PREMIER DEGRÉ DE L'IVRESSE
sans volonté cèdent à cette passion dont les débuts se présentent sous des dehors plutôt engageants. C'est d'abord un état de bien-être particulier, une sensation de chaleur douce et agréable s'irradiant de Testomac, chaleur au sujet de laquelle je vous rappelle l'action propulsive dont j'ai déjà parlé et qui s'exerce alors par l'excitation des extrémités terminales des pneumogastriques dans l'estomac; la température est légèrement augmentée; les capillaires sont dilatés, notamment à la face, ce qui se tr^tduit par l'injection et la turgescence de la peau, remarquable surtout au visage. La puissance imaginative est augmentée, mais d'une façon absolument désordonnée : l'individu est bavard, sa parole est abondante, haute; il échappe plus ou moins complètement aux causes qui, d'habitude, le maintenaient dans une certaine réserve, il s'affranchit des entraves apportées par les conventions sociales et l'éducation à la libre manifestation des sensations psychiques et sensorielles, l'orateur n'a plus nul souci de la critique, le soldat devient plus courageux parce qu'il n'a plus la conscience bien nette du danger. Les facultés intellectuelles se trouvent excitées dans une mesure analogue : le regard est vif, animé, la physionomie épanouie.
11 semble que la puissance intellectuelle et physique est augmentée, alors que cette puissance se trouve simplement dégagée des entraves dues aux conventions, aux mœurs, surtout à l'éducation des individus. Le sujet dans cet état est en effet moins méfiant, plus audacieux, plus naturel et spontané qu'il ne l'est à l'état normal ; et certains cerveaux même ont besoin de cette minutio corporis en quelque sorte, pour arriver à produire tout ce dont ils sont capables. Vous savez qu'ils sont assez nombreux, les individus obligés de chercher dans une stimulation artificielle, qu'elle soit due à l'alcool ou à d'autres substances, le coup de fouet nécessaire pour le travail.
Un point fort intéressant et sur lequel on n'a pas assez insisté, c'est le rôle joué dans ces cas par la circulation cérébrale, modifiée d'une façon plus ou moins accentuée grâce à l'action propulsive que l'alcool exerce par l'intermédiaire des extrémités terminales des branches de la cinquième paire (trijumeau); je veux parler de l'excitation que l'alcool, à l'état d'eau-de-vie notamment, détermine lorsqu'il est introduit par la bouche. Il doit se produire en effet, par suite de cette excitation propulsive, une modification assez intense de la circulation cérébrale, et il faut en chercher la preuve dans une observation très