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ACTION DE L'OPIUM ENTIER

résultats de rexpérimentation physiologique et combien il faut se garder de transporter ces données d'une espèce animale à une autre. Malgré ses difficultés et ses incertitudes, c'est encore Tobservation chez Thomme qui doit nous guider.

Les applications de Topium, d'ailleurs, portent en elles-mêmes la preuve de que ce je viens de vous dire : l'opium a été employé comme substance analgésique, hypnotique, noosthénique, exhilarante, aphrodisiaque, sédative de l'incoordination nerveuse, modificatrice par substitution des délires vésanique ou morbide, stimulante, cardiacovasculaire, corrective, sudorifique [alors que c'est un dépresseur des autres sécrétions] ; enfin, dans un assez grand nombre de circonstances, l'opium exerce encore une action non susceptible d'être théorisée et qui se révèle uniquement par des faits cliniques comme dans les cas de syphilis, de gangrène, d'empoisonnements, etc.

Il ne faut jamais perdre de vue, dans l'étude des actions médicamenteuses, que l'organisme n'est pas un mécanisme simple, homogène, mais bien une fédération d'organes possédant leur sensibilité propre et une réactivité spéciale, et manifestant d'une façon différente l'impression médicamenteuse. Ce sont ces nuances, parfois si délicates, qui constituent la modalité pharmacodynamique des diverses substances médicamenteuses; et, à ce point de vue, je ne saurais trop le répéter, aucune, plus que l'opium, ne donne lieu à des différences de détails dans ses manifestations. Dans une foule de cas, on voit Topium exercer une action médicamenteuse qui relève de toute autre chose que de l'action médicamenteuse exprimée par la morphine toute seule : aussi est-ce avec raison que Fonssagrives, en terminant l'étude qu'il faisait autrefois sur l'opium, disait : « Combien nombreuses sont les applications de l'opium, ce Médicament princeps qui domine en quelque sorte la thérapeutique tout entière et (|ue le praticien apprend à manier pendant toute la durée de son activité professionnelle, sans pouvoir espérer qu'il arrive jamais à en prendre une possession complète. C'est un sujet d'étude en quelque sorte inépuisable; il a commencé avec la médecine et il finira avec elle. »

Résumé historique de l'emploi de Topinm. — L'opium parait avoir été connu dès la plus haute antiquité, mais on ne peut fixer l'époque à laquelle il prit place dans la matière médicale. Faut-il, à Texemple de Kurt Sprengel, rapporter à une préparation opiacée cette poudre qui « dissipe les chagrins, apaise la colère et fait oublier

les maux » qu'Hélène, femme de Ménélas, tenait de Polydamoa yptienne et qu'elle versa dans la coupe de Télémaque? Faot-il se 3r à l'opiaioD qui fait de cette poudre une préparation dans elle prédominaient les solanées vireuses? Ou bien faut-il adopter aniëre de voir d'Adanson et l'identifier avec le Bangh, que nous ierons bientôt à propos du chanvre indien? Peu importe ; ce qui paraît important à retenir ici, c'est ce fait que, déjà à cette |ue, certains individus versés dans la connaissance des choses con- 'ées alors comme surnaturelles, savaient préparer des produits !S d'une activité des plus remarquables et dont l'action noosthée et exhilaranle était surtout recherchée et mise à contribution, ^mologie du mot Nepenlfiès — vrj, particule nég;ative, et Kevôoî, cha-

— ne vise en effet que ses propriétés exhilarantes, c« qui semlit devoir faire accorder la préférence à l'interprétation d'Adaosoo. hanvre indien étant, comme nous le verrons plus tard, encore

exhilarant, plus hallucinant et moins hypnotique que l'opium.

précieuses qualités étaient bien nettement spécifiées d'ailleurs i ce passage du grand poète grec ; < Celui qui en buvait ne peut er des larmes de tout le jour, vît-il mourir son père ou sa mère, nassacrerà ses yeux un frère ou un fils bien-aimés >. n peut retrouver de même dans les fastes mythologiques la trac; utilisation de l'opium à titre de substance hypnotique et aphrodjue. C'est à Cérès que serait due la découverte des propriétés du de pavots. Ovide nous rapporte qu'elle rendit par ce moyen le meil à Triptolème : ce doit être la raison pour laquelle, pendant longtemps, le pavot fui dédié à la déesse des moissons et l'oni, peut-être autant que l'usage alimentaire de ces graines, de itliète de céréale que lui assignaient les latins. Les statues de &s étaient ornées de têtes de pavois, ses prêtres en portaient des ronnes les jours de fête; et il n'est pas jusqu'à l'appellation de wvii, sous laquelle les Grecs désignaient la déesse, qui ne rappelle e consécration. Le pavot était également un des attributs de More et de la Nuit : il présidait aux songes. Pour Eusèbe, les tètes >avots dont Cérès était environnée étaient un symbole de fertilité, ]ui pourrait expliquer pourquoi on retrouve parfois les pavots ni les attributs de Vénus Genitrix, Le nombre de graines conles dans un fruit de pavot est, en effet, remarquablement élevé; jinné a calculé qu'un seul pied pouvait en fournir 32000. Dans

ses idylles, Théocrite assure qu*on en faisait des couronnes utilisées en Sicile le jour des noces, et que les amants plaçaient des feuilles de pavots sous leur chevet afin de savoir s'ils étaient oubliés des personnes qu'ils aimaient. Festus désigne sous le nom de Cocceium une boisson préparée avec du miel, du lait et du suc de pavots que les femmes buvaient en l'honneur de la déesse, au moment des fêtes de Vénus, et que la plupart des jeunes mariées employaient le jour de leurs noces, ainsi que nous l'apprennent les Fastes d'Ovide : « Cum primùm Cupido est Vernis deducta marito hoc bibit, ex illo iempare nupta ». Il est donc fort exact de dire que la connaissance des propriétés noosthéniques, exhilarantes, excitantes et hypnotiques de l'opium se perd dans la nuit des temps. C'est sans doute pour rappeler ces vertus multiples que la qualification Otto;, qui signifie suc par excellence, a été attribuée par les Grecs au suc épaissi du pavot. On s'accorde à faire remonter jusqu'à l'époque d'Hippocrate les premières applications méthodiques du suc des pavots. Dans les œuvres du Père de la médecine, le pavot blanc ([^r/ywv Xs'jxàv) figure parmi les drogues employées pour combattre les maladies utérines : il est représenté également comme propre à réfréner les flux intestinaux. Hippocrate insiste sur ce fait que le pavot noir est doué de propriétés plus énergiques que celles du pavot blanc, et il mentionne la haute valeur nutritive de ses graines : « Papaver alvum sistil^ idque nigrum preslat magis quod eliam album facit;potenter autem nuirit. » [De mclus ratione]. Il accole l'épithète d'hypnotique au suc qu'il désigne par le terme (AT,y wv uttvoti^ov et qu'il recommande pour traiter les déplacements de l'utérus, ce mot de déplacement s'appliquant ici à des migrations imaginaires de cet organe que l'on supposait, comme il n'y a pas encore si longtemps, capable d'aller troubler les principales fonctions : en réalité, cet emploi de l'opium s'adressait à l'hystérie. Bien qu'il connût certainement les propriétés somnifères des pavots, Hippocrate ne cite pas une seule fois l'application de cette drogue à la production de l'hypnose, bien qu'il ait tant insisté, dans maints passages de ses œuvres, sur ce qui a trait au sommeil. Il en est de même en ce qui concerne les propriétés analgésiques de l'opium, qui ne paraissent pas même soupçonnées; de sorte que, comme le fait très justement remarquer Fonssagrives, la phrase hippocratique Divinum est opus sedare dolorem apparaît bien plutôt « comme le vœu d'une médecine désarmée que comme l'expression

d'une thérapeutique enorgueillie de sa puissance >. Ed détinitiTe, h place occupée par l'opium dans les œuvres d'Hippocrate est bien faible ir un médicament de cette importance ; et cet auteur lui attribue me parfois des propriétés qui lui sont absolument étrangères, pax impie des propriétés purgatives. A ce sujet, il est bon de noter, près Galien, que l'on a souvent confondu le Pépias, qui est une jhorbe, avec le Papaver; et Leclerc, dans son Histoire de la méiee, fait observer, égalemeot, que Pline affirme que la tithymale, ,nte<le la famille des Euphorbiacées, et le pavot portaient le même m chez les Grecs, fait appuyé aussi de l'autorité de Galien. Vprès Hippocrate, c'est dans les œuvres de Diagoras qu'il faut >rcher des indications sur l'emploi du suc de pavots; mais ce ■decin ne le conseille que pour l'usage externe, redoutant l'action :heuse qu'il produit sur le cerveau lorsqu'on l'administre à l'iDlé- :ur, action qui se traduirait par de l'assoupissement et de l'affaiblisment de la vue. Avant lui, Théophraste avait seulement désigné lis l'appellatioD de [av/ wviov le suc de la plante entière ; el ce n'est e quatre siècles plus tard, à l'époque de Pline et de Dioscoride, que

mot oTo;, d'où dérive opium, apparaîtra daos les œuvres Jes vants pour désigner un produit spécial, le suc des capsules. On doit à Thémison, de Laodicée, qui vivait dans le siècle précéot l'ère chrétienne, l'invention du mot diacode {5ia, avec ; yuovi, tète

pavots) qui désignait alors un mélange de suc de pavot et de miel. 1 début de l'ère chrétienne, Celse signale dans ses œuvres la lacrijma paveris et, peu après, Scribonius Largus, dans son ouvrage De mpositione medicamenlorum rapporte que ce suc est fourni par les psules du pavot et non par le feuillage.

C'est dans les œuvres de Dioscoride et surtout de Pline que l'on )uve, parmi les Anciens, les renseignements tes plus circonstanciés

sujet du pavot et des préparations dont il est la base. Le premier, oscoride établit une distinction entre l'opium et le méconium : il signe par les termes o:to; le suc des capsules, [tr.ywvsiov le suc provent de l'écrasement de la plante entière, et ornSsiv l'action d'inciser 1 capsules. Il nous apprend que, de son temps, c'est-à-dire au cours

premier siècle de l'ère chrétienne, la culture du pavot et son utiation constituaient une branche importante de l'industrie de l'Asie ineure; et que déjà on falsiliait le suc à l'aide de diverses submces, le plus souvent avec de la gomme, des sucs de glaucium et

de tacluca. Dioscoride s'étend longuement sur les pavots, dont il distingue six espèces, et il donne comme la plus estimée celle provenant du pavot à semences noires, notre pavot à œillette d'aujourd'hui : il insiste sur ses propriétés analgésiques, sans méconnaître son pouvoir toxique, il blâme ceux de ses contemporains [qui, par crainte des accidents, avaient été jusqu'à en proscrire l'emploi dans les maladies des yeux et des oreilles et il nie les accidents qu'on lui a attribués dans ces cas.

Pline paraît avoir employé le premier le mot ottiov. Voici ce qu'il dit à ce sujet « Le pavot noir donne un suc qui provoque le sommeil et qui, à plus haute dose, occasionne la mort. — Ce qu'on nomme oKiov s'obtient de la manière suivante : on fait au milieu de la journée, et par un temps sec, des incisions longitudinales sur la tête du pavot; il faut avoir soin que ces incisions ne soient pas trop profondes. Le suc qui s'écoule ne tarde pas à s'épaissir ; lorsqu'il est sec, on l'enlève avec l'ongle, on le pile, et on le réduit en trochisques. On reconnaît Yopion à son odeur forte et vireuse; étant allumé, il donne une flamme claire et brillante ; c'est ce qui distingue le véritable opium de l'opium falsifié, qui s'enflamme plus difficilement et s'éteint plus vite. — On s'assure encore de sa bonté en l'exposant aux S

rayons ardents du soleil; car alors le vrai opium sue et se liquéfie de manière à prendre l'aspect d'un suc découlé de l'arbre. — Le liquide provenant de la décoction des feuilles et des tètes de pavots dans l'eau s'appelle méconitim; il a bien moins de force que l'opium. — Le c

diacode se fait de la manière suivante : prenez 120 têtes de pavots sauvage, faites-les macérer deux jours dans trois sextaires (1600 centi- ç

mètres cubes) d'eau de pluie, puis faites-les bouillir dans la même eau; passez la décoction à travers un linge; reprenez la colature avec du miel, et évaporez-la jusqu'à réduction de moitié ».

Galien ne parait pas avoir eu grande confiance dans l'opium, dont les propriétés toxiques s'expliquaient pour lui par ce qu'il était du nombre de ces médicaments qui ne changent pas leur nature en celle du corps humain : il en proscrit absolument l'usage pour les enfants Les propriétés exhilarantes de l'opium lui étaient connues et il y fait allusion à propos de son emploi dans le traitement des formes déprimées de l'aliénation mentale. Il lui attribue également la vertu de guérir la fièvre quarte; propriété sur laquelle on a insisté de nos jours et qui constitue encore un trait de rapprochement entre l'alcool et

Fopium. Galien semble avoir connu les troubles causés par Fempoisonnement lent, car il assure que les chairs de ceux qui font un fréquent usage de Topium éprouvent un changement analogue à la mortification. Il n*y aurait rien de surprenant à ce qu'il existât, dès cette époque, des individus abusant d'une drogue dont les vertus, sinon excitantes, du moins exhilarantes, étaient parfaitementappréciées. Mais, ce que Galien paraît avoir préféré à l'opium, ce sont les préparations opiacées fort complexes déjà en vogue avant lui, telles que le Philoniuniy inventé par Philon de Tarse ; le Mithridate^ qui doit son nom à l'usage habituel qu'en faisait le fameux roi de Pont ; enfin la Thèriaqucy imaginée par Ândromachus, médecin de Néron, auteur d'un poème exaltant les nombreuses vertus de son médicament.

Marcellus de Pamphylie faisait un fréquent usage de l'opium, qu'il faisait entrer dans la composition de la plupart des collyres : il attire l'attention sur la substitution du suc des feuilles de pavot à l'opium vrai. Mais c'est surtout à Oribase que l'on doit les notions les plus étendues sur les falsifications dont l'opium était l'objet à cette époque. Dans la savante compilation qu'il fit à la demande de l'empereur Julien, il put recueillir une grande quantité de documents qui nous apprennent que l'on fraudait volontiers l'opium par addition de suc de feuilles de pavot, de suc de chélidoine, -de suc de laitue, de débrits végétaux, de terre, etc. ; sans parler d'une sorte de fabrication de toutes pièces, au moyen de l'extrait obtenu par macération et décoction dans l'eau de la plante entière, soit seule, soit mélangée à d'autres, capables de fournir un extrait de même apparence, comme chélidoine, laitue, etc.

Parmi les médecins grecs, beaucoup imitèrent Galien; quelquesuns, toutefois, accordèrent à l'opium une importance méritée. Alexandre de Tralles imagina la masse de cynoglosse : il avait émis, relativement à l'action médicamenteuse de l'opium, des idées singulières et que rien ne paraît justifier; par exemple, qu'il faut préférer dans la pratique l'opium ancien à l'opium récent, parce que l'opium ancien fait courir moins de risques de provoquer un état soporeux menaçant. Il recommandait particulièrement l'usage de Topium dans les cas de céphalées accompagnées d'insommie.

Aetius d'Amide, contemporain d'Alexandre de Tralles, déclarait l'opium le plus puissant des stupéfiants et le remède le plus sûr dont on puisse disposer dans le traitement des coliques. Il décrivit avec

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beaucoup de soin et de clarté, au chapitre Desucco papaveris, ses effets physiologiques et toxiques : « Il serait difficile, à raison de sa saveur, de son amertume et de son odeur, de donner secrètement du suc de pavots à un homme en état de santé, à dose suffisante pour produire la mort. Quelqu'un a-t-il pris volontairement une certaine quantité de ce suc, qu'il Tavoue ou ne Tavoue pas, on voit se dérouler chez lui des symptômes significatifs : il tombe dans un sommeil profond, se refroidit et est pris d'un prurit assez intense parfois pour le réveiller; il exhale une odeur d'opium ; sa mâchoire inférieure est pendante et ses lèvres sont gonflées ; il est pris de hoquet, le nez est pincé ; il y a de la pâleur, les ongles sont livides, la respiration est courte et interrompue , l'air expiré est froid ; à la fin surviennent des convulsions. »

La chute de l'Empire romain entraîna la décadence de toutes les sciences, et plus spécialement de la médecine, qui resta pendant longtemps l'apanage des moines, subissant ainsi les déformations de l'ignorance et de la superstition. Cependant, les Arabes la cultivaient encore ; et l'on retrouve des indications relatives à l'opium dans les ouvrages de Rhazès, Mesué le jeune, Avicenne, Avenzoar. Ce médicament était alors employé surtout comme sédatif contre le catarrhe et la toux. Le Riceltario Fiorentino, imprimé en 1498, contient la formule d'un sirop de pavot simple d'après Mesué. L'histoire nous apprend encore qu'Avicenne mourut empoisonné pour avoir absorbé du mithridate trop riche en opium.

Dans la relation du voyage entrepris en 1288 par Simon de Cordo, dit Simon de Gênes, médecin du pape Nicolas IV, puis, chapelain du pape Boniface VIII, pour examiner sur les lieux mêmes les plantes décrites par les Grecs et les Arabes, il est fait mention de Vopium thebaïcum et du meconium. Malheureusement, le chapelain de Boniface VIII était peu observateur; et, suivant la tournure d'esprit scientifique de cette époque, il croyait superflu de s'occuper de la description des plantes ou des préparations, l'attention étant exclusivement attirée sur les qualités élémentaires, les propriétés physiques et la complexion des plantes. A la même époque, l'ouvrage De compositione medicamentorum opus. De antidotis (traduction de Léonard Fuchs en 1549), de Nicolas Myrepsus d'Alexandrie, compilation pour laquelle l'auteur s'est surtout inspiré de l'Antidotaire composé près de deux siècles avant lui par Nicolas Prîepositus, de Salerne, et de

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