ETAT DE LA CIRCULATION CÉRÉBRALE
Vous voyez que nous avons là une image aussi parfaite qu'il est possible de ce qui se passe dans Thypothèse que je viens de vous développer, hypothèse qui a bien des chances d*être proche de la réalité puisque, en plus d'une certaine sanction expérimentale, elle permet d'interpréter le plus grand nombre des phénomènes, et qu'en •somme elle est en concordance très exacte avec les théories physicochimiques que je vous ai exposées précédemment et qui, à elles seules, ne suffisaient pas à donner une interprétation complète.
Vous voyez que l'état de la circulation cérébrale, dont nous nous étions occupés d'abord, semble être devenu une condition bien secondaire dans les phénomènes de l'hypnose ou du sommeil. En effet, je vous ai déjà dit que la congestion ou l'anémie pouvaient se montrer successivement au cours de l'anesthésie. J'ai appelé votre attention sur ce fait de la coïncidence, qui s'observe en réalité assez fréquemment, presque toujours même au début dans la pratique, entre l'asphyxie et l'anesthésie; la disparition de la sensibilité peut se produire alors par deux mécanismes absolument opposés. Dans le cas où c'est l'hypérémie qui se manifeste d'abord, il se produit bientôt une paralysie succédant à l'exaltation des centres; s'il y a, au contraire, anémie dès le début, l'insensibilité résulte du fait de l'insuffisance dans l'apport des matériaux nutritifs.
Une expérience de Claude Bernard démontre le bien fondé de cette interprétation. Il prenait un lapin dans le crâne duquel il pratiquait au trépan une fenêtre de 15 millimètres de diamètre, de façon à pouvoir mettre à nu la masse cérébrale après incision de la dure-mère ; et il remarquait, pendant l'hypno-anesthésie (à l'aide de l'éther pour accentuer la phase d'excitation) à laquelle cet animal était soumis, des phases successives d'hypérémie et d'anémie; l'hypérémie étant une phase du début à laquelle succédait bientôt l'anémie. Pendant la période d'hypno-aneslhésie confirmée, toutes les excitations étrangères, quelles qu'elles fussent, excitation du toucher, excitation de la vue, etc., suffisaient à déterminer une hypérémie très visible du cerveau, mais aucune augmentation de l'activité circulatoire.
En résumé, à la période d'anesthésie confirmée, il y a une anémie notable et constante, en rapport, comme je vous l'ai déjà fait observer, avec le repos de l'organe. Alors cette anémie devient évidemment une condition importante du maintien de l'état d'hypnoaneslhésie.