans la pratique chirurgicale, on cherche à aneslhésier le malade le plus rapidement possible, à utiliser aussi le plus rapidement possible Tétat anesthésique et Ton a vraiment bien autre chose à faire que d*épier les quatre périodes que je viens de retracer. Mais celte succession des quatre périodes peut être très facilement reproduite en déterminant Tanesthésie chez les animaux, ou même chez les individus, comme on Ta fait au laboratoire de Paul Bert sur des individus qui ont bien voulu se prêter à ces expériences, et en employant la méthode de Paul Bert, la méthode des mélanges titrés.

Je vous rappelle ce que je vous ai déjà dit dans notre dernière réunion, qu'avec un mélange à 10 p. 100 Tanesthésie peut être entretenue sans le moindre danger chez Thomme et chez Tanimal pendant une période de près de trois heures; et que ce mélange à 10 p. 100 paraît, au point de vue physiologique, et probablement aussi au point de vue de l'application clinique, le mélange optimum.

N'oublions pas que la marche de l'anesthésie varie d'une seconde à l'autre, quand le titre du mélange varie. Si les conditions sont variables, les résultats ne seront pas comparables; aussi la méthode des mélanges titrés a-t-elle rendu de grands services pour l'élude de la physiologie des anesthésiques. Bornons-nous à supposer le tableau que va présenter l'anesthésie pratiquée avec un mélange à 10 p. 100. J'ai déjà appelé votre attention sur un certain nombre de phénomènes que je vais vous rappeler très rapidement.

Au début tout à fait de l'action anesthésique, on observe la diminiltion de la thermogenèse, l'abaissement de température, le ralenlissement de la nutrition; les échanges respiratoires sont moins actifs; le sang artériel, comme je vous en ai donné des exemples par des chiffres tirés des expériences de Paul Bert, se charge d'acide carbonique. Des changements correspondants s'observent du côté des mouvements respiratoires et circulatoires. Les mouvements respiratoires présentent une augmentation marquée d'amplitude.

mais ces mouvements sont calmes, réguliers, si aucune cause étrangère ne vient susciter des réflexes qui modifient le rythme. Pendant la période de narcose confirmée, la respiration est ralentie ; mais, à cette période, on observe une diminution d'amplitude assez notable des mouvements respiratoires thoraciques, tandis que les mouvements respiratoires abdominaux sont au contraire augmentés. Les excitations périphériques, quelle qu'en soit la nature, déterminent un notable accroissement du nombre et de Tamplitude des mouvements respiratoires. Mais un fait qui est fort important et qu'il y a lieu de retenir à cause de ses applications pratiques est le suivant : la puissance de Teflort inspiratoire, et encore plus celle de Tefl'ort expiratoire sont considérablement amoindries; nous verrons plus tard rintérêt que ce fait présente. Quant à l'amplitude et à la rapidité du pouls, elles sont augmentées au début et diminuées plus tard; elles suivent en cela, comme toujours d'ailleurs, le même rythme que les modifications subies par la respiration.

La tension sanguine s'abaisse dans une notable proportion, elle peut atteindre, à la période de narcose confirmée, le tiers de sa valeur normale. Enfin, l'action inhibilrice du pneumogastrique sur la respiration et la circulation cardiaque est augmentée par suite de TalTaiblissement du bulbe et du muscle cardiaque., qui sont déjà en partie envahis, ainsi que les ganglions accélérateurs, par l'action de la substance anesthésique. Au début, on peut observer une très légère congestion de la face et du cerveau; à la période de sommeil confirmée, c'est en général de la pâleur qu'on observe; souvent se produisent, comme vous le savez, des sueurs et de la salivation.

Le système nerveux, comme je vous l'ai déjà dit, est primitivement atteint, mais nous savons aussi que les échanges sont modifiés dans l'intimité même des tissus; et, à son tour, cette modification des échanges réagit sur le système nerveux, de sorte que, tant par l'action propre de l'anesthésique sur tous les tissus que par son activité particulièrement intense sur les éléments du système nerveux et en raison des troubles secondaires qui en résultent, les hypno-anesthésiques arrivent à éteindre successivement toutes les manifestations physiologiques, depuis les plus élevées, d'abord, jusqu'aux plus humbles, au moment de la mort.

Quelques détails, à présent, sur les manifestations qu'on peut observer, et vous allez voir que les considérations dans lesquelles

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