‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 287 sur 486 · ESSAIS PHYSIOLOGIQUES DE SERTLERNER · texte numérisé non relu

ESSAIS PHYSIOLOGIQUES DE SERTLERNER

avec moi de la morphine. Mais, averti par les effets que j'avais vus antérieurement, je n*en donnai à chacune qu'un demi-grain (2 milligrammes 3) dissous dans un demi-gros (2 grammes) d'alcool étendu dans quelques onces d'eau distillée. Une rougeur générale, qu'on pouvait même apercevoir dans les yeux, couvrit leur figure, principalement les joues, et les forces vitales semblaient exaltées.

€ Lorsque nous prîmes, après une demi-heure, encore un demigrain de morphine, cet état augmenta considérablement, et nous sentîmes une envie passagère de vomir et un étourdissement dans la tête. Sans en attendre l'effet, nous avalâmes encore, après un quart d^heure, un demi-grain de morphine en poudre grossière avec quelques gouttes d'alcool et une demi-once d'eau. L'effet en fut subit chez les trois jeunes gens ; ils sentirent une vive douleur dans l'estomac, un affaiblissement et un engourdissement général et ils étaient près de s'évanouir : j'éprouvais moi-même des effets semblables ; en me couchant, je tombai dans un état rêveur et je sentis une espèce de palpitation dans les extrémités, principalement dans les bras.

• Ces symptômes évidents d'un empoisonnement véritable, et surtout l'état d^évanouissement des trois jeunes gens, m'inspirèrent une telle inquiétude, que j'avalai sans y penser 6 à 8 onces d'ua vinaigre très fort et que j'en fis prendre autant aux autres. Il succéda un Tomissement si violent que l'un de nous qui était d'une constitution délicate et dont l'estomac était tout à fait vide, se trouva dans un état très douloureux. Il me parut que le vinaigre communiqua à la morphine cette violente propriété vomitive. Dès lors, je donnai au jeune homme du carbonate de magnésie qui ne tarda pas " à faire cesser les vomissements. Il passa la nuit dans un profond sommeil. Le lendemain le vomissement revint, mais il cessa bientôt après une forte dose de carbonate de magnésie. Le manque d'appétit,' la constipation, l'engourdissement et les maux de tête et d'estomac ne cessèrent qu'après quelques jours. A en juger par cette expérience assez désagréable, la morphine est un poison violent, même à petites doses. Ses combinaisons avec les acides ont peut-être encore plus d'effet. Je crois que le demi-grain pris le dernier eut une action plus vive parce

qu'il arriva concentré dans l'estomac et y fut dissous.

« Les autres parties constituantes de l'opium ne possédant aucune des propriétés dont il vient d'être fait mention, il me semble que les principaux effets de l'opium dépendent de la morphine pure. Nous

pouvons ainsi attendre des effets efficaces des différents sels à base de morphine dans plusieurs maladies. »

Depuis, un très grand nombre de recherches ont mis en évidence une très grande quantité de principes alcaloïdiques qui jouent un rôle plus ou moins considérable dans Taction définitive exercée sur l'organisme par Topium. Ces alcaloïde» peuvent se diviser en deux grands groupes : le premier, qui a pour chef de file la morphine, comprend actuellement 7 ou 8 alcaloïdes, parmi lesquels la morphine, la codéine et la tbébaïne doivent nous intéresser plus particulièrement. Dans ce groupe, les alcaloïdes ont pour noyau de constitution le j^A^nanthrène, c'est-à-dire que toutes les fois que, par un moyen chimique approprié, on cherche à dissocier ces substances, à résoudre la molécule complexe en ses éléments, on arrive à obtenir le phénanthrène. Au contraire, dans l'autre groupe, dont le chef de file est la papavérine, c'est Viso-quinoléine qui formerait le noyau de la constitution moléculaire.

Tableau des alcaloïdes de ropium.

Morphine

Godéine

Tbébaïne

Pseudomorpbine ....

S { Godamine

s 1 Laudanine

s ( Laudanidine. . . .

Laudanosine

G*7H»»AzO»

G»W»Az08 G»»H*«AzO' C"H««AzO»

G«oH"AzO*

C*»H"AzO*

Séguin (1804). Serluemer (1816).

Robiquet (1832).

Thiboumery (1835).

Pelletier et Thiboumery (1835).

Hesse (1870),

Hesse (1871).

Papavérine

Narcoline

Narcéine

Hydrocotarnine

Méconidine

Lanthopine

Gryptopine

Protopine

Oxynarcotine

Gnoscopine

Tritopine

C2«H«»AzO*

G"H"AzO'

G"H«7AzO«

G"H»»AzO»

G**H"AzO*

GWH«AzO*

G*»H»AzO»

G«oH»»AzO»

G"H"AzO«

G5*H»«Az«0*>

G«H5*Az«0^

Merck (1848).

Derosne (d803). PeUetier (1832).

Hesse (1871).

Hesse (1870).

Hesse (1870).

T. et H. Smith (1864).

Hesse (1871).

Hesse (1871).

Hesse (1871).

Hesse (1871).

Méconine

CioHioQ*

Dublanc (1826) [CouërbeJ.

Rhœadine

Sanguinarioe

Gbélidonine

G**H«»AzO« G«'H»»AzO* C*»H»7AzO»

Hesse (1865).

Dana (1824) [Probst].

Godefroy (1824) [Probst].

Parmi ces très nombreux alcaloïdes, qui sont, très probablement, des produits de dérivation les uns des autres, et peut-être même seulement des produits de transformation du premier terme de la série, la papavérine, au cours des opérations chimiques nécessitées pour ces recherches, trois seulement nous intéressent : la papavérine, la narcotine et la narcéine.

Je vous dirai quelques mots relativement à chacun de ces alcaloïdes, aux circonstances dans lesquelles pn peut les isoler, et à leurs liens de parenté chimique. Vous verrez que cela ne sera pas inutile, parce que, dans ces dernières années, on a beaucoup préconisé, sous les noms d'Héroîney de Dioniney de Péronine^ des dérivés de la morphine dont certains semblent posséder, en effet, des propriétés pharmacodynamiques importantes pour nous; et il serait impossible de comprendre les relations que présentent ces corps les uns avec les autres ainsi qu'avec les alcaloïdes naturels de Topium, si nous n'entrions pas dans quelques détails sur les six alcaloïdes que je vous ai plus particulièrement signalés.

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