TRAITEMENT DE L'ALCOOLISME AIGU
appliqué à la thérapeutique; et j'insiste à dessein sur ces proportions relativement considérables de strychnine, qui sont absolument adéquates à des circonstances tout à fait particulières.
D y a encore un certain nombre d'autres indications à remplir lorsqu'il s'agit de traiter un accès d'alcoolisme aigu : la première de toutes les indications consiste, bien entendu, à vider l'estomac, si celle opération n'a déjà été faite spontanément. Vous savez qu'il peut arriver, chez certains individus, que la forme comateuse de Talcoolisme s'établisse d'emblée, sans avoir été précédée par la phase des vomissements amenant, quand ils se produisent, l'expulsion de la majeure partie de l'agent toxique. Dans ce cas, il faut donc vider l'estomac par un procédé quelconque, soit au moyen du tube de Faucher, soit au moyen des injections hypodermiques de chlorhydrate dapomorphine dont il ne faut pas, cependant, attendre un grand bénéfice, car, dans ce cas, les différentes substances émétiques capables d'amener les vomissements, n'agissent qu'avec une extrême lenteur et avec une extrême difficulté : nous en comprendrons la raison en étudiant l'action physiologique de l'apo morphine.
L'emploi des excitants diffusibles, tels que les composés ammoniacaux, est absolument indiqué. 11 faut lutter contre le refroidissement à Taide des enveloppements chauds, des fumigations, des frictions stimulantes avec des linges chauds; enfin, pratiquer des inhalations doxygène.
Chez certains individus, on voit se manifester une forme particulière d'intoxication alcoolique aiguë, caractérisée par ce qu'on a appelé l'alcoolisme à forme cardiaque, c'est-à-dire par des signes d'angine de poitrine : ces cas d'alcoolisme cardiaque sont justiciables de remploi de la nitro-glycérine, des nitrites alcalins, à la dose d'un demi-milligramme, ou bien des inhalations de nitrite d'amyle; mais celles-ci devront être très modérées et faites avec beaucoup de précaution. Enfin, au point de vue de l'insomnie qui est quelquefois si rebelle chez les individus en cours d'intoxication par Talcool, je vous ai indiqué les avantages que l'on pouvait tirer de l'emploi de l'hydrate d'araylène et de la paraldéhyde, que cette paraldéhyde soit employée seule ou, mieux encore, associée au bromure de potassium.
Je vous ai indiqué, en parlant de l'alcoolisme, quelle était ma manière de voir à cet égard; je vous ai montré que je regardais comme particulièrement intéressant et efficace de faire l'éducation
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de la volonté de Tindividu. C'est là, bien plus que dans la proscription absolue, que Ton pourra trouver le moyen de lutter avantageusement contre l'alcoolisme. Mais cela n'empêche pas qu'il faut aider dans une aussi large mesure que possible cette bonne volonté de l'individu, si faible ou si forte qu'elle puisse se manifester. Eh bien, à ce point de vue, un pharmacologue anglais que j'ai déjà cité, Lauder- Brunton, a donné un moyen qui paraît extrêmement important et que l'on ne doit pas négliger dans ces circonstances. Lauder-Brunton compare le désir d'absorber des boissons alcooliques qui se produit chez certains individus à cet état que nous étudierons bientôt chez les morphinomanes sous le' nom de besoin; et pour lui, ce besoin d'alcool paraît provenir, pour une partie, de l'estomac, et, pour une autre partie, de l'économie tout entière, manifestant son besoin d'alcool par le fait de la dépression considérable qu'elle éprouve, chez les individus habitués à cette stimulation régulière, lorsqu'elle vient à être supprimée. Il recommande, dans ces circonstances, l'emploi d'une potion composée de la façon suivante et capable de donner satisfaction, dans une certaine mesure, à ce besoin, sans introduire dans l'organisme une quantité assez considérable d'alcool ;
Alcoolat aromatique ammoniacal (Esprit
de Sylvius) XX à XXX goutles.
Teinture de capsicum 5àl0 grammes.
[ Infusé de gentiane ou de cascarille. . . 70 —
Lauder-Brunton recommande de prendre cette potion au moment où le besoin d'alcool se fait sentir ; et ce besoin est ainsi trompé par la saveur, le fait de l'excitation buccale et de l'excitation périphérique sur laquelle j'ai attiré votre attention à propos de l'action propulsive de l'alcool : cela aide, bien certainement, l'individu qui veut lutter contre le désir de consommer de l'alcool à résister à la tentation qui le pousse à l'absorption des boissons alcooliques. Il insiste de plus sur ce point, qu'à ce moment, sous l'influence de ce véritable état de besoin, — car cette appellation peut s'appliquer à l'alcool aussi bien qu'à la morphine, — il est nécessaire de ranimer la circulation cérébrale et le travail cardiaque : eh bien, en tenant compte de ces phénomènes sur lesquels j'ai déjà attiré votre attention, c'est-à-dire de ces phénomènes d'excitation propulsive sur les extrémités périphériques des nerfs de la cinquième paire, Lauder-Brunton recommande de manger des oranges, des citrons, ou bien de boire