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ORGANISME SAIN OU MALADE

observer ceci : c'est que la diminution de l'activité circulatoire, et, par suite, de l'absorption, détermine, dans certains états pathologiques, une tolérance extraordinaire pour l'alcool. Dans certains cas, également, on peut observer un état réfractaire des organes qui sont en quelque sorte anesthésiés par de l'acide carbonique ou par toute autre cause du même genre. Dans ces circonstances, c'est à une diminution plus ou moins notable de l'excitabilité des centres nerveux qu'il faut attribuer la tolérance que l'on peut alors remarquer pour l'alcool. D'autre part, dans les états fébriles, l'excrétion plus rapide, les oxydations beaucoup plus intenses, en raison de la suractivité fonctionnelle, permettent justement l'ingestion et la tolérance d'une quantité d'alcool de beaucoup supérieure à celle qui, à l'état normal, pourrait traverser l'organisme sans déterminer des accidents plus ou moins graves.

Enfln, l'action paralysante de l'alcool se trouve contre-balancée lorsque les cellules nerveuses sont continuellement excitées par une cause pathologique; et c'est dans ces cas surtout que l'on voit des phénomènes de tolérance absolument extraordinaires. C'est chez les polydipsiques et les hystériques, par exemple, que l'on a pu relever les faits de tolérance les plus remarquables que l'on connaisse ; tel ce malade polydipsique de Pidoux, qui, tous les jours, pendant une semaine, put absorber un litre d'eau de vie sans éprouver le moindre malaise ni les symptômes de l'ébriété; telle la malade de Morel, une hystérique qui, tous les jours et pendant plusieurs mois, put absorber également plus d'un litre d'eau-de-vie sans qu'aucun phénomène extérieur vînt traduire l'action exercée par cette quantité considérable d'alcool.

11 est incontestable, relativement à l'action exercée par l'alcool sur l'économie, que tous les organismes sont impressionnés de la même façon, mais répondent chacun à leur manière, suivant leurs facultés particulières, leurs fonctions, suivant l'organe sur lequel l'alcool va surtout porter son action, d'une façon en quelque sorte élective, suivant les caractères propres à son animalité ; mais surtout, suivant h qualité des cellules cérébrales et médullaires des individus. C'est ainsi que nous voyons l'homme, par exemple, réagir en présence de l'alcool d'abord par ses facultés intellectuelles qui traduisent, en premier lieu, l'action de la substance toxique : cette action subit des variations suivant le degré d'exercice et de culture de ces facultés.

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Chez les animaux, au contraire, ce sont les irrégularités des mouvements, l'incertitude de la démarche, qui constituent les premiers signes de l'intoxication par l'alcool, démontrant ainsi la prédominance des électivités bulbo-méduUaires sur les étectivités cérébrales. Nous verrons plus tard, à propos de la morphine, de très remarquables et plus topiques exemples de ces électivités différentes suivant les organismes.

Alcoolisme chronique. — J'arrive maintenant, Messieurs, à l'étude de l'alcoolisme chronique, ou, pour mieux dire, à une vue d'ensemble, aussi restreinte que possible, sur l'alcoolisme chronique, car cette question est beaucoup trop considérable pour pouvoir être traitée ici comme elle le mériterait. Je ne saurais mieux commencer cette étude, à la fois pour vous prouver toute son importance et pour m'excuser de la résumer aussi brièvement, qu'en répétant ce que Lasègue disait, en 1860, à propos de l'alcoolisme chronique : « De quelque côté qu'on l'envisage, la question de l'alcoolisme est une des plus hautes qu'en puisse concevoir, et chaque fois qu'on touche à un seul des problèmes qu'elle soulève, on est entraîné au delà des limites qu'on s'était posées, ou honteux d'aborder un si petit point de doctrine, à côté de ceux qu'on laisse en dehors. •

Cet alcoolisme chronique résulte de l'introduction, longtemps continuée, dans l'organisme soit de doses excessives, soit, bien plutôt, de l'ingestion répétée, surtout chez les individus prédisposés, d'une certaine dose d'alcool impossible à déterminer, même d'une façon approximative, tant les susceptibilités individuelles sont, à cet égard, mobiles et variées. Ce sont les ingestions continuelles qui déterminent, surtout chez les individus prédisposés, des troubles fonctionnels nombreux et multiples, rendus incurables, plus tard, par des lésions organiques qui ne tardent pas à devenir définitives.

Selon la susceptibilité particulière de l'individu, ce sont tantôt les fonctions organiques, tantôt le système nerveux, qui sont plus ou moins frappés; mais tôt ou tard, et dans tous les cas, l'individu présente des symptômes de déchéance plus ou moins profonde. Cette considération va précisément nous faire adopter la division suivante. Nous allons nous occuper, en premier lieu, de la manière dont les fonctions organiques sont affectées sous l'influence de l'alcoolisme chronique, puis de la façon dont les fonctions du système nerveux sont influencées dans les mômes conditions. Anatomi que ment, l'ai-

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