ACTION DE L'OPIUM SUR LA RESPIRATION
intoxication. Les doses médicamenteuses un peu élevées — surtout lorsque vient s'y joindre l'élément impressionnabilité individuelle — déterminent une sensation de chaleur irradiante et de sécheresse brûlante dans la paume des mains : c'est là un phénomène très constant et facilement éprouvé par les sujets impressionnables.
Malheureusement, il n'a pas été fait de recherches thermométriques suivies, comme celles dont j'aurai à vous exposer les résultats en étudiant l'action physiologique de la morphine; mais ces constatations imposent l'obligation de ne pas perdre de vue des résultats aussi certains lors du traitement des fièvres hyperthermiques, l'action thermogénélique de l'opium pouvant alors constituer une contre-indication plus ou moins absolue.
Respiration. — La respiration est modifiée dans le même sens que la circulation : ici encore, il y a une question de doses; mais les différences dans les modifications imprimées à cette fonction sont bien plus accentuées que celles déterminées sur la circulation par les mêmes variations de doses. En d'autres termes, l'influence néfaste des doses toxiques est bien plus accusée sur la respiration que sur la circulation. Les faibles doses déterminent une augmentation assez notable des mouvements respiratoires, surtout de leur amplitude; les doses toxiques provoquent, au contraire, un ralentissement considérable et en même temps une respiration entrecoupée, irrégulière, arythmique, le malade oublie en quelque sorte de respirer; seules, des stimulations violentes peuvent le faire sortir de cet état très proche de l'asphyxie. Quand nous allons étudier bientôt l'action de la morphine sur la respiration, nous verrons que cette façon de dépeindre, à cette période, l'état du sujet, en disant qu'il oublie de respirer y n'est pas une simple figure de rhétorique, mais que la respiration est, bien effectivement, privée de la stimulation que le cerveau exerce normalement sur cette fonction.
Une congestion pulmonaire passive, secondaire, ne tarde pas à se montrer à la suite de l'ingestion des dose^ un peu notables d'opium. En effet lorsqu'après une excitation vive, survient, par réaction, la paralysie des vaso-moteurs, cette congestion est inévitable : dans le cas de doses toxiques, on observe à leur summum l'engouement pulmonaire d'une part, et d'autre part le ralentissement et l'arythmie des mouvements respiratoires.
Comme toujours, en définitive, nous voyons ces trois grandes
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fonctions, circulation, respiration, therrnogénèse, étroitement unies et affectées de la même façon par la substance médicamenteuse. En activant la circulation, en ranimant, par son intermédiaire, tous les organes auxquels afflue un sang plus abondant et plus oxygéné, plus réparateur; en rendant la ventilation pulmonaire et les échanges frazeux plus efficaces par l'augmentation d'amplitude des mouvements respiratoires; en relevant la température, tarit périphérique que centrale, Topium, à doses modérées, est donc un médicament précieux; et, par là s'expliquent ses applications si variées et si importantes, ainsi que son usage si répandu et si vanté. Les merveilleux efiets que Ton peut en obtenir, dans nombre de cas, lorsqu'il est habilement manié, permettent de comprendre et justifient l'enthousiasme que ses plus zélés partisans s'efl'orçaienl, au siècle dernier, de traduire par les louanges les plus hyperboliques : en réalité, c'est un véritable médicament pyrétogénétique, un médicament cardiaco-vasculaire, aussi est-il tout naturel de voir les médecins du xvni® siècle le recommander particulièrement pour lutter contre des phénomènes de dépression menaçante, pour relever rapidement le pouls, pour ramener la chaleur, en un mot et pour employer la métaphore qui leur était chère, pour renouer les sjjnergies.
On peut observer, sous l'influence de l'opium, des variations remarquables dans l'élimination de l'acide carbonique et la fixation de l'oxygène, lors des échanges gazeux : ces variations sont très sensiblement de même sens que celles qu'on peut observer sous l'influence de la morphine, et il est très probable qu'ici, comme dans un certain nombre d'autre cas, l'influence de la morphine prédomine dans l'opium. C'est à elle, en grande partie, qu'est due la variation dont je viens de vous parler dans l'exhalation de l'acide carbonique et dans la fixation de l'oxygène : ici, on pourrait presque superposer les phénomènes observés dans le cas de l'opium en nature et dans le cas où on a employé la morphine. La fixation de l'oxygène et, par conséquent, la consommation de ce gaz diminuent au fur et à mesure qu'augmentent les doses. Quant à l'exhalation de l'acide carbonique, sa diminution est assez nette aux doses modérées de morphine et devient, au contraire, à peu près nulle sous l'influence des doses élevées; elle peut même dépasser la normale pendant les périodes d'excitation : il faut tenir compte, en eflet, pour cette diminution de lexhalation de l'acide carbonique, du moment où l'on fait l'expé-
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rience, parce que, suivant que ranimai ou l'individu, sur lequel on fait cette recherche, sera dans une période d'excitation ou de dépression, il est évident que les résultats seront fort variables, voire opposés.
Sécrétions. — J'arrive maintenant, Messieurs, à l'étude de l'action de l'opium sur les différentes sécrétions. A une activité plus grande de la circulation, de la respiration et de la thermogénèse, correspondent naturellement et presque fatalement des propriétés sudorifiques; au contraire, à une dépression plus ou moins intense de ces fonctions correspondent des propriétés diurétiques. Tous les médicaments cardiaco-vasculaires — et nous venons de voir que l'opium est, à ce point de vue, sinon le meilleur, au moins un des meilleurs — sont des médicaments diaphorétiques;les dépresseurs cardiaco-vasculaires sont diurétiques.
Depuis fort longtemps, l'attention avait été attirée sur les propriétés sudorifiques de l'opium contrastant, comme le faisait remarquer Balthazar de Tralles, avec son action sur les autres sécrétions, dont il diminue, au contraire, l'abondance : on avait voulu, à un moment donné, expliquer cette diaphorèse par le fait du sommeil déterminé par l'opium ; et Ettmiiler remarquant que cette action diaphorétique coïncidait avec une action hypnotique plus ou moins marquée, faisait observer combien la diaphorèse était sensiblement plus considérable pendant le sommeil normal qu'à l'état de veille, combien, par exemple, le sommeil favorise l'apparition des sueurs profuses chez les tuberculeux, et il rapprochait très volontiers l'action diaphorétique de l'opium de son action hypnotique. Mais, soit qu'on étudie l'opium isolément, ou bien par comparaison avec d'autres substances capables de déterminer également l'hypnose, il est très facile de voir que cette action hypnotique n'entre pour rien dans l'action diaphorétique exercée par l'opium ; certains autres médicaments très manifestement hypnotiques ne sont en aucune façon diaphorétiques; cette diaphorèse qui s'observe sous l'influence de l'opium coïncide seulement avec l'hypnose, l'opium étant généralement narcotique à dose modérée; et elle est, au contraire, plus ou moins nettement entravée sous l'influence des hautes doses qui amènent immanquablement la narcose.
Une particularité n'avait pas échappé à la sagace observation d'Ettmiiller : c'est que si l'opium était capable de déterminer l'appa-
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rilion de sueurs plus ou moins profuses, en revanche il arrêtait, dans une mesure plus ou moins accentuée, les sueurs pathologiques. Les causes de la sudation sont alors fort différentes ; et ce fait montre bien que l'action diaphorétique de Topium doit lui être attribuée en propre, et ne relève nullement de son action hypnotique.
D'ailleurs celte diaphorèse est toujours accompagnée de manifestations cutanées assez souvent très intenses et telles qu'elles causent à l'individu qui les éprouve des sensations fort désagréables. En dehors du prurit, toujours plus ou moins intense, ces manifestations cutanées peuvent être dues soit à l'exagération d'activité des glandes diapnogènes, soit même à l'élimination par les glandes sudoripares des principes actifs de l'opium, car le prurit est quelquefois primitif. Balthazar de Tralles avait fait remarquer à ce sujet que les manifestations cutanées susceptibles d'être observées sous l'influence de l'opium apparaissaient aussi, fréquemment, sous l'influence de causes provoquant une diaphorèse plus ou moins accentuée ; il en est ainsi pour les bourbouilles des pays chauds. C'est surtout les types lichen et miliaire que revêtent ces manifestations cutanées.
A ce point de vue, il y a lieu de retenir uii fait d'observation constant, c'est que la sueur est déterminée beaucoup plus rapidement et plus efficacement par l'ingestion de l'opium en nature que par l'injection de la morphine; et cependant, on peut acquérir assez facilement la certitude que la morphine s'élimine, partiellement, en nature par les glandes sudoripares, et cette élimination peut intervenir, dans une certaine mesure, pour provoquer les manifestations cutanées dont il vient d'être question.
Ce qui est encore remarquable, c'est que l'hypercrinie dont je parle en ce moment est exclusivement sudorale, et que, sous l'influence de l'opium, les autres glandes éprouvent, au contraire, une action dépressive plus ou moins accentuée. Ceci tend à prouver un fait que démontre d'ailleurs également d'autres considérations d'ordre physiologique, que chaque glande a son activité propre et son impressionnabilité particulière vis-à-vis des agents médicamenteux : il n'y a donc rien d'étonnant à ce que les glandes sudorales soient affectées d'une façon différente de celle des autres glandes. On peut voir, dans ce fait, les résultats de l'action exercée par l'opium sur les cellules nerveuses des filets dont les extrémités sont en relation avec les éléments anatomiques des glandes.