ACTION STIMULANTE DE L'ALCOOL SUR LA RESPIRATION
pour arriver à ce résultat. On observe, sous cette influence, que le cœur est accéléré et désordonné, en raison de la paralysie graduelle du pneumogastrique, mais que la respiration ne se ralentit plus, c'està-dire que cette action ultime de l'intoxication strychnique qui détermine la mort par arrêt respiratoire se produit très difficilement, grâce à l'influence stimulante de l'alcool.
Si l'on fait l'expérience inverse, c'est-à-dire si on injecte d'abord à un animal une quantité assez considérable d'alcool, on constate que l'alcool, quoique à cette dose toxique, diminue mais n'empêche pas absolument les phénomènes de strychnisme. Il y a là un mécanisme analogue à ce qu'on peut observer dans ce que j'appellerai, pour bien peindre ce que je Veux dire, la prise de possession du système nerveux par la substance toxique ou médicamenteuse, à ce qu'on observe, par exemple, avec la pilocarpine et l'atropine. Vous savez que, dans ces circonstances, suivant celui des deux alcaloïdes qui a pris possession du système nerveux le premier, il est nécessaire, pour arriver à manifester les phénomènes d'antagonisme, d'administrer des doses telles de l'antagoniste, qu'on arrive à provoquer la mort : l'antagonisme ne peut utilement se produire que si les deux injections sont faites à une distance suffisamment rapprochée lune de l'autre. Eh bien, on observe, relativement à la strychnine et à lalcool, quelque chose d'analogue. J'aurai d'ailleurs à revenir sur ce sujet à propos de Topium et du prétendu antagonisme entre l'opium et la belladone.
Chez les animaux qui ont été préalablement soumis à l'influence de l'alcool, à dose toxique, mortelle, et auxquels on vient ensuite à pratiquer l'injection de strychnine, s'il survient des contractions tétaniques, que ces contractions soient spontanées ou provoquées par on choc sur la colonne vertébrale, on a observé dans la production de ce phénomène un signe que l'animal ne succombera pas à l'intoxication alcoolique. Ce pouvoir antagonistique, comme vous le voyez, est par conséquent assez intense, quoique ce ne soit pas un antagonisme absolu; et je crois qu'il doit être rapporté à ce groupement moléculaire particulier dans lequel une molécule de carbone centrale est saturée, ainsi que je vous l'ai dit dans une de nos leçons précédentes, en attribuant à cette structure moléculaire une importance de premier ordre dans la production des eflets hypnotiques ainsi que la diminution de l'excitabilité réflexe de la substance grise. Le pouvoir
antagonistique vis-à-vis de la strychnine de ce groupement moléculaire augmente dans une proportion d'autant plus remarquable que le pouvoir hypnotique de la molécule s'accentue lui-même et il se montre au maximum chez les hypno-anesthésiques. Ainsi on obtient les mêmes résultats avec les anesthésiques vrais, et je pourrais faire une échelle croissante partant de Talcool, passant par la paraldéhyde le chloral, Téther, pour aboutir au chloroforme. Je vous ai parlé Tannée dernière à propos du chloral et du chloroforme de leur action antagonistique vis-à-vis de la strychnine; et, comme vous le voyez, cet ordre croissant de l'antagonisme est tout à fait net et tout à fait précis.
On a cherché à utiliser cette action antagonistique de la strychnine au point de vue du traitement de l'empoisonnement par l'alcool et l'on en a tiré, en somme, d'assez bons résultats; mais il ne faut pas hésiter, quand on se trouve en présence d'une intoxication aiguë grave par l'alcool, à employer des doses de strychnine qui seraient beaucoup trop considérables en d'autres circonstances. C'est ainsi que Luton et Dujardin-Beaumetz n'hésitent pas à pratiquer, en vingtquatre heures, chez un individu atteint de délire alcoolique chronique des injections atteignant 15 milligrammes, c'est-à-dire 1 centigr. 1/2, de sulfate de strychnine. J'insiste, Messieurs, sur l'énormité de ces doses : une dose de 1 centigramme injectée en une fois est, en effet, une dose mortelle; et cette dose de 13 milligrammes ne peut-être admise que chez les individus chez lesquels évoluent des accidents graves d'intoxication alcoolique. Cette injection de 15 milligrammes de sulfate de strychnine doit se faire en trois injections séparées de 5 milligrammes chacune ; ou bien encore, comme l'a indiqué Dujardin- Beaumetz, on peut pratiquer d'abord une injection de 1 centigramme, c'est-à-dire de 10 milligrammes, puis, toutes les trois heures, une nouvelle injection de 2 milligr. 1/2 seulement, cette fois, jusqu'à ce que l'on voie survenir une exagération des mouvements réflexes que l'on peut provoquer, par exemple, au moyen de chocs sur la colonne vertébrale, comme je le disais tout à l'heure.
Il faut bien retenir ceci : c'est que, dans ce cas, la dose de strychnine est essentiellement variable, et doit être d'autant plus grande qu'elle est administrée plus longtemps après le début de l'intoxication. Il y a donc là une alîaire de doigté, si vous voulez me permettre cette expression, c'est-à-dire un de ces cas dans lesquels intervient l'art