‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 371 sur 486 · SEXE — IDIOSYNCRASIES · texte numérisé non relu

SEXE — IDIOSYNCRASIES

Tannée dernière, et je vous rappelle à ce propos que ces expériences ont montré que la dose convulsivante de cocaïne est d'autant plus faible que la masse cérébrale de Taninial est plus grande *.

De plus, je vous signale que si les enfants sont hyperesthésîques pour Topium, ils sont en quelque sorte apathiques pour la belladone ; si je vous cite ce fait actuellement, c'est que tout à l'heure je vais avoir à vous parler du prétendu antagonisme de la belladone et de l'opium, et que ce fait de l'hyperesthésie des enfants vis-à-vis de l'opium et de leur apathie à l'égard de la belladone n'a pas été l'un (les moindres arguments de ceux qui ont voulu soutenir l'action antagonistique existant entre l'opium et la belladone.

Chez les vieillards, les maladies prenant facilement une forme soporeuse, l'opium est sinon contre-indiqué, du moins doit être employé avec ménagement et prudence.

Sexe. — Les femmes montrent également une très gande impressionnabilité à l'opium : c'est chez elles qu'on trouve le plus grand nombre de faits de saturation toxique sous l'influence de l'administration de doses d'opium qui n'ont certainement rien d'exagéré. Cette ressemblance physiologique de la femme avec l'enfance se montre non seulement pour l'opium, mais encore pour un assez grand nombre d'autres substances médicamenteuses qui exercent chez la femme une action beaucoup plus considérable que celle qu'elles exercent chez l'homme de même âge et dans les mêmes conditions. Dans tous les cas, la différence de poids du cerveau n'est pas suffisante pour expliquer cette sensibilité plus intense : le cerveau de la femme adulte pesant, en moyenne, 1235 grammes, cela donne, comme proportion au kilo de masse totale, de 20,5 à 22,5 grammes.

Idiosjrncrasies. — J'arrive maintenant. Messieurs, aux faits d'idiosyncrasies, et ces faits sont tellement curieux, tellement remarquables, qu'ils réclament une étude un peu détaillée : ils peuvent être rangés sous trois chefs différents ; phénomènes d'apathie, phénomènes d'hyperesthésie, phénomènes de paresthésie. Les phénomènes d'apathie sont plus rares que les phénomènes de paresthésie, et beaucoup plus rares encore que les phénomènes d'hyperesthésie. A. Apathie. — C'est surtout, presque exclusivement même, chez les malades qu'on observe les phénomènes d'apathie, et principale-

1. Voir Leçons de Pharmacodynamie et de matière médicale, première série, p. 529.

612 PHÉNOMÈNES D'APâTHIE

ment chez les malades atteints d^afTections du système nerveux; ce fait n'a rien de particulièrement surprenant, puisque nous venons de voir de quelle façon le système nerveux était intéressé par Topium : il est assez naturel, semble-t-il, qu'un système nerveux qui n'est pas normal réagisse différemment de la façon dont réagirait un système nerveux normal sous l'inHuence de l'opium.

Sous ce rapport, les affections qui se caractérisent par de l'excilation, une tendance aux manifestations convulsives, sont particulièrement remarquables : on a vu des choréiques, par exemple, supporter dans une période de 24 heures des doses de 10 à 15 grammes d'extrait thébaïque, sans éprouver autre chose que des phénomènes thérapeutiques utiles. Trousseau rapporte dans sa Clinique médicak un fait encore plus remarquable : c'est celui d'un individu affecté de douleurs ostéocopes qui était arrivé à absorber tous les jours 200 à 250 grammes de laudanum de Rousseau : un jour ce malheureux ne trouve plus dans l'emploi de cette quantité fantastique de préparation opiacée le soulagement qu'il recherchait; il a l'idée de se suicider, et il absorbe, en une seule fois, 750 grammes de ce même laudanum, c'est-à-dire la valeur d'une bouteille à Bordeaux, et il éprouva s'implement un sommeil qui dura 3 heures, après l'absorption de cette quantité de laudanum représentant de 90 à 95 grammes d'extrait thébaïque.

Les sujets affectés de tic douloureux de la face, les rabiques, les individus atteints de tétanos, présentent encore vis-à-vis des préparations opiacées des phénomènes de tolérance qui, sans atteindre les proportions de ceux que je viens de citer tout à l'heure, sont néanmoins extrêmement remarquables : dans des cas de tic douloureux de la face, par exemple, on a pu administrer, en vingt-quatre heures, plus de 60 centigrammes d'extrait thébaïque sans produire de narcose. Il y a d'ailleurs à faire un rapprochement qui n'est pas sans intérêt entre les doses énormes nécessaires pour amener l'effet sédatif sur des cellules qui ne sont pas normales, qui sont en puissance d'une action surexcitante, quelle qu'en soit l'origine, et celles qui sont également nécessaires pour impressionner un organisme déjà sous l'inÛuence d'une substance médicamenteuse capable de provoquer l'hypersthénie du système nerveux. C'est une preuve qui vient s'ajouter aux faits expérimentaux que je vous ai cités pour démontrer que l'action des préparations opiacées est la conséquence d'une action

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