ABOLITION OU PERSISTANCE DU SOUVENIR
de la jeune fille deux religieuses qui cherchèrent à la distraire, à Toccuper en lui montrant des gravures, en lui racontant des histoires. Tout d*un coup, on lui couvrit la figure d'une compresse imprégnée de chloroforme, de manière à déterminer Tanesthésie par la méthode dite étouffante; au bout de quelques minutes et après quelques mouvements de défense, la jeune fille succomba à Tanesthésie. Sédillot pratiqua l'ablation des polypes; l'opération dura environ 20 ou 25 minutes; on arrêta Thémorragie au moyen de lotions froides, on fit les pansements nécessaires, on changea complètement le lit de la malade, on la rétablit avec ses deux gardesmalades, ses gravures, et, au bout d'un certain temps, la jeune fille se réveilla sans le moindre souvenir de ce qui s'était passé, tellement qu'elle fut fort étonnée, pendant les journées qui suivirent, dé moucher du sang, de ressentir une certaine douleur dans le pharynx et dans les fosses nasales, et qu'elle resta absolument convaincue que la guérison succédant à cette opération n'était pas due à autre chose qu'à des injections dessiccatives qui lui avaient été ordonnées pour parfaire la cicatrisation après l'opération chirurgicale.
Il y a, comme vous le voyez, car je pourrais en citer d'autres, des exemples de résultats absolument opposés : d'une part, abolition complète ; d'autre part, persistance du souvenir. Il s'agit, dans le cas de la jeune fille que je viens de vous citer, d'une malade au moins nerveuse, peut-être même hystérique, c'est possible; mais ces malades-là sont en somme assez fréquents et vous voyez qu'au point de vue médico-légal ce seul fait de Sédillot, qui est absolument incontestable, qui a été rapporté par un grand nombre d'auteurs et notamment par Claude Bernard dans ses études sur les aneslhésiques et l'asphyxie, ce fait peut laisser admettre parfaitement la possibilité d'attentats exercés à l'aide du chloroforme.
Vous savez qu'au point de vue médico-légal cette question s'est posée à plusieurs reprises de savoir s'il était possible à un individu d'en chloroformiser un autre sans qu'il s'en doute, de façon à le dévaliser ou à pouvoir commettre sur lui un attentat quelconque. Le fait de Sédillot permet cette interprétation : il faut cependant reconnaître que le sommeil confirmé, sous l'influence des anesthésiques, est, dans la grande majorité des cas, un sommeil sans perception, sans conscience, sans rêves, et que le réveil est absolument sans le moindre souvenir.