‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 296 sur 486 · PRODUITS DE DÉCOMPOSITION DE LA MORPHINE · texte numérisé non relu

PRODUITS DE DÉCOMPOSITION DE LA MORPHINE

possible sa structure, par exemple, lorsqu*on soumet la morphine à la distillation en présence de poudre de zinc, on obtient d'une façon constante un hydrocarbure qui porte le nom de phénanthrène et qui est, comme vous le savez sans doute, un isomère de Tanthracène. Cette réaction se produit encore lorsqu'on soumet la morphine à l'action d'agents violemment oxydants, tels par exemple, que la potasse fondante : dans ces circonstances, il ne se produit pas seulement du phénanthrène, mais encore des bases pyridiques dérivant de celui-ci, de la phénanthrène-quinoline, de la triméthylamine, du pyrrol et des dérivés pyridiques : il est bien établi, d'ailleurs, que la morphine se comporte comme un alcali tertiaire.

D'autre part, l'oxydation de la morphine, lorsqu'elle est poussée à fond, par exemple, avec le permanganate de potasse, ou mieux encore l'acide chromique, donne toujours naissance à un terme constant de métamorphose, qui est l'acide protocatéchique, ou bien de l'acide picrique, dans le cas où l'oxydation a été effectuée à l'aide de l'acide nitrique; et,^par conséquent, il s'enisuit qu'il doit y avoir au moins un noyau benzénique dans la constitution de la morphine. D'un autre côté, la morphine ne renferme qu'un atome d'azote, et lorsqu'on cherche à quel état cet atome d'azote est libéré par les différentes décompositions auxquelles on peut soumettre la morphine, on voit que cet azote est fixé d'une façoii assez constante à un groupement propylique : il y a donc là une série de raisons, au point de vue chimique, pour admettre que la morphine renferme un noyau phénanthrénique et que ce noyau est uni, d'une façon que nous allons rechercher, à une aminé .complexe dans laquelle figure le groupe propyle.

Nous pouvons trouver encore .des preuves en faveur de cette constitution de la morphine dans les métamorphoses subies par certains autres alcaloïdes de l'opium. Vous vous souvenez que l'acide opianique est susceptible de se combiner avee la cotarnine et de donner ainsi naissance à la narcotine qui, comme nous l'avons vu, se dédouble en acide opianique et hydrocolarnine : vous savez qu'on peut trouver normalement dans l'opium cette hydrocotarnine, qui diffère simplement de la cotarnine par deux atomes d'hydrogène en plus, et c'est là une des preuves de la transformation possible, les uns dans les autres, de ces alcaloïdes de l'opium.

Mais vous allez voir qu'on peut arriver, par une réaction beaucoup

MÉTAMORPHOSES DE LA CODÉINE 4^3

plus suivie, et en s*adressant directement à un composé 3u groupe de la morphine, à fournir la preuve de l'existence du noyau phénan- Ihrénique dans sa constitution. Si, au lieu de prendre la morphine pour point de départ, nous prenons la codéine, qui, ainsi que nous le verrons bientôt, n'est autre chose que Téther méthylique de la morphine, on s'aperçoit que par la substitution d'une molécule de méthyle CH' à l'atome d'hydrogène, on a rendu la molécule de codéine plus facilement vulnérable aux différentes réactions chimiques et qu'il est alors facile d'obtenir, en partant de la codéine, des produits de substitution qui vont nous conduire à ce que je cherchais à vous démontrer en partant de la morphine. Les résultats que va nous fournir la codéine sont, indiscutablement, applicables à la morphine; et, comme l'ont montré les recherches de Grimaux, il est aisé de passer de l'une à Fautre. Morphine, codéine et quelques autres alcaloïdes constituent en effet, le groupe d'alcaloïdes dans la constitution duquel l'analyse permet de reconnaître l'existence du noyau phénanthrène, tandis que les autres alcaloïdes de l'opium ont pour noyau, comme je vous l'ai déjà dit> une isoquinôléine.

Eh bien, si nous fixons sur la codéine une molécule d'iodure de mélhyle, nous obtiendrons par simple addition, comme cela se réalise sur toutes les bases tertiaires, l'iodométhylate dont j'écris ici la

formule :

C«'iP«(CH5)03 = AZ.CH3I

en faisant ressortir la substitution du méthyle à un atome d'hydrogène de la morphine

Si nous soumettons cet iodométhylate de codéine à l'action de la potasse caustique, nous donnerons naissance à de l'iodure de potassium et à un hydrate qui se déboublera, en perdant une molécule d'eau, et nous fournira ainsi un nouvel alcali tertiaire que l'on a appelé la méthocodéine suivant l'équation :

C*^H'«(CH»)03 = Az.CH^OH z=z H«0 + 0»»Hw(aP)03 = Az

Hydrate do riodométbylatc. Méthocodéine.

Si, au lieu de faire cette substitution avec l'iodure de méthyle, nous la faisons avec l'iodure d'éthyle, la même réaction se produira, mais nous aurons un dérivé dont la formule sera légèrement différente, c'est Yéihocodéine et qui se produira d'après la réaction :

C*7H*»(CH»)08 = Az.CnPQII — H«0 -f Ci8H»o(C«n»)08^= Az

Hydrate do l'iodéthylato. Ethocodéine.

474 MÉTAMORPHOSES DE LA CODÉINE

Cette éthocodéine est très remarquable, parce qu'elle constitue elle-même une base tertiaire capable de flxer encore une fois une molécule d'iodure de méthyle et de fournir, par ce moyen, Fhydrale d'un ammonium quaternaire qui se dédouble complètement à 100'' en donnant naissance à un dérivé phénanthrénique méthoxylé et oxydé dont la formule est :

C«*H'(CH»)0« ou C»*H70.0CH»,

en même temps qu'il se forme une ammoniaque composée à trois radicaux alcooliques différents, répondant à la formule :

/CH3 Az— C«H»

La formule qui interprète cette réaction est la suivante :

CtgH»o(C»H»)0» = AZ.CH30H = H^O + Az(CH3)(C»H»)(C»H7) + C»*H'O.OCIP

Hydrate dérivant do Âmine complexe. Dérivé méthoxylé

riodométbylate d'éthocodéine. et oxydé dn

phénanthrëoe.

Le caractère phénanthrénique de ce dérivé est bien mis en évidence par les schémas suivants :

Page 1