ÉTHERS ALCOOLIQUES DE LA MORPHINE
poids de 2 kilos, rinjecUon de 32 centigrammes de chlorhydrate de roono-acétyl morphine a déterminé une narcose profonde, interrompue de temps à autre par de violentes convulsions; cette narcose eut une durée de huit heures, et, le lendemain, Tanimal était absolument revenu à lui-même, mangeait do bon appétit, ne présentant plus aucune espèce de trace de l'action médicamenteuse à laquelle il avait été soumis. Après huit jours, on reprit le même animal et on lui injecta 22 centigrammes de diacétylmorphine, sous forme de chlorhydrate et en solution fraîchement préparée : cette fois, il mourut au bout de trois heures, au milieu de violentes convulsions tétaniques. C'est là un fait qui montre que l'action du chlorhydrate de diacétylmorphine, autrement dit, du chlorydrate d'héroïne, n'est pas sans danger, et qu'il faut songer, lors de son administration, aux accidents tétaniformes. Il est vrai que cette même substance a manifesté, chez les chiens, une action tétanisante beaucoup moins marquée.
Les grenouilles et les lapins sont des animaux extrêmement susceptibles à l'action tétanisante de la morphine et de ses dérivés ; chez le chien, au contraire, l'action tétanisante des dérivés acétylés, quoique manifeste, est beaucoup moindre.
A l'appui de cette assertion, M. von Mering cite l'expérience suivante. Un chien du poids de 6 kilos 700 reçoit le matin, par voie d'injection sous-cutanée, une quantité de 8 centigrammes de chlorhydrate Je monacétylmorphine en solution aqueuse. Au bout de 10 minutes, ranimai est couché sur le flanc et lève la tête de temps à autre sans répondre aux appels : les bruits intenses, le pincement énergique des pattes, la piqûre de l'oreille ne provoquent aucune réaction. Dans la journée, la narcose devient moins profonde, les bruits intenses font lever la tête à l'animal et sollicitent son attention pendant quelques instants. Ces phénomènes se dissipèrent peu à peu, et le lendemain, il subsistait encore un état de torpeur très appréciable. Huit jours après, on fit à ce même chien une injectioii hypodermique de 10 centigrammes de chlorhydrate de diacétylmorphine (chlorhydrate d'héroïne) en solution aqueuse. Au bout de 10 minutes, l'animal est étendu sur le sol; 13 minutes après, lorsqu'on l'appelle, il se relève et essaie de courir, se mouvant péniblement à l'aide de ses membres antérieurs, tandis que le train postérieur reste étendu inerte, parésié, sinon même complètement paralysé. Une demi-heure après l'injec-
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lion, le chien est couché sur le ventre, les membres dans Textension; il se déplace si Ton frappe le sol ou si Ton bat des mains. Une heure plus tard, la pression énergique des pattes provoque des signes de douleur. Huit heures après, l'animal est couché sur le ventre; il dort, mais se dérange de temps à autre en faisant péniblement quelques pas. Le lendemain, le chien a manifestement échappé à Tinfluence médicamenteuse; son attitude est à peu près normale, seulement Tappétit lui fait défaut. Ces résultats diffèrent nettement de ceux observés dans l'expérience précédente.
Il en résulte que, au moins en ce qui regarde les mammifères et notamment les chiens , la substitution d'un radical acide dans Toxhydrile alcoolique de la morphine donne un produit se rapprochant beaucoup de l'action de la morphine et dont l'action tétanisante est moins intense que celle qui résulte de la substitution des deux oxhydriles par le même radical acide, tandis qu'au contraire l'action hypnotique et l'action analgésiante sont certainement plus développées : ces phénomènes ont d'ailleurs été confirmés par l'observation clinique, et von Mering, après avoir expérimenté sur les animaux^ a pu, avec beaucoup de circonspection, vérifier ces résultats chez l'homme.
Nous allons passer maintenant aux dérivés dans lesquels l'hydrogène de l'oxhydrile phénolique est remplacé par un radical appartenant soit à la série grasse, soit à la série aromatique, l'oxhydrile alcoolique restant, cette fois, intact. Parmi les assez nombreux dérivés qui ont été proposés et dont von Mering a fait l'étude au point de vue pharmacodynamique, il y en a deux qui ont un intérêt assez considérable au point de vue thérapeutique. Les dérivés qui ont été préparés sont les dérivés éthyl, propyl, isobutyl, amyl et benzyl. L'action de ces produits sur les animaux à sang chaud et à sang froid est fort analogue à celle de la codéine ; et, d'ailleurs, la codéine n'est autre chose que le premier terme de cette substitution; elle résulte précisément de la substitution du radical méthyl à un atome d'hydrogène de l'oxhydrile phénolique de la morphine : c'est la méthylmorphine.
Eh bien, il y a, à côté de la méthylmorphine, un produit qui résulte de la substitution du radical éthyl à l'hydrogène de l'oxhydrile phénolique, qui constitue par conséquent l'éthylmorphine, produit dont le chlorhydrate a reçu l'appellation de Dionine^ et cette dionine est