DIFFÉRENCES DE CONDUCTIBILITÉ
sitifs périphériques s'articulent avec les neurones sensitifs centraux. A ce point de vue la région des noyaux de Burdach et de Goll est la région qui présente le plus d'intérêt, c'est la plus importante : au-dessous de cette région se trouve le territoire des neurones des réflexes; au-dessus, le territoire des neurones gouvernant les phénomènes psychiques et cérébraux.
Les noyaux de Goll et de Burdach, situés dans les pyramides postérieures du bulbe, représentent l'une des plus importantes de ces régions. Là aboutissent les voies sensitives périphériques, les prolongements protoplasmiques constituant les ramifications cellulipëtes des neurones sensitifs; de là partent les voies sensitives centrales, les prolongements cylindraxiles qui vont, dans l'écorce cérébrale, s'articuler avec les prolongements protoplasmiques des cellules pyramidales ou neurones psychiques.
Pendant le sommeil, les réflexes ne sont pas abolis; il n'y a donc pas d'interruption ou de difficulté de passage dans les articulations de neurone à neurone constituant l'arc réflexe. Cette interruption a lieu seulement, d'une part, au niveau de l'articulation du neurone sensitif périphérique avec le neurone sensitif central, d'autre part, au niveau de l'articulation du neurone sensitif central avec le neurone psychique : la rupture simultanée, plus ou moins complète, en ces deux points d'articulation explique les diverses modalités du sommeil, depuis le sommeil léger jusqu'au sommeil se rapprochant de l'hypnose, c'est-à-dire la plus ou moins difficile réception ou la non-réception des impressions extérieures.
Le sommeil, comme certains hypnotiques, permet de constater une difi^érence de conductibilité dans ces tissus nerveux : les. réflexes ne sont pas abolis, ce qui permet de conclure à la presque intégrité de la conduction par les articulations de neurone à neurone dans le domaine des réflexes; les actes cérébraux ne sont pas non plus complètement abolis, comme le prouve la possibilité des rêves, ce qui doit faire conclure aussi à une conduction voisine de la normale par les articulations de neurone à neurone dans le domaine des phénomènes psychiques; mais il n'en est plus de même en ce qui regarde l'intégrité de la conduction entre les articulations des neurones sensitifs périphériques avec les neurones sensitifs centraux, ici la conductibilité est très afl^aibiie, voire même complètement nulle; et ce serait donc au niveau de ces articulations que la contiguïté serait
AMŒBOÏSME NERVEUX 129
devenue moins intime par suite de Faction exercée sur la cellule nerveuse par les déchets normaux (sommeil naturel) ou par la substance médicamenteuse (sommeil dû aux hypnotiques). Au contraire les hypno-anesthésiques, certains hypnotiques même, ou encore certaines formes de sommeil, car vous savez qu'il existe des variétés de sommeil profond dans lesquelles les réflexes sont abolis, sont capables de pousser le défaut de conductibilité jusqu'à produire labolition des réflexes.
La cellule nerveuse va se trouver en présence d'un produit toxique quel qu'il soit, que ce soit une substance absolument étrangère à l'organisme, un hypno-anesthésique ou un hypnotique artificiellement introduits dans l'économie, que ce soit une substance formée pendant la vie, pendant le fonctionnement normal des tissus nerveux, leucomaïne ou tout autre produit d'excrétion, peu importe, c'est l'action de cette substance sur le protoplasma qui va déterminer des modifications physico-chimiques, dont la modification structurale, se traduisant par une sorte de rétraction des prolongements protoplasmiques que je viens de vous esquisser, sera la conséquence.
D'autre part, nous savons par les recherches qui ont été faites depuis un certain nombre d'années sur la physiologie et l'histologie cellulaires, qu'il doit s'agir plutôt d'un déplacement que de véritables mouvements amœboïdes. Si Ton songe, en efl*et, au rôle important que joue la présence ou tout au moins le voisinage du noyau dans la production des mouvements amœboïdes, on arrive à penser que ce sont des déplacements, des sortes d'oscillations qui se produisent à l'extrémité des prolongements des cellules nerveuses et que ce mouvement doit être différent suivant la nature des expansions terminales. Les ramifications terminales cylindraxiles sont probablement trop éloignées des noyaux pour être capables d'amœboïsme; mais ces conditions sont précisément inverses pour les ramifications des prolongements protoplasmiques : ce seraient donc ces dernières, les ramifications des prolongements de protoplasma du neurone sensitif central, qui seraient surtout le siège de ces mouvements permettant une conductibilité plus ou moins parfaite entre le neurone sensitif central et le neurone sensitif périphérique représenté par les ramifications terminales de cylindre-axe.
D'ailleurs, certains faits ont démontré que cette manière de voir pouvait être basée sur des données expérimentales. Ainsi M. Ranvier
130 PHÉNOMÈNES DE CHIMIOTAXIE
a fait voir que les cellules olfactives, aujourd'hui considérées par tous les histologistes comme des cellules nerveuses, possédaient des prolongements, homologues des prolongements dits de protoplasma d'un neurone, animés de mouvements absolument différents de ceux des cils vibratiles et qui semblaient se diriger en quelque sorte pour rechercher les odeurs, et les faire percevoir : les mouvements, on pourrait dire instinctifs, de ces prolongements des cellules pourraient être parfaitement comparés aux mouvements qui seraient produits sous Tinfluence des agents hypno-anesthésiques ou des agents hypnotiques. J'ajouterai que nous avons dans les expériences de chimiotaxie qu'on peut répéter sur les amibes et les leucocytes une preuve absolument évidente, une preuve expérimentale de Timportance qu'il faut accorder aux phénomènes physico-chimiques dans l'acte que je retrace en ce moment. Vous savez que les mouvements amœboïdes ne se produisent chez les amibes ou chez les leucocytes qu'à une condition, c'est que ces éléments anatomiques se trouvent dans un milieu convenablement chargé d'oxygène. Vous savez que ces mouvements amœboïdes ne se produisent plus dès que l'oxygène est remplacé par de l'acide carbonique ou un autre gaz inerte, et que si l'on remplace ensuite cet acide carbonique par de l'oxygène, les mouvements réapparaissent, les prolongements amœboïdes semblant se diriger vers l'oxygène comme un individu cherche de l'air pour respirer. Il y a là des résultats expérimentaux très intéressants qui viennent à Tappui de l'interprétation du sommeil par cette théorie histologique.
Mais, de nouvelles sanctions expérimentales sont venues confirmer encore ces interprétations et faire passer cette théorie de l'amœboïsme nerveux de l'état de pure hypothèse à l'état de fait anatomiquement constaté, en ce qui concerne les modifications histologiques subies par le protoplasma des cellules nerveuses. Les recherches de Pergens sur les yeux de poissons léléostéens {Leuciscns rutilus) ont montré que les cellules pigmentai res de la rétine sont rétractées, les franges qu'elles envoient sur les cônes et les bâtonnets sont courtes et peu chargées de pigment, lorsque ces animaux ont été laissés dans l'obscurité. Au contraire, la lumière fait allonger ces franges, qui descendent alors profondément entre les éléments de la membrane de Jacob et sont très chargées de pigment, en même temps que la portion protoplasmique des cônes subit une contraction qui peut aller de
EXPERIENCES DE DEMOOR ET STEPANOWSKA UJ
40 [x à 6 [X. Les prolongements protoplasmiques des cellules de la couche ganglionnaire (cellules multipolaires) sont plus épais. La rétine diminue ainsi considérablement d'épaisseur : or, par ses couches internes, cet organe est un véritable centre nerveux.
Ces changements de volume des prolongements protoplasmiques ont encore été très nettement démontrés dans des recherches effectuées à rinstitut Solvay, de Bruxelles, d'une part et en premier lieu, par M. J. Demoor, d'autre part, par M"** Stefanowska. M. Demoor a Effectué ses expériences à l'aide d'un certain nombre de substances hypnotiques et hypno-anesthésiques, ce qui augmente pour nous leur intérêt. Chez des chiens, les prolongements des cellules pyramidales, qui présentent une arborisation protoplasmique à panache si richement ramifié, ont alors un aspect moniliforme très régulier, au lieu d'offrir l'apparence de filaments épineux, en échelle suédoise. A un examen superficiel, on les croirait formés d'une succession régulière de granulations arrondies, de dimensions d'ailleurs variables, totalement séparées l'une de l'autre. Mais, en les étudiant à l'aide de forts grossissements, et sur des coupes beaucoup plus minces que celles faites habituellement dans les centres nerveux traités par la méthode de Golgi, on constate qu'entre les granulations existe toujours un filament unissant, quelquefois extrêmement ténu. Le prolongement cellulaire moniliforme se termine presque toujours par une granulation, et ce grain terminal est toujours relativement gros.
Ces résultats ont été confirmés par M*'" Stefanowska dans son étude sur les appendices piriformes des dendriles cérébraux chez la souris blanche et le cobaye. Sous l'influence des anesthésiants, ces appendices piriformes diminuent, ou même disparaissent complètement ; et, en même temps, les prolongements protoplasmiques se couvrent de nombreuses varicosités : cependant, la disparition des appendices piriformes peut se produire sans qu'il apparaisse de varicosités sur les dendrites. Or c'est par l'intermédiaire de ces appendices piriformes que s'effectuent les contacts entre les prolongements des neurones cérébraux.
M. Manouélian a montré de son côté, dans un travail fait sous l'inspiration de M. Math ias-D uval, que les épines des ramifications dendritiques des cellules pyramidales disparaissent plus ou moins complètement et que ces ramifications présentent des renflements en boule chez la souris fatiguée, c'est-à-dire soumise à des excitations