DECOUVERTE DE LA MORPHINE
à Sertuerner la découverte de la morphine, il n'en reste pas moins une chose évidente, c'est que ses idées étaient très arrêtées au point de vue de la nature basique de ce principe actif. De plus, il avait vérifié cette qualité de principe actif, non seulement par ses recherches chimiques, mais encore par un certain nombre d'expériences physiologiques effectuées sur lui-même et sur certaines personnes travaillant avec lui dans son laboratoire et qui avaient bien voulu s'y prêter. En définitive, on peut dire que la morphine a été entrevue par Séguin, mais c'est Sertuerner qui a indiqué le premier sa préparation et ses propriétés, tant chimiques que physiologiques.
Sertuerner caractérise nettement la morphine comme une base et insiste sur ce fait que certaines de ses propriétés semblent la rapprocher de l'ammoniaque. De plus il reconnaît par l'expérimentation physiologique qu'elle constitue la partie efficace de l'opium. Ce dernieip point de son étude mérite de nous arrêter spécialement, d'une part, parce que les essais de Sertuerner constituent les premières tentatives d'expérimentation effectuées avec un alcaloïde, et, d'autre part, parce que l'auteur n'hésita pas à tenter ses expériences sur luimême et sur des personnes de son entourage.
« La propriété la plus remarquable de la morphine, dit-il dans son mémoire, est l'effet qu'elle produit sur l'économie animale. Pour le déterminer avec exactitude, je me suis prêté moi-même à des expériences avec quelques autres personnes, parce que les expériences sur les animaux ne donnent pas des résultats exacts.
« Je dois fixer l'attention d'une manière particulière sur les effets terribles de ce nouveau corps pour prévenir des malheurs; car on a osé prétendre publiquement qu'on avait donné cette substance en quantité considérable à plusieurs personnes sans remarquer aucun effet. Si c'était bien de la morphine qu'on eût donné dans ce cas, il s'ensuivrait que cette substance n'est pas dissoute par le suc gastrique. Mes expériences antérieures, dont on n'a pas eu connaissance, comme il semble, m'avaient porté à demander expressément qu'on ne donnât cette substance que dissoute dans l'alcool ou dans un peu d'acide, parce qu'elle se dissout difficilement dans l'eau et qu'elle n'est, par conséquent, attaquée qu'avec peine dans l'estomac sans l'intermédiaire de ces liquides.
« Pour examiner sévèrement mes propres expériences, j'engageai trois personnes, dont chacune n'avait que dix-sept ans, à prendre