‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 280 sur 486 · OPIUMS DE L*INDE ET DE CHINE · texte numérisé non relu

OPIUMS DE L*INDE ET DE CHINE

pavot fournissant Topium à fumer, opium de qualité très médiocre, qui ne titre guère que 4 à 5 p. 100 de morphine, et qui est plus riche que les deux variétés précédentes en narcotine : dans les districts de Behar et de Bénarès, aux résidences de Patna et de Ghazipur, où l'opium est un monopole du gouvernement, on en fabrique une grande quantité qui est destinée à l'exportation pour la Chine. Mais la Chine prépare maintenant une grande quantité d'opium, et cet opium est à peu près exclusivement réservé pour faire de l'opium à fumer; c'est un opium de mauvaise qualité, très souvent falsifié, et renfermant seulement 2 à 3 p. 100 de morphine.

Les pains d'opium de Behar et de Bénarès se présentent sous forme de masses à peu près sphériques d'environ 15 centimètres de diamètre, recouvertes d'une poudre composée de tiges, de capsules et de feuilles de pavots, lorsqu'ils sont destinés à l'exportation : ceux qui doivent être consommés dans l'Inde sont mis sous forme de pains carrés ou en tablettes minces que l'on enveloppe de papier huilé. L'opium de Malwa est en masses rectangulaires, en briques, non enveloppées de débris de pavots : sa qualité est inférieure à celle des sortes précédentes. C'est le Papaver somniferum y album qui est cultivé dans l'Inde pour la préparation de l'opium.

La Chine consomme à peu près les neuf dixièmes de l'opium exporté par l'Inde, une quantité considérable de celui de Perse et même d'Asie-Mineure, et de plus, encore tout celui qui se prépare dans ses difîérentes provinces. Autrefois, cette culture était rigoureusement prohibée, ce qui ne faisait que stimuler l'importation. Dans le sud-ouest de la Chine, on recherche, pour la culture, les pavots à fleurs blanches : l'opium de meilleure qualité forme une masse molle, semblable à un extrait de couleur brun-noiràtre, souvent recueilli dans une gaine pétiolaire de bambou. D'ailleurs, en Chine, tout l'opium étant destiné à être fumé, la valeur de la drogue n'est pas fixée d'après sa richesse en morphine, mais d'après les particularités de son arôme et son degré de solubilité, car c'est l'extrait aqueux qui est fumé, après avoir subi certaines préparations que nous apprendrons plus tard.

D'autres variétés d'opium proviennent soit de l'Afrique, soit de l'Australie, soit de la Bulgarie. J'attirerai seulement votre attention sur une variété d'opium qu'on a essayé de préparer à un moment en France : c'est l'opium dit d'Aubergier ou Affiuniy qui résulte de la

culture en France d'une variété de pavot donnant un opium tout à fait analogue à Topium d'Egypte, et parfois extrêmement riche en morphine : c'est le pavot à œillette, la variété de pavot à petite capsule, qui fournit cet opium. On a pu préparer à l'aide des procédés de culture préconisés par Aubergier un affîum renfermant 20, 25 et jusqu'à 30 p. 100 de morphine : d'ailleurs, la richesse en morphine est variable suivant certaines conditions encore assez mal déterminées; mais en moyenne, la culture soignée du Papaver somniferum ntgrum donne un opium contenant de 15 à 18 p. 100 de morphine. A ce sujet, les expériences et tentatives de culture d'Aubergier ont conduit à des résultats fort intéressants. En les cultivant sous la môme latitude et dans les mêmes conditions, il a trouvé que l'opium le plus riche en morphine, ainsi qu'en autres principes actifs, était fourni par le pavot de l'Inde; venait ensuite le pavot à œillette, puis le pavot noir à capsule indéhiscente, le pavot noir à pétales rouges, le pavot blanc à capsule indéhiscente, enfin le pavot lilas tacheté. Si l'on s'en tenait seulement à la richesse en morphine, l'affium d'Aubergier serait préférable à toutes les autres variétés d'opium, à cause de sa teneur à peu près constante ; et il a même fait concevoir au début de telles espérances que Réveil a été jusqu'à dire : « Tous les opiums indigènes sont bons, tandis que presque tous les opiums exotiques sont mauvais, à ce point que le médecin qui ordonne aujourd'hui des préparations opiacées préparées avec les opiums de Smyrne ou de Constantinople agit, la plupart du temps, en aveugle et doit toujours douter du résultat qu'il obtiendra. »

C'est l'illustre naturaliste Pierre Belon, qui, le premier, en 1588, dans son ouvrage intitulé SingularitéSy annonça que l'on peut obtenir de l'opium à l'aide du pavot indigène. De nombreux observateurs confirmèrent depuis cette remarque et un pharmacien de Valence (Drôme), Accarie, prépara, en 1800, une certaine quantité d'opium au moyen de suc de pavots indigènes ; l'année suivante, Dubuc, pharmacien de Rouen, en obtint une plus grande quantité, et, en 1805, Bretonneau recueillit à Chenonceaux un opium de bonne qualité obtenu à l'aide du suc du Papaver somniferum de variétés diverses. En 1808, le gouvernement encouragea à Naples la culture du pavot et la récolte de l'opium.

Depuis ce moment, les tentatives se multiplièrent dans les difiérentes régions de l'Europe : Loiseleur-Deslongchamps, Palissot (de

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Beauvais), Ricard-Duprat, Tilloy (de Dijon), Petit (de Corbeil), le général Lamarque, en France; Jones Young, Cowley, en Angleterre; Laine de Mellay en Suisse, Carminati à Milan, Monticelli à Naples, Prestrandra à Messine, Bonafous à Turin, Merck à Darmstadt, de Pla en Belgique, obtinrent tous des succès plus ou moins marqués. Mais c'est, principalement, aux essais systématiques et persévérants d'Aubergier, de Clermont-Ferrand, que Ton est redevable de nos connaissances sur cette question. Le premier, il récdisa en grand la culture du pavot et la préparation de l'opium ; son but était de montrer que la production de l'opium est possible en France au point de vue économique, et que l'on peut réaliser dans sa préparation cette uniformité de composition que Chevallier et Payen considéraient, avec juste raison, comme si désirable pour un agent énergique aussi fréquemment employé en médecine. Aubergier concluait de ses très nombreuses et remarquables expériences que, tandis que la richesse en morphine de l'opium du commerce varie entre 2 et

13 p. 100, on peut obtenir en France des opiums dont la richesse en morphine s'élève couramment de 15 à 18 p. 100 : la récolte de la graine couvre tous les frais de culture. D'autre part, il nota que la proportion de morphine contenue dans les opiums indigènes ou exotiques varie suivant la variété de pavot qui les a produits, et, pour une même variété, suivant l'état plus ou moins avancé de maturité du fruit ou même de la récolte : ces dernières observations ne faisaient que confirmer des faits déjà connus.

A son exemple, Decharme, professeur de sciences physiques et naturelles au lycée d'Amiens, fit tenter en grand, dans la Picardie, la culture du pavot à œillette pour en retirer l'opium : on obtint un produit riche de 16 à 20 p. 100 de morphine (analyses de Decharme et Bénard, d'Amiens; de Acar et Mialhe, de Paris) :

14 752 capsules incisées dans l'espace de six jours fournirent 431 grammes de suc laiteux, et celui-ci produisit 205 grammes (soit 47,6 p. 100) d'opium sec. Decharme observa que la proportion de morphine diminuait lorsqu'on faisait dessécher le suc très lentement Cette remarque est fort importante et à rapprocher des faits sur lesquels j'appelais tout à l'heure votre attention : il semble que ce soit par des réactions secondaires, s'effectuant au cours de la dessication et du malaxage, que la morphine se forme dans l'opium, sans doute sous l'influence de réactions d'hydratation et de dédoublement

provoquées par des composés plus ou moins analogues ou i( ques aux diastases. Et en effet, j'ai vérifié ce fait, déjà signal M. Adrian, que des capsules fraîches de pavots, immédiate épuisées par l'alcool acidulé, se sont montrées fort pauvres en phine, tandis qu'il fut possible d'eo retirer une quantité fort a ciable de cet alcaloïde après trituration et malaxage d'une portion de la même récolte : en même temps, l'odeur, à h TÎFeuse et aromatique, si caractéristique de l'opium, se déve parallèlement.

En répétant de nouvelles incisions sur la capsule, on obtien nouvelle quantité de suc qui va toujours en diminuant, ainsi q richesse en morphine.

Aubei^er a donné, à ce sujet, les chiffres suivants :

Priotempi. Morphine.

1" recolle 10,90 t,75

Opiuu de pavot bUnc.

PriDtempi. IiIorphiDD.

Irt récolte 6,63

Dans le but d'éviter l'incision de l'endocarpe et de perdre ains à la fois, et le suc coulant à l'intérieur de la capsule et les graines blés de servir à la fabrication de l'huile d'œillette, à la préparatit tourteaux destinés à la nourriture des bestiaux, et de couvrir ain moins en grande partie, les frais de culture, Bénard, pharma Amiens, a imaginé un scarificateur à plusieurs lames dont la deur des lames est calculée de manière à ce que l'appareil prt sur la face externe de la capsule, ne puisse sectionner eti temps la paroi interne (fig. 9). Ce pavot à œillette, ou pavot à graine noire, cultivé depuis si longtemps dans le Nord, ui ment pour sa graine, est donc, de l'avis de tous les expérimenta susceptible de fournir un opium d'excellente qualité et riche ce phioe. Le seul point sur lequel on puisse faire des réserv relatif à la quantité d'opium proportionnellement au suc récoll très nombreuses observations, il résulte, en effet, que le suc ne que le quart environ de son poids d'opium sec. De plus, on a re

que le suc du pavot à fleurs pourpres donne une plus forte proporKon d'opium que le suc du pavot à œillette.

L'opium ainsi obtenu se présente sous la forme de pains arrondis et aplatis, parfois entourés d'une feuille de pavot : sa couleur est d'un brun-rougeâtre à reflets brillants et irisés. Son odeur est forte, à la fois aromatique et vireuse; sa consistance ferme, un peu élastique; sa saveur est amère et un peu nauséabonde. Il est très homogène; sa densité est de 1,30 à 1,35 : la chaleur de la main le ramollit; lorsqu'on vient à le chaufler, il s'enflamme promptement. Il est plus soluble dans l'eau que l'opium exotique; sa solution, d'abord trouble, s'éclaircit bientôt.

L'opium fourni par le pavot à fleurs pourpres est d'une richesse en morphine peut-être un peu moindre, mais plus constante que celle du pavot à œillette. Cet opium est de couleur brun-rougeâtre (chocolat), à reflets bleuâtres irisés; il est homogène; son odeur est agréable, à la fois aromatique et vireuse ; il renferme en moyenne 11p. 100 de morphine et cette proportion d'alcaloïde est très peu variable : il se dissout dans l'eau et l'alcool sans les troubler. C'est l'opium de Clermont, Yaffiuniy le type de l'opium indigène.

Dès le début de la conquête de l'Algérie, lorsqu'on songea à utiliser cette colonie, on chercha naturellement à acclimater les plantes végétant dans des climats analogues à celui du nord de l'Afrique et l'on pensa aussitôt aux pavots dans le but d'en obtenir de l'opium. Vers 1840, des tentatives furent faites dans ce sens et, en 1844, une commission de l'Académie des sciences fut chargée d'étudier l'opium récolté. Cet opium ne donna que 5 p. 100 de morphine; mais, par l'amélioration des procédés de culture et de récolte, on arriva bientôt à obtenir de l'opium titrant 12 et 15 p. 100 de morphine. Les essais montrèrent en même temps que, sous cette latitude et dans ces conditions climatériques, la variété à capsules allongées {Papaver somniferum album) fournissait un opium plus riche que la variété à capsules sphéroïdes {Papaver somniferum nigrum).

En présence de ces résultats, et surtout des efforts persévérants et couronnés de succès d'Aubergier, il paraît regrettable que la culture du pavot à fleurs pourpres ne se soit pas plus étendue en France pour la préparation de l'opium. Peut-être faut-il s en féliciter, cependant, en songeant, avec Fonssagrives, à quels excès faciles la divulgation des propriétés d'un produit aussi dangereux,

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