INTOXICATION CHRONIQUE PAR LE SULPONAL
tuiDes, les garde-robes, Tappétit, le sommeil, étaient satisfaisants, paraissaient normaux même, à cette époque. Le surlendemain, 23 août, la malade fut prise subitement de douleurs abdominales; elle eut des vomissements fréquents et très laborieux ; le ventre n'était cependant pas sensible à la pression ; les urines ne présentaient rien de particulier. Le soir, la malade est prise d'impotence fonctionnelle dans les membres inférieurs, telle qu'il lui est absolument impossible de marcher, et il lui faut se coucher. Un lavement administré à ce moment procura des évacuations abondantes. Les jours suivants, les vomissements furent arrêtés, mais la paralysie des membres inférieurs allait croissant, et bientôt la vessie et le gros intestin furent pris à leur tour; la malade n'urina plus et n'eut plus de garde-robes. Le 30 août, c'est-à-dire sept jours après l'apparition des premiers phénomènes que je vous rapporte, on put voir l'hématoporphyrine apparaître dans l'urine. La malade, en proie à une adynamie croissante, succomba à la paralysie cardiaque, le 2 septembre, c'est-à-dire onze jours après l'apparition des premiers accidents. On put faire l'autopsie; et l'examen du rein montra nettement les indices d'une néphrite toxique. Le cœur, examiné avec soin, montra seulement de l'hydropisie du péricarde; le ventricule gauche était obstrué par des caillots, le myocarde était de couleur brun-grisàtre, ramolli, friable. Voilà encore un cas oii l'apparition tardive de l'hématoporphyrine eut lieu au moment où survenaient des accidents graves précurseurs de la mort de la malade.
Un autre cas concerne une femme de vingt-sept ans, qui était sujette à de la démence congénitale et en proie à des hallucinations intenses. Cette malade fît un usage assez immodéré du sulfonal, puisque, dans l'espace de deux cents soixante dix jours, elle avait absorbé 180 grammes de ce médicament. Les accidents débutèrent par des phénomènes gastro-intestinaux, comme ceux que je vous signalais tout à l'heure, qui firent bientôt place à une constipation opiniâtre; les urines étaient rouge-foncé; on observa de l'incoordination motrice, de la parésie motrice des membres supérieurs et de la paralysie flasque des membres inférieurs; puis des phénomènes de paresthésie, de la salivation, de la somnolence. Chez cette malade, l'apparition de l'hématoporphyrine fut assez précoce, mais elle disparut presque immédiatement. On eut l'idée d'administrer des quantités assez considérables de boissons acidulés gazeuses et de sels