‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 90 sur 406 · SOMMEIL DE LA MOELLE · texte numérisé non relu

SOMMEIL DE LA MOELLE

Dans tous les cas, il est évident que les articulations entre les prolongements cylindraxiles et protoplasmiques des neurones ne sont pas absolument infranchissables, ce qui serait incompatible avec le maintien de la vie, mais que la conductibilité a seulement plus ou moins diminué. D*ailleurs, on peut fort bien admettre un isolement relatif des neurones, d'autant plus accentué que Thypnose est plus profonde, c'est-à-dire que Faction toxique de la substance hypnotique ou hypnoanesthésique agit avec plus d'efficacité sur le protoplasma des cellules nerveuses, ou sur les nervi-nervorum de M. Mathias-Duval.

Je vous rappellerai, en outre, que le sommeil n'est pas exclusivement une fonction du cerveau. Certainement le cerveau joue le principal rôle; mais une expérience très curieuse, due à Goltz et réalisée sur un chien qu'il a conservé pendant près de deux ans complètement privé de ses hémisphères cérébraux, a permis de constater chez cet animal des périodes alternatives de veille et de sommeil très remarquables, dans lesquelles par conséquent il ne pouvait plus être question de l'intervention du cerveau : il s'agit donc bien ici, au point de vue des influences nerveuses, d'un véritable sommeil de la moelle, rappelant dans une étroite mesure le sommeil du cerveau.

Il est fort intéressant. Messieurs, de faire ressortir encore plus que je ne l'ai fait dans quelques comparaisons précédentes l'analogie qui existe entre cette interprétation histologique du sommeil et les phénomènes de conductibilité électrique.

Un physicien fort distingué, M. Branly, a étudié la façon suivant laquelle se comportait un courant électrique traversant un tube rempli de limaille métallique : or, il existe, au point de vue de la conductibilité, une analogie étroite entre les neurones et un tube à limaille. Vous savez que lorsqu'on remplit un tube de verre de grains de plomb ou de limaille métallique, ce tube ne conduit pas le courant d'un élément de pile, mais il devient conducteur pour ce même courant si on le place dans une zone d'ondes électriques, tel que le champ électrostatique d'une machine slatique, ou bien le flux d'induction d'un solénoïde parcouru par un courant de haute fréquence, ou bien encore si on le place dans un cône de rayons cathodiques. Un simple choc suffit, en déterminant l'ébranlement moléculaire de ce système, pour anéantir la conductibilité; et, d'autre part, le passage, même éphémère, d'un courant alternatif rétablit la conductibilité primitive.

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