INTOXICATION CHRONIQUE PAR LE TRIONAL
surlendemain la température monta à 40^6. La malade eut de Toligurie, elle rendit 250 centimètres cubes d'urine absolument noire quand on Fexaminait sous une certaine épaisseur, d'un rouge foncé et transparente sous une faible épaisseur : cette urine renfermait une proportion considérable d'hématoporphyrine, de l'albumine en assez grande quantité, puisque cette quantité s'élevait à 2 grammes pour les 250 centimètres cubes; de plus elle renfermait des leucocytes, des hématies, des débris d'épithélium vésical et de nombreux cylindres hyalins et granuleux. Les troubles nerveux, les selles glaireuses, l'état général très mauvais et rappelant l'état typhoïde persistèrent pendant dix jours; mais cette malade guérit néanmoins : il ne subsista de cette intoxication qu'une très grande faiblesse et une anémie très prolongées.
Enfin, un dernier cas concerne une femnfie de 50 ans, mélancolique Clément. J'insiste sur ce point qu'il s'agit encore d'un sujet à système nerveux anormal, auquel on administrait des doses relativement considérables de trional, et surtout pendant une période beaucoup trop prolongée. Cette malade absorba 1 gr. 50 de trional tous les soirs pendant trente-six jours. Elle fut prise, brusquement, de troubles rappelant ceux de la démence paralytique au début : sa démarche était incertaine et vacillante, elle avait perdu complètement le pou- Toir d'orientation ; sa mémoire était extrêmement affaiblie, elle oubliait les mots les plus courants; la parole était confuse, le calcul défectueux et en observait également une altération très notable de l'écriture. La suppression complète du médicament amena la disparition graduelle des phénomènes dans l'espace de trois semaines, et pas une seule fois chez cette malade , qui avait cependant présenté des accidents assez inquiétants, on n'observa la présence d'hématoporphyrine ou de méthémoglobine dans l'urine.
En résumé, vous voyez qu'en ce qui concerne le trional, l'administration trop longtemps prolongée paraît offrir toujours, chez l'homme tout au moins, une gravité moindre que celle qui est à la charge du sulfonal. L'action sur les phénomènes intimes de la nutrition est certainement moins intense, et il faut probablement trouver la raison de cette apparente anomalie dans ce fait, sur lequel j'ai déjà attiré votre attention, que le trional se décompose entièrement dans l'économie, dans les conditions ordinaires, alors que le sulfonal, au contraire, s'accumule et que son action nocive, une fois qu'elle a pu se
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déterminer, dure, à cause de cela, pendant un certain temps. Le sulfonal, en effet, n'est pas détruit en totalité; c'est seulement une assez faible partie qui est détruite, l'autre s'élimine en nature par les différents émonctoires, notamment par l'urine, et la quantité ainsi éliminée augmente de jour en jour si l'administration n'est pas faite avec certaines précautions. Il faut une moyenne de 3 à 5 jours pour que l'élimination d'une dose de 1 gramme ou 1 gr. 50 soit complète ; il faut donc penser à l'action cumulative, d'une part, et, surtout, à l'action prolongée pendant un temps notable après que l'on a cessé l'administration de la substance médicamenteuse.
Quant au trional, il est complètement détruit dans l'oi^anisme si les conditions voulues sont remplies, c'est-à-dire si l'on a soin de l'administrer dans les conditions étroites que je vous ai indiquées précédemment, et si les phénomènes de mutation et d'échanges nutritifs dans l'intimité des tissus sont sensiblement normaux. Il ne produit pas d'action cumulative ou prolongée par persistance de son séjour dans l'organisme ; mais il y a cependant une certaine prolongation de cette action en ce sens qu'on a toujours observé, chez les individus pour lesquels on avait recours au trional, que le sommeil était franchement provoqué même après la cessation du médicament : en fait, il ne peut pas s'agir là d'une action cumulative analogue à celle que nous avons reconnue au sulfonal. De plus, l'action du trional est incomparablement plus rapide que celle du sulfonal ; et c'est là un fait dont il faut toujours se souvenir relativement au mode et au moment de l'administration.
Je ne vous dirai qu'un mot du tétronal, parce que l'inconstance de son action, d'une part, et, d'autre part, les troubles assez graves qui ont pu résulter de l'administration de doses de 1 gramme ou même d'une dose moindre de tétronal, ont fait que cette substance médicamenteuse est à peu près complètement abandonnée maintenant.
Dans tous les cas, qu'il s'agisse de trional ou de sulfonal, il faut songer que le médicament détermine une imprégnation assez prolongée des cellules nerveuses; et que, dans tous les cas, la présence soit de la méthémoglobine, soit de l'hématoporphyrine, est un symptôme de saturation présentant une certaine gravité et qui justifiera les quelques détails que je vous donnerai relativement à la recherche de cette substance dans les urines.
Paraldéhyde. — J'arrive maintenant à l'étude d'une autre sub-
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stance hypnotique qui présente certains avantages et certains inconvénients, comme toutes les substances médicamenteuses; je veux parler de la paraldéhyde. La paraldéhyde résulte de la condensation, de la polymérisation de l'aldéhyde ordinaire. On connaît actuellement deux produits de polymérisation de laldéhyde : le premier, la métaldéhyde, est constitué par le groupement de deux molécules d' aldéhyde en une seule; l'autre, Isl paraldéhyde , résulte du groupement de trois molécules d'aldéhyde en une seule. La métaldéhyde ne possède pas de propriétés thérapeutiques, elle ne possède guère que des propriétés diurétiques, à peu près comme l'aldéhyde; par conséquent, il n'y a pas lieu de nous en occuper ici. Cette polymérisation de l'aldéhyde, c'est-à-dire sa transformation en paraldéhyde, puisque c'est la seule substance dont nous allons nous occuper, peut s'effectuer sous l'influence d'un certain nombre de conditions physico-chimiques différentes : c'est ainsi que l'oxychlorure de carbone, l'acide chlorhydrique , Tacide sulfureux , entr'autres substances gazeuses , sont capables d'opérer cette métamorphose, et de donner naissance à la paraldéhyde. Il en est de même de certains composés déshydratants, l'acide sulfurique, le chlorure de zinc, par exemple.
La paraldéhyde se présente sous forme d'un liquide très limpide et très fluide, dont la mobilité rappelle celle de l'alcool, d'une odeur particulière, très analogue à celle de l'aldéhyde : elle rapelle dans une certaine mesure l'odeur de la pomme reinette, sa saveur est chaude et piquante. £n refroidissant la paraldéhyde, on peut la purifler par cristallisation : en effet, la paraldéhyde possède la propriété de cristalliser; et, par conséquent, elle peut être ainsi séparée de l'alcool et d'autres substances auxquelles elle se trouve mélangée et qui restent parfaitement liquides. On ne peut pas la séparer par distillation; elle commence à bouillir vers 124°, mais cela suffît pour régénérer l'aldéhyde qui, si elle n'est pas dénuée de propriétés toxiques, est du moins complètement dénuée de propriétés thérapeutiques.
La paraldéhyde, que l'on doit employer en thérapeutique est la paraldéhyde dite cristallisabley c'est-à-dire susceptible de prendre l'état solide lorsqu'on la refroidit à la température de 10° : elle fond à 10*5 ; mais présente facilement le phénomène de la surfusion quand on abaisse lentement la température au dessous de 10**. Si Ton vient alors à projeter dans le liquide refroidi un cristal de paraldéhyde, le liquide se prend en masse et la température remonte à H°5. Cette