STRUCTURE DE LA MORPHINE
caractérisée très nettement par un certain nombre de réactions colorées qui constituent précisément des réactions dites caractéristiques de la morphine, notamment la coloration bleue que donne le perchlorure de fer; d'autre part, la solubilité de la morphine dans les alcalis est encore en concordance avec ce caractère ; c'est aussi grâce à cet oxhydrile phénolique que, non seulement, la morphine se dissout dans les alcalis, mais encore donne, en présence du sodium, un dérivé de substitution dans lequel le sodium vient prendre la place de rhydrogène de cet oxhydrile ; l'action réductrice intense exercée par la morphine est encore justiciable de ce même noyau phénolique; enfin, la substitution possible d'un radical alcoolique à cet oxhydrile phénolique est encore une preuve de son existence.
Mais, lorsqu'on soumet la morphine à l'action de certains radicaux acides, l'acide acétique par exemple, on s'aperçoit qu'on peut obtenir deux dérivés, la mono-acétylmorphine, et la diacétylmorphine [c'est ce dernier produit auquel on a donné le nom d'Héroïne] ; il en résulte donc qu'il doit y avoir un second oxhydrile, et celui-là doit être un oxhydrile alcoolique, parce qu'il est incapable d'être remplacé par un radical alcoolique; un radical acide peut seul lui être substitué.
On a prétendu que la morphine, en raison de sa très étroite parenté avec toutes les bases de cette seconde série, qui s'étend depuis la papavérine jusqu'à latritopine, ne pouvait avoir un noyau de constitution différent de celui de ces dernières ; et un certain nombre de savants, à l'exemple de M. Vis, ont admis que la morphine est un dérivé phénylisoquinoléïque du méthane. Une pareille conception, qui ne tient aucun compte du phénanthrène ou de ses dérivés parmi les produits de décomposition de la morphine, ne me paraît pas acceptable. Elle conduit d'ailleurs à une formule en désaccord avec certaines propriétés très exactement fixées de l'alcaloïde. Il en est de même de la formule donnée par M. Prunier dans son traité Les médicaments chimiques^ schéma que l'auteur rattache toutefois sans hésiter au phénanthrène et à une aminé propylique. Ce schéma est
le suivant :