‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 73 sur 406 · V« LEÇON · texte numérisé non relu

V« LEÇON

PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DE L' ANE8TH É8IE. — THÉORIES PHYSICO-CHIMIQUES DU SOMMEIL

n nous reste à terminer en quelques mots Texamen, que nous avions commencé dans notre dernière réunion et que le temps nous a obligé d'interrompre, du tableau des phénomènes provoqués par l'anesthésie.

Je vous ai décrit la première période, celle qui correspondait à l'atteinte des centres' cérébraux; il nous reste à voir maintenant rapidement les trois autres périodes que caractérise la succession des phénomènes déterminés par les ditTérents anesthésiques.

Manirestations médullaires. — La seconde période est celle qu on pourrait appeler la période des manifestations médullaires. C'est cette période qui correspond, ainsi que je vous l'ai déjà dit, à l'abolition des fonctions des territoires de la moelle où aboutissent les nerfs sensitifs. La sensibilité disparait sous ses différentes formes : c'est d'abord la perception de la douleur qui subit la première atteinte et qui se trouve tellement atténuée, bien que la sensibilité tactile soit encore conservée, que l'individu sous l'influence de l'anesthésique, du chloroforme, par exemple, est encore capable de percevoir très nettement le contact et le froid d'un instrument tranchant sans ressentir la moindre douleur à la suite de la section des tissus. C'est encore à cette même période, et en vertu de ce même phénomène, qu'une femme en travail perçoit parfaitement les contractions utérines sans en éprouver la moindre douleur.

Mais c'est principalement dans des méthodes que nous étudierons sous le nom de méthodes mixtes d'hypo-anesthésie qu'on peut voir les phénomènes les plus remarquables de dissociation de la sensibi-

104 MANIFESTATIONS MEDULLAIRES

lité. C'est ainsi par exemple que dans Thypno-anesthésie déterminée par'rinjection de chlorhydrate de morphine suivie d'inhalation du chloroforme, on a pu citer le fait d'une malade chez laquelle on pratiquait l'excision de végétations vulvaires et qui comptait les coups de ciseaux sans manifester la moindre trace de douleur au cours de cette opération.

A cette phase succède la disparition des perceptions conscientes incomplètes, tandis que les perceptions inconscientes subsistent encore et sont démontrées par la persistance des réflexes. Il en résulte une période assez courte, difficile même à mettre en évidence si ce n'est par le procédé opératoire que je vous ai indiqué, c'està-dire à l'aide des mélanges titrés, période pendant laquelle les propriétés physiologiques des racines antérieures ainsi que celles des racines postérieures des nerfs, la conductibilité nerveuse, la sensibilité des terminaisons tactiles, sont encore à leur état normal. Mais cette période est en général très courte; et bientôt ces perceptions tactiles inconscientes disparaissent, d'abord dans le domaine médullaire, puis ensuite dans le domaine de la protubérance et du mésencéphale.

Il y a précisément dans l'ordre successif suivant lequel ces phénomènes disparaissent un moyen d'exploration de la marche de l'anesthésie : vous savez que la sensibilité disparaît d'abord dans les membres inférieurs, puis dans le tronc; ensuite c'est la région des narines, la région des lèvres, la région temporale, dans lesquelles les réflexes disparaissent; et enfin le réflexe conjonctivo-palpébral est celui qui disparait en dernier, cela annonce précisément au chirurgien que le moment opératoire est arrivé.

En passant, il y a lieu de signaler un fait très important au point de vue de la pratique; c'est celui-ci : les régions riches en terminaisons nerveuses, et principalement les ouvertures naturelles, surtout les régions de l'anus et des organes génitaux, fournissent les réflexes les plus résistants; et il faut se souvenir de ce fait à propos des opérations que l'on peut avoir à pratiquer dans ces régions. Quand nous nous occuperons de la statistique des accidents déterminés par les anesthésiques, spécialement par le chloroforme ou par l'éther, vous verrez que les opérations pratiquées sur l'anus ou les organes génitaux ont fourni d'assez nombreux cas d'accidents plus ou moins graves, et que presque toujours c'est parce qu'on n'avait pas attendu

Page 1