ACTION DE L'OPIUM SUR LA CIRCULATION
Nous en sommes donc réduits, comme moyen d'étudier l'action physiologique et médicamenteuse de l'opium entier, à des observations au lit de malade, ou bien à l'observation des symptômes de cette maladie temporaire^ de cette physiologie troublée par l'impression médicamenteuse que détermine l'ingestion, chez l'homme sain, d'une certaine quantité d'opium en nature. A cet égard, on peut se placer à deux points de vue; ou bien étudier ce qu'on peut appeler l'action sensible ou phénoménale de l'opium, c'est-à-dire relever très exactement et avec tout le soin possible la succession des phénomènes, les modifîcations des propriétés fonctionnelles qui vont se produire sous l'influence de l'absorption de l'opium chez l'individu ; ou bien rechercher ce qu'on peut appeler l'action intime, Faction moléculaire, c'est-à-dire utiliser les données de l'observation précédente en les combinant aux expériences de laboratoire, les comparant aux faits cliniques et toxicologiques, pour les grouper en une théorie cherchant à interpréter l'action intime du médicament et la cause de cette action : c'est évidemment dans ce second chapitre de l'étude de l'opium que les erreurs peuvent le plus facilement se commettre.
Circulation. — Examinons d'abord les différentes façons dont Torganisme normal de l'homme va être influencé, lorsqu'on y introduira une certaine dose d'opium. L'eflet le plus frappant, sinon pour un observateur ordinaire, au moins pour un médecin, celui qui se révèle le premier, c'est l'effet déterminé par l'opium sur l'appareil circulatoire. Sous l'influence de doses faibles d'opium, on voit survenir une activité notable des contractions cardiaques, le pouls est plus fréquent et plus fort, et le nombre des pulsations peut augmenter dans la proportion du sixième au quart : c'est ainsi qu'on a vu le nombre des pulsations monter de H à 84, de 75 à 86, de 75 à 100. Tout autre est l'effet d'une dose forte : si l'on introduit dans l'économie normale, d'un seul coup, une dose relativement considérable d'opium, — et nous verrons tout à l'heure ce qu'il faut entendre par ces mots doses fortes et doses faibles, — au lieu d'avoir une augmentation d'amplitude du pouls et de l'activité circulatoire, on obsei^ve, au contraire, un ralentissement et des irrégularités; cependant, presque toujours, le pouls reste plein et fort jusqu'à la fin. Mais c'est là une action toxique avec laquelle il ne faut pas compter, parce que je n'envisage en ce moment que
573 ACTION DE L'OPIUM SUll LA CrHCULATlON
l'action des doses thérapeutiques, c'est-à-dire des doses non toxiques de l'opium.
On observe, sous l'inQuence de ces doses thérapeutiques, non seulement une augmentation d'amplitude, d'énergie, mais aussi une augmentation de fréquence des contractions cardiaques chez l'individu normal. Lorsque cette dose faible d'opium est administrée â un individu chez lequel la circulation est déprimée, au préalable, pour une raison quelconque et chez qui le augmenté, on voit l'amplitude des a une augmentation; mais, au lieu de tout à l'heure, on note, au contraire, quence, qui correspond d'ailleurs i cetl les tracés qu'on peut obtenir dans ce pus suffisamment probants, mais on p uns des tracés que je vais vous faire pai l'aide de la grenouille, remarquer une l'amplitude, sinon une augmentation i mieux chez les animaux à sang chaud.
Les médecins du siècle dernier qui !
l'opium ont dépeint son action sur la cii apparence fort différentes, mais qui rev riser le même phénomène : ainsi Borde doses faibles d'opium, le pouls se dilate ce qu'on appelait alors le pow/s critique lier du pouls précédant l'apparition de:
sujet et qu'on appelait les a-ises, et cette crise, ici sous l'inQuence de l'opium, va être représentée par une diaphorèse plus ou moins considérable, constituant ce qu'on appelait & cette époque le phénomènt judicaieur, qui tranchait la question dans un sens favorable au malade : j'ai déjà appelé votre attention sur ce point à propos (fe l'histoire doctrinale de l'opium. Cette action de l'opium est, en effet, immédiate et constante, comme le faisait remarquer Hufeland, dans toutes les circonstances où l'on peut se placer : sous l'influence des petites doses, on voit toujours se produire la stimulation cardiaque, sur laquelle insistait Cullen, par suite de la stimulation du nerf accélérateur — provenant de la moelle, d'où il se détache en même lerops que le troisième rameau du ganglion cervical inférieur — ou bien par suite de la dépression des filets modérateurs : dans cette dernière