PHÉNOMÈNES PHYSICO-CHIMIQUES
s'appuie non seulement sur des recherches personnelles, mais sur ce fait mis en évidence au moyen de Texpérimentation par M. Bouchard, que les urines du jour, injectées à des animaux, exercent une action narcotique, alors que les urines de la nuit exerceraient une action convulsivante.
Quant à moi, je suis disposé à accepter, au moins pour une bonne part, cette théorie des leucomaïnes, car je trouve dans Faction narcotique exercée par ces leucomaïnes des faits qui me paraissent tout à fait concordants avec ceux que nous aurons à relever dans Faction des hypno-anesthésiques et des hypnotiques; mais je crois que ce serait une opinion erronée que de vouloir, à l'exemple de Preyer, distinguer les narcoses produites artificiellement d*avec le sommeil normal, le sommeil physiologique. Il me semble en effet que vouloir faire une pareille distinction revient à vouloir trouver une dilTérence dans la nature de la contraction musculaire suivant la nature de l'excitation qui Ta produite.
Il est très bien et très rationnel de chercher, comme nous venons de le faire, quel peut être Tétat de la circulation cérébrale, quelle peut être l'activité de la combustion qui accompagne le fonctionnement du cerveau, quelle peut être l'intensité de la production de chaleur, voire même de démontrer et de mesurer, si faire se peut, les variations de l'état électrique de la masse nerveuse; mais, en somme, toutes les modifications subies par les mutations physicochimiques ne sont que des manifestations occasionnelles de la vie du tissu nerveux, et il serait intéressant de savoir si elles s'accompagnent, oui ou non, d'une modification de structure du tissu. Je m'explique : vous savez qu'on a démontré d'une façon absolument certaine, absolument irréfutable actuellement, que, sous l'influence du travail, non seulement le muscle changeait sa chimie, si vous voulez me permettre cette expression, c'est-à-dire que non seulement les produits éliminés par un muscle changeaient de composition, mais encore que la structure histologique du muscle lui-même subissait des modifications qui ont été très bien mises en évidence par les travaux d'un certain nombre d'expérimentateurs.
C'est ce point, que le temps ne me permet pas de développer en ce moment parce qu'il est assez intéressant pour qu'on s'y arrête, c'est ce point qui a été mis en évidence, dans ces dernières années, par un certain nombre d'histologistes, notamment par M. Mathias-
MODIFICATIONS STRUCTURALES 125
Duval, à qui on doit ce qu'on pourrait appeler une théorie histologique du sommeil, théorie par laquelle nous débuterons dans notr,e prochaine réunion. Cette théorie histologique du sommeil, jointe aux faits susceptibles de sanction expérimentale que nous emprunterons aux diverses autres théories que je viens de vous exposer, nous permettra, en effet, d'interpréter à la fois l'action des hypno-anesthésiques et celle des hypnotiques.
VP LEÇON
PHYSIOLOGIE GÉNÉRALE DE L' AN ESTHÉSI E. — THÉORIE HISTOLOGiaUE DU SOMMEIL
Nous avons passé en revue dans notre dernière réunion les principales des théories mécaniques et physico-chimiques permettant d'interpréter, en même temps que le sommeil, Faction des anesthésiques et des hypnotiques. Nous nous sommes arrêtés à Texposilion d'une dernière théorie qui me paraît le complément des autres.
En effet, la théorie histologique qui nous reste à examiner ne peut pas, à elle seule, avoir la prétention d'interpréter complètement, soit les phénomènes du sommeil, soit les phénomènes réalisés dans l'économie sous l'influence des hypno-anesthésiques ou des hypnotiques; mais elle vient, dans une certaine mesure, confirmer des faits mis en évidence par les autres théories que je vous ai exposées, elle vient leur prêter un appui, et elle permet certainement de comprendre, de concevoir un grand nombre de phénomènes dont l'explication resterait absolument indécise avec les seules ressources des théories physico-chimiques que nous avons passées en revue jusqu'à présent.
Je n'ai pas l'intention de développer entièrement devant vous la théorie histologique du sommeil, due, comme vous le savez, à M. Mathias-Duval; mais je vous exposerai simplement les principes généraux sur lesquels repose cette interprétation, et, comme vous allez le voir, cette théorie nous permettra de rassembler et de coordonner un assez grand nombre de faits qui sont des faits expérimentaux, par conséquent certains, indéniables, et d'arriver, en utilisant et rassemblant toutes ces données, à établir une théorie physiologique satisfaisante non seulement du sommeil, mais encore, comme