ALTÉRATIONS DU FOIE
ringestion de ralcool. Et à ce point de vue, Messieurs, j'attire votre attention sur la fréquence avec laquelle ce genre de dyspepsie est déterminé, depuis quelques années surtout, par Temploi abusif que Ton a fait des vins dits stimulants, fortifiants, absorbés dans le but de réconforter l'organisme, ou des vin» absorbés sous le prétexte de faire pénétrer dans l'économie le quinquina, la kola ou d'autres substances présentées sous forme de vins médicamenteux..
A côté de l'estomac, le foie est, de tous les organes digestifs, celui qui subit le plus fréquemment et le plus facilement les phénomènes de l'intoxication alcoolique. L'absorption de l'alcool par la muqueuse digestive détermine, comme vous le savez, le passage immédiat de l'alcool par la veine porte : on peut dire que l'afflnité élective des cellules du fofe pour l'alcool est moindre que l'affinité de même genre des cellules du système nerveux; mais cependant, l'élimination est plus longue par le foie, et, ainsi que je le disais tout à l'heure au point de vue des lésions que l'on peut observer dans l'estomac, c'est probablement à cette cause qu'il faut attribuer la fréquence, la constance môme, peut-on dire, des altérations que l'on rencontre chez les alcooliques du côté du foie.
Le foie joue, comme vous le savez, un rôle protecteur; mais ici, comme dans toutes les intoxications, d'ailleurs, mais plus peut-être avec l'alcool, le foie joue ce rôle à ses dépens. Ce sont d'abord des congestions plus ou moins fréquentes, plus ou moins répétées; plus tard se montre une cirrhose spéciale caractérisée par une hépatite interstitielle accompagnée d'ascite, et qui vient, par retentissement, s'ajouter aux troubles digestifs dont je parlais il n'y a qu'un moment. C'est surtout à titre d'organe vasculaire que le foie est atteint et intéressé par l'alcool. Le plus ordinairement, on peut voir la coexistence de la dégénérescence graisseuse qui peut, dans certains cas, se montrer, et qui se montre même seule au début de l'intoxication chronique.
Il faut noter ici l'influence possible, probable même, je dirais volontiers certaine, de substances toxiques différentes de l'alcool, des alcaloïdes, des aldéhydes, des acétones, des acides, des sels minéraux, qui peuvent exister dans les différentes boissons donnant lieu à l'intoxication alcoolique ; car il est presque inutile de dire que cette intoxication alcoolique se produit presque aussi souvent avec les boissons dites hygiéniques, la bière, le vin, qu'elle se produit avec
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lalcool proprement dit ou les différentes boissons éminemment alcooliques, telles que les apéritifs, Tabsinthe, le bitter, etc.
Celle action nuisible, mais certainement effective, des substances dont je viens de parler, a été mise en évidence par un certain nombre d'observateurs, mais interprétée par eux de façon assez différente. En effet, tandis que Leudet, dans ses très intéressantes études sur l'alcoolisme, dit que la cirrhose est beaucoup plus fréquente en Angleterre, et en attribue la cause surtout à Tingestion de l'alcool, principalement sous forme d'eau-de-vie, M. Lancereaux n'est pas du tout de cet avis : il attribue la cirrhose plutôt au vin, et même il l'attribue, pour une large part, au sulfate de potasse contenu dans les vins qui ont été plâtrés. C'est, au début, une phlébite et une périphlébite portales qui signalent l'action de l'alcool sur le foie. On croyait autrefois que la cirrhose atrophique se montrait presque exclusivement sur les animaux; mais un récent travail dû à M. Laffite a prouvé, en expérimentant sur les animaux soit à l'aide de l'alcool pur, soit au moyen des différentes boissons susceptibles de déterminer l'alcoolisme, que l'on peut provoquer un alcoolisme expérimental du foie différent de celui que l'on peut rencontrer chez l'homme.
C'est principalement en Angleterre que cette relation de la cirrhose atrophique avec l'alcoolisme a été bien étudiée et mise en évidence ; d'ailleurs le nom qui a été donné en Angleterre à cette cirrhose le prouve absolument : les anglais appellent la cirrhose atrophique le Gin-drinkers liver, c'est-à-dire le « foie des buveurs d'alcool. » Cette cirrhose alcoolique constitue d'ailleurs, dans l'espèce des cirrhoses, une variété nettement caractérisée. On constate la transformation fibreuse des éléments conjonctifs, puis le retrait de l'organe par suite de l'élasticité du tissu fibreux de nouvelle formation, enfin la dégénérescence atrophique et graisseuse.
Au début, il y a augmentation de volume, injection du parenchyme; puis, au bout d'un certain temps, on voit survenir l'atrophie de la glande hépatique, sa vascularisation est diminuée, des bosselages tout à fait particuliers se forment et donnent au foie l'aspect granuleux de sa surface, ce qui imprime au foie alcoolique des caractères tout à fait particuliers. On peut observer des colorations très différentes, soit une coloration brunâtre, soit une coloration jaunâtre, suivant la prédominance du pigment ou de la substance graisseuse.
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L'intoxication venant à continuer, les produits nocifs ne sont plus arrêtés par les cellules hépatiques, qui se trouvent saturées et en état de moindre résistance, plus ou moins incapables, par conséquent, de remplir leurs fonctions normales; l'irritation inOammatoire pourra alors atteindre les rameaux des veines sus-hépatiques et déterminer la cirrhose bi-veineuse, qui sera à la fois une cirrhose interstitielle et une cirrhose parenchymateuse. Mais, dans d'autres cas, — et les expériences de M. Laffite semblent donner à cette pathogénie une importance très considérable, — la propagation de l'inflammation gastro-intestinale par les «voies biliaires, le canal cholédoque, les canalicules, le tissu conjonctif qui les entoure, peut donner naissance à une cirrhose hypertrophique. Cette action exercée par l'alcool, d'une part sur les veines hépatiques, d'autre part sur les canalicules biliaires, sur les cellules hépatiques ellesmêmes, explique la variété des accidents et la multiplication des diflerentes espèces de cirrhoses, encore compliquées par la susceptibilité individuelle et par l'action surajoutée des substances différentes de l'alcool.
Un fait à noter, c'est celui de la prédisposition héréditaire qui joue un rôle considérable dans les manifestations de la cirrhose chez les individus alcooliques. On a pu, en effet, dans un certain nombre de circonstances, noter ce fait que la cirrhose se produisait par suite d'une prédisposition héréditaire, très marquée, dans des familles d'alcooliques. D'autre part, un second fait qu'il n'est pas sans intérêt de mettre en évidence, parce qu'il se rattache à un phénomène que j'ai déjà signalé relativement à l'action dissolvante de l'alcool sur certains principes immédiats de l'économie, c'est celui-ci : on trouve très fréquemment des calculs de cholestérine dans la vésicule biliaire des individus en puissance de cirrhose alcoolique; or, ainsi que nous le verrons plus tard, on trouve également dans la substance nerveuse, chez les vieux alcooliques, des concrétions de cholestérine enfermées dans des sortes de petits kystes qui se forment, probablement, par suite de la dissolution partielle que l'alcool exerce sur la substance nerveuse elle-même.
Je vous disais tout à l'heure, Messieurs, qu'il avait été fait dans ces dernières années des expériences relatives à l'action que l'alcool pouvait exercer sur le foie chez les animaux; ces expériences ont été reproduites dans une thèse qui a été soutenue dans ces dernières