‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 127 sur 486 · FORME CONVULSIVE · texte numérisé non relu

FORME CONVULSIVE

qui les entoure, objets et même gens. Ces individus profèrent des menaces, des vociférations, des cris : leurs yeux sont saillants, leur face grimaçante et congestionnée; leur pouls est extrêmement fréquent ; ils sont affectés de crachotements continuels ; on a signalé quelquefois, quoique d'une façon assez rare, des illusions; mais on a constaté chez eux Tabsence d'hallucinations.

Très souvent, ainsi que je le disais tout à Theure, la scène se termine soit par un homicide, soit par un suicide, pour peu que Ton D ait pas pu réussir à contraindre ces individus. Dans tous les cas, la terminaison est brusque; l'accès s'arrête aussi brutalement qu'il a commencé : il lui succède un épuisement absolu qui provoque un sommeil prolongé; et, dans aucun cas, l'individu ne garde le souvenir des faits qui se sont passés pendant cette période. Au point de vue médico-légal, il y a là une application qui s'impose en quelque sorte : c'est l'irresponsabilité complète de l'individu pendant cette phase de l'ivresse maniaque.

L'ne autre forme, anomale également, c'est la forme convuhive; cette forme diffère assez peu de la précédente. Les mouvements, qui sont aussi désordonnés, ne se traduisent pas, comme dans la forme précédente, par des actes intentionnels, mais ce sont simplement des mouvements convulsifs se rapprochant, dans une très étroite mesure, des convulsions de la grande attaque d'hystérie. Le sujet se roule à terre, en proie à des mouvements convulsifs désordonnés de tous ses membres, agite les bras et les jambes, essaie de mordre, se heurte la tête, incurve le corps en opisthotonos comme au cours du tétanos ou de l'intoxication strychnique ; le corps se soulève au dessus du sol et retombe, comme dans l'attaque d'épilepsie. Les mouvements sont aussi énerçiques que dans la forme maniaque, mais beaucoup plus automatiques : on peut dire que l'intelligence, si l'on peut parler d^intelligence à cette troisième période de l'ivresse, ne cherche à y prendre aucune part, ce qui rend ces sujets moins dangereux que ceux dont je faisais la description précédemment. Comme tout à l'heure, la terminaison de cette forme d'accès est brusque, et l'absence de souvenir complète.

C'est principalement chez les individus affectés de tares névropathiques ou psychiques, chez ces individus que Lasègue avait si bien caractérisés par l'épithète d'alcoolisables, que l'on voit se manifester ces formes particulières de l'ivresse. Lentz, de Tournai, dont je parlais

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tout à rheure, qui a fait de ces différentes formes de Tivresse une étude extrêmement intéressante et très documentée, adopte cette opinion, et pour lui les formes anomales sont, comme elles Tétaient pour Lasègue, les produits du terrain réagissant sous Tinfluence de Talcool. Il établit quatre formes : la forme maniaque, la forme somnambulique, la forme délirante, et la forme convulsive.

La forme maniaque consiste dans Texaltation violente de toutes les facultés, avec excitation motrice allant jusqu a la fureur aveugle. Ce qui, pour Lentz, est une preuve importante de la part du terrain dans les manifestations de cette forme, c'est qu'il est nécessaire pour que cette forme maniaque se produise, qu'il intervienne un facteur moral, tel qu'une émotion, une frayeur, venant, chez un individu prédisposé, transformer l'ivresse la plus bénigne en ivresse maniaque furieuse, et cela presque subitement. C'est dans cette tournure particulière et cette instantanéité de transformation des manifestations symptomatologiques qu'il voit, avec raison, une preuve manifeste de l'importance du terrain, de la susceptibilité du sujet.

La deuxième forme, la forme somnambulique, est caractérisée par

la succession d'actes coordonnés, intentionnels, mais exécutés dans

un état d'inconscience complet, et laissant après eux une amnésie

totale ou presque totale : c'est en quelque sorte une subdivision, une

manifestation atténuée de la première forme, de la forme maniaque.

La forme délirante revêt pour lui la forme d'une pseudo-ivresse

mégalomanique et paranoïque, avec idées de grandeur et de persécution.

Enfin, la forme convulsive serait analogue à la forme convulsive

que je décrivais tout à l'heure : pour Lentz, c'est celle qui présente

le moins de caractères spéciaux et qui peut offrir, d'ailleurs, toutes

les manifestations de l'épilepsie, depuis les convulsions jusqu'aux

phénomènes maniaques et délirants.

Comme vous le voyez, cette division est peut-être plus complète que la division en formes maniaque et convulsive que j'indiquais précédemment; elle a évidemment une importance assez considérable, en ce sens que son auteur est très au courant des maladies du système nerveux et qu'il doit évidemment avoir de bonnes raisons pour établir sa subdivision. Je crois cependant que l'on peut s'en tenir aux deux formes que je vous ai indiquées, la forme maniaque et la forme convulsive, dans lesquelles on peut faire rentrer les quatre subdivisions de Lentz.

FORMES DE L'AMNÉSIE 21o

Un mot, Messieurs, sur les manifestations de l'ivresse chez les aliénés, toujours au point de vue des considérations médico-légales. On observe chez les individus en puissance déclarée ou latente d'aliénation mentale une susceptibilté particulière à réagir vivement en présence deFalcool. C'est ainsi que les paralytiques généraux, ou les candidats à la paralysie générale, ressentent très vivement l'influence de l'alcool, même à très faible dose : on constate que, chez eux, la période de l'excitation prend avec une déplorable facilité la forme maniaque; leur ivresse est remarquable par l'aggravation du délire, et surtout un besoin de locomotion, de mouvement et de destruction. Sous l'influence de l'alcool, les imbéciles sont très facilement portés à commettre des actes délictueux, et deviennent très facilement indomptables; on voit le réveil des mauvais instincts se produire chez eux avec une très grande facilité. Les épileptiques deviennent impulsifs au suprême degré, et l'on voit chez eux se produire un réveil des hallucinations terriflantes suscitant si fréquemment des actes de cruauté : à ce sujet le médecin légiste a assez fréquemment à intervenir.

Un mot encore à propos des diverses formes de l'amnésie que l'on peut observer dans les difiérents degrés de l'ivresse dont il vient d'être question. L'amnésie ne peut guère succéder au premier degré, car il est évident qu'un individu qui est simplement surexcité et amené à être bavard, à communiquer ses impressions avec plus ou moins de vivacité, conserve d'une façon plus ou moins nette le souvenir des phénomènes qui se sont passés pendant cette phase. Mais pendant le deuxième degré de l'ivresse, l'amnésie peut se montrer fort bien, souvent même elle est complète, parfois rétrograde, mais essentiellement temporaire. On a même signalé, à cette deuxième période de l'ivresse, de l'amnésie périodique, comme celle que l'on observe, par exemple, durant les accès d'hystérie. Pendant le troisième degré, l'amnésie est, bien entendu, absolument complète, souvent rétrograde, toujours temporaire, l'individu étant en état d'anesthésie plus ou moins profonde, et ne retrouvant le souvenir qu'au moment où il est apte à percevoir les phénomènes qui se passent autour de lui.

Quant aux hallucinations qui sont si fréquentes pendant la deuxième période de l'intoxication alcoolique, elles laissent un souvenir inconstajit; et très fréquemment, comme le rêve, peuvent se rapporter à des frais vrais, antérieurs à la période pendant laquelle

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