‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicale (volume 2)Chapitre 97 sur 406 · DÉTERMINISME DES EXPERIENCES · texte numérisé non relu

DÉTERMINISME DES EXPERIENCES

n'influence pas la partie supérieure. Tout à Theure, nous voyions un animal anesthésié par son train antérieur subir Tanesthésie cornplète par suite de la transmission de cette aneslhésie au train postérieur; Tinverse ne se produit pas : le cerveau est un centre principal capable d'influencer les centres secondaires de la moelle, mais il est incapable — je parle ici au point de vue restreint des anesthésiques, bien entendu — d'être influencé par eux.

Les résultats qu'on obtient dans les expériences qu'on est en train de pratiquer devant vous sont encore rendus beaucoup plus évidents par ce fait que des résultats absolument identiques peuvent être obtenus au moyen de procédés réalisant l'anesthésie chez les grenouilles; mais sans employer les substances anesthésiques. Vous vous rappelez que nous avons pu anesthésier des grenouilles en les plongeant dans de l'eau chauCfée entre 37 et 38 degrés. Eh bien, l'anesthésie est réalisable exactement de la même manière que par injection d'eau chloroformée ou éthérée, lorsqu'après avoir fait subir à ces animaux la même mutilation que celle dont je viens de vous parler on les plonge dans de l'eau chaufl*ée à 38^

Vous vous rappelez certainement que la sensibilité des animaux à sang froid aux substances toxiques varie dans une limite assez restreinte, en somme, de température. Si par exemple, comme on va le faire dans un moment devant vous, on injecte à deux grenouilles, toujours aussi identiques que possible, une certaine quantité de solution de sulfate de strychnine et qu'on plonge l'une dans de l'eau maintenue à 0"* et l'autre dans de l'eau chaufl*ée à 30**, alors que la grenouille maintenue dans l'eau à 0° mettra un temps considérable avant de manifester le strychnisme par des crises tétaniques, au contraire, celle qui sera plongée dans l'eau à 30° manifestera son intoxication dans un temps beaucoup plus court que celle qui sera restée dans de l'eau à la température normale. Mais si on continue à élever la température, à partir de 35<* les phénomènes changent absolument, et à la température de 37** ou 38**, comme nous vous l'avons déjà montré, la grenouille subit l'anesthésie; puis, si cette température est prolongée pendant un temps un peu considérable, ou si elle atteint seulement 40% l'animal ne tarde pas à mourir. Chez la grenouille, les phénomènes dont la manifestation constitue la vie, ne peuvent se produire normalement qu'entre ces deux limites.

Si l'on réalise sur une grenouille la mutilation dont je vous par-

L'ANESTHÉSIE DÉBUTE A LA PÉRIPHÉRIE Ul

lais tout à rheure, si Ton pratique une ligature au-dessous de la naissance des bras, à la bifurcation de l'aorte, de manière à ne laisser communiquer le train antérieur avec le train postérieur que par la moelle et les petits vaisseaux qui l'accompagnent, et si Ton plonge seulement la tête de cette grenouille dans de l'eau chauffée à 38*, on verra s'établir l'anesthésie généralisée, absolument comme nous l'avons vue s'établir dans les expériences que je vous ai montrées lorsque l'animal, absolument intact, était soumis simplement à l'action de l'eau chauffée.

Dans ces cas, il est évident que l'objection relative aux artères rampant le long de la moelle est absolument réduite à néant. Pour admettre que l'action du sang échauffé sur la substance nerveuse de la moelle puisse entrer ici en ligne de compte, il faudrait admettre en effet que réchauffement se transmet à un degré suffisant malgré la température relativement basse de l'animal. C'est là un fait qui est absolument impossible à soutenir; et d'ailleurs il est facile de vérifier, au moyen d'une pile thermo-électrique par exemple, que la température du train postérieur de l'animal ne s'élève pas et que, par conséquent, il est impossible d'admettre le transport de la chaleur par l'intermédiaire de celte circulation.

Dans tous les phénomènes dont je viens de vous parler, un fait avait frappé depuis longtemps déjà les observateurs : la perte de la sensibilité commence par l'extrémité périphérique des nerfs pour remonter ensuite jusqu'à la moelle et gagner enfin le cerveau. A une certaine période de l'anesthésie on observe l'abolition des réflexes alors que les mouvements volontaires sont encore possibles. A cette période, les centres réflexes ne peuvent plus être mis en jeu par des excitations périphériques; mais le cerveau est encore capable de donner des ordres et de transmettre des incitations qui se traduisent par des mouvements volontaires. Ce phénomène rentre dans l'interprétation admise par Claude Bernard ; le cerveau constitue le grand centre sensitif, il réagit sur la moelle, centre secondaire, comme elle réagit à son tour sur les nerfs sensitifs.

Nous dirons, en admettant l'interprétation histologique que je vous exposais tout à l'heure, que, par suite de la contiguïté moins parfaite des prolongements protoplasmiques des neurones, Tonde nerveuse parcourt une longueur de moins en moins considérable du conducteur nerveux en raison de l'accroissement des résistances; et que,

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