ACTION NOOSTHÉNIQLE ET EXHILARANTE DE L'OPIUM H
dire également pour Talcool, que son emploi à dose modérée — mais malheureusement, pour des raisons que nous verrons plus tard, ces doses ne peuvent pas rester longtemps modérées — produit un état d'excitation, de force, d'expansion, de gaîté et d'hallucinations joyeuses.
Ces qualités de l'opium comme stimulant général étaient d'ailleurs bien connues et appréciées, de temps immémorial pourrait-on dire, dans certaines contrées où cette drogue a toujours été employée d'une façon courante. En plus des faits que je vous ai rapportés au sujet de l'historique de l'emploi de l'opium et de son histoire doctrinale (voir page 558), je vous citerai certains passages d'un travail intitulé Qvelques réflexions swr Cabus de l'opium, dû au D' J. Matteï que ses fonctions de médecin de la marine ont mis à même d'étudier sur place les opiophages et les opiomanes.
« Personne ne doute, en France, que les mangeurs d'opium ne soient des abrutis, d'une pâleur extrême, condamnés à une vie misérable qui ne va guère au-delà de trente ans, le corps déformé par de nombreuses périostoses, cadavres vivants dont l'opium est même impuissant à calmer les soufîrances.
« Convaincu de ces faits, nous n'avons pas été peu surpris de voir des mangeurs d'opium avérés, munis d'un embonpoint raisonnable, jouir de toutes leurs facultés et ayant dépassé de beaucoup l'âge auquel ils auraient dû mourir, ne présenter aucun dérangement important dans leur organisme et vivre comme tout le monde.
« Il est certain que l'opium est pour les peuples de l'Orient ce que sont le vin et l'alcool pour les Occidentaux.
« Les Orientaux emploient l'opium comme excitant; le peuple en prend pour augmenter ses forces, et les hommes qui ont à supporter de longues fatigues et souvent la faim, comme les courriers tartares, par exemple, qui parcourent des distances extraordinaires avec une célérité remarquable, en usent comme restaurant et excitant de leurs forces. C'est dans ce but que le gouvernemant en donne une provision aux soldats turcs entrant en campagne, qui leur tient lieu de l'eau-de-vie que nous donnons à nos soldats. C'est comme stimulant aussi qu'en usent les hauts personnages et les grands dignitaires de l'Etat, qui, à cause de leur position et de leur caractère, ne peuvent boire du vin.
« Ainsi donc, dans la grande majorité des cas, les personnes qui
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ont coQtracté l'habitude de cette substance la prennent comme un stimulanl général. *
Au point de vue de son action stimulante sur l'intelligence, l'opium est certainement la plus remarquable de toutes les substances qoosthéniques que nous possédions. Brown, qui faisait un largL- usage. exagéré certainement, non seulement de l'opium, mais aussi de l'alcool, attribuait à la première de ces substances toutes les verlus noostliéniques dont je viens de parler : d'après lui, l'opium aiguise l'esprit, donne de l'entrain, de la bonne humeur; et, préchant peutêtre un peu trop d'exemple, il recherchait précisément dans l'emploi de quantités assez considérables des stimulants dont je viens de parler la combativité qui l'a rendu sans doute le plus ardent défenseur de ces vertus stimulantes qui caractérisent l'opium et qui furent cependant assez méconnues jusqu'à cet observateur. Mais, si l'opium est un stimulant de l'intelligence, il faut ajouter que ça n'en est pas un tonique, et que, par le fait même de l'excitation plus ou moins répétée qu'elle peut éprouver sous l'influence de cet agent, l'intelligence ne farde pas à éprouver des effets d'amoindrissement, se traduisant par une symptomatologie qui appartient au tableau de la morphinomanie et du morphinisme.
Un côté absolument particulier de l'excitation intellectuelle déterminée par l'opium est ce que Fonsagrives a caractérisé par l'appellation iV affranchissement de fesjirit : ■ J'attribue, dit-il, en grande partie cette puissance que l'opium donne h l'esprit à cette sorte de voile sensuel qu'il jette entre celui qui en éprouve l'action et le monde extérieur et qui, par une sorte de minntio corporis, affranchi! l'intelligence, autant qu'elle peut l'être, de toute servitude corporelle. » C'est à ce point de vue, surtout, qu'il y a une distinction à faire entre l'action noosthénique de l'opium et celle des caféiques. Sous l'influence du café, la stimulation intellectuelle qu'on éprouve s'accompagne d'un état de nervosisme, d'un état spasmodique; les mots partent avant les idées, on sent très bien le caractère laborieux de leur coordination. Pour ma part, je serais assez disposé à rattacher ces modifications à ce phénomène que je signalais tout à l'heure : l'action noosthénique, secondaire de la part des caféiques, est sous la dépendance de l'augmentation de la tension sanguine et de l'excitation de tout le système musculaire. Au contraire, sous l'influence de l'opium, on observe une égale stimulation du jugemenl