APPAREIL DIGESTIF
On a une preuve de la véracité de cette interprétation, d*abord dans ce fait que, dans les expériences que Ton peut réaliser sur les animaux, on voit les lésions se produire sur la muqueuse de Testomac de telle façon que le grand diamètre des ulcérations est toujours dirigé suivant le sens des vaisseaux; et, d'autre part, on en a une confirmation expérimentale sur l'homme, faite par Beaumont, qui, chez son canadien à fistule gastrique, avait pu constater que Tintroduction d'une certaine quantité d'alcool dans l'estomac, déterminait immédiatement de petites suffusions sanguines, et même de petites hémorrhagies in sitûy aux endroits précis où l'alcool avait été au contact de la muqueuse.
A ces phénomènes succèdent bientôt l'épaississement, l'hypertrophie, puis, finalement, une rétraction de la muqueuse.
La muqueuse intestinale est peu altérée; seul, le duodénum est assez fortement hyperémié, et l'on y observe même quelquefois de petites ecchymoses ou même des ulcérations semblables à celles de la région pylorique de la muqueuse stomacale. L'influence exercée par l'alcool sur l'intestin se traduit par des alternatives de diarrhée et de constipation : on a constaté parfois une entérite ulcéreuse avec coliques, tension de l'abdomen, lientérie et hémorrhagies.
Suivant la nature de la boisson alcoolique, on peut voir des phénomènes précisément opposés chez les diflérents individus. Chez les buveurs de bière, par exemple, on constate la dilatation de l'estomac, au lieu que c'est au contraire une rétraction, un rétrécissement de l'estomac, que l'on peut observer chez les buveurs d'eau-de-vie. Dans tous les cas, la vascularisation de la muqueuse est plus ou moins intense; cette muqueuse est parsemée de taches ecchymotiques, puis, plus tard, sous l'influence des progrès de l'intoxication, on voit la muqueuse épaissie, rétractée, pigmentée, couverte de mucus épais, visqueux; et, à sa surface, on remarque des saillies formées par l'hypertrophie des glandes qui sont en voie de dégénérescence granulo-graisseuse.
Ces phénomènes ont été observés à plusieurs reprises sur des individus chez lesquels des attaques de délirium tremens avaient déterminé brusquement la mort, alors qu'ils étaient seulement en puissance des lésions du premier degré dont je viens de parler; parfois même, on a signalé chez les alcoolisants chroniques une hypertrophie de la muqueuse de l'estomac rappelant, dans une certaine mesure,