ANTAGONISME PARTIEL
lions dans lesquelles les tentatives d*essai d'antag^onisme avaient été faites, on ne tarde pas à comprendre le peu de valeur qu'on est en droit d'accorder aux résultats qu'elles avaient semblé donner : les circonstances sur lesquelles je désire attirer plus particulièrement votre attention sont les suivantes. Dans les expériences où les deux médicaments, opium et belladone, avaient été opposés l'un à l'autre, les conditions dans lesquelles ils étaient employés n'étaient en aucune façoQ comparables les unes aux autres. En effet, on avait utilisé indifféremment l'opium ou hi iiior]^iiiie comme antagoniste de la belladone, et ce que je vous ai dit au sujet de Tofiium vous montre dans quelle mesure l'action de la morphine peut diffSrer de celle de l'opium ; il n'est pas logique, par conséquent, de comparer des fûts de cet ordre-là. Ensuite, on avait fait une confusion absolue entre les doses toxiques et les doses médicamenteuses. Enfin, on avait conclu des expériences sur les animaux à l'homme, et j'ai eu déjà, à plusieurs reprises , l'occasion d'attirer votre attention sur ce fait que l'expérience sur les animaux ne pouvait pas, sans de grandes restrictions, être comparée aux résultats qu'on peut obtenir chez l'homme.
L'antagonisme d'ensemble entre l'opium et la belladone est une erreur, et je vais vous le démontrer tout à l'heure. Quant à l'antagonisme partiel, il existe; et c'est précisément cet antagonisme partiel qui est la base de ce que nous avons étudié sous le nom de propriété corrective de l'opium , c'est-à-dire qu'il est la base de l'emploi de l'opium, de même que des autres substances, comme correctif.
Recherchons, en effet, comment peut se réaliser, soit la synergie, soit l'antagonisme de deux substances médicamenteuses. En ce qui concerne la synergie : deux substances peuvent être synergiques parce que l'une détermine un ralentissement dans l'élimination de l'autre, lorsqu'elles se trouvent en même temps dans l'organisme; ou bien, il peut y avoir une action concordante du médicament synergique produisant le même effet qu'une augmentation de dose du premier médicament actif, c'est ce qui arrive, par exemple, dans l'emploi simultané de l'alcool et l'opium, des essences d'ombellifères et de l'opium, etc.; enfin, il peut y avoir un état d'éréthisrae ou d'hyperesthésie développé par l'un des médicaments dans l'organe ou l'élément anatomique sur lequel va se porter l'action élective de l'autre substance médicamenteuse, et dans ces circonstances l'action synergique se développera dans la perfection.
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Quant à rantagonisme, il peut tenir à trois causes différentes : ou à une élimination plus rapide, ou bien à une action physioloprique contraire — c'est là le fait le plus important sur lequel je vais insister — ou bien à un état d'apathie organique déterminé dans l'économie par l'une des deux substances.
Laissez-moi vous faire remarquer, en passant et sans y insister, que l'on a souvent confondu avec une action antagonistique la simple lenteur dans l'absorption, pour laquelle les narcotiques se distinguent parmi toutes les autres substances médicamenteuses ; et en effet, dans plusieurs circonstances, ce qui fait que des doses énormes d'opium D^ont pas amené la mort des individus qui les avaient absorbées, c'est l'heureuse lenteur que cette ingestion de doses exagérées a réalisé dans l'absorption gastro-intestinale. Un exemple, entre autres : chez un individu ayant absorbé une forte dose de laudanum et qui se trouvait en état comateux, le lavage de l'estomac, pratiqué six heures après l'ingestion, a permis de retirer une certaine quantité de liquide avec lequel on a fait des essais colorimétriques — je vous ai indiqué quelle était l'intensité de coloration du laudanum de Sydenham — et ces essais ont montré qu'au bout de ce temps, il y avait à peine le quart de la quantité totale de laudanum qui avait été absorbée. Ça n'est que grâce à cette lenteur d'absorption que le sujet a pu résister à cette intoxication.
J'arrive maintenant. Messieurs, à la question aussi importante que complexe de l'antagonisme et de l'antidotisme résultant de la mise enjeu d'actions physiologiques contraires; et je me vois obligé, pour vous fournir à ce sujet des données fructueuses relativement à l'opium, de traiter cette question à un point de vue général.
Il faut tout d'abord distinguer un antagonisme vrai et un antagonisme faux, un antagonisme complet et un antagonisme incomplet. 11 ne suffit pas, en effet, que deux principes actifs déterminent des manifestations opposées, excitation ou stupeur, convulsion ou résolution musculaire, pour que chacun d'eux soit apte à combattre efficacement l'action physiologique de l'autre; il faut encore, non seulement que la lutte s'établisse entre des unités de même valeur, mais, surtout, que cette lutte utilise les mêmes procédés et s'effectue sur le même terrain. S'il suffisait de la production des symptômes inverses les uns des autres, on aurait dans les alcaloïdes de l'opium même un curieux exemple de cet antagonisme, puisque la dominante des uns
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consiste dans Texcitation et la convulsion, tandis que celle des autres est caractérisée par la stupeur et la résolution musculaire; il ny aurait pas jusqu'aux doses différentes, capables elles-mêmes de produire des manifestations opposées pour une seule et même substance active, qui ne pût servir encore à embrouiller cette question; et c est précisément parce qu'on a confondu les actions antagonistes avec les résultats opposés^ oubliant qu'un même phénomène peut être réalisé par des mécanismes absoluments différents, qu'il importe de bien spécifier ce que l'on doit entendre par antagonisme et antidotisme.
Comme il s'agit ici d'actions physiologiques, susceptibles parfois de mesures et d'appréciations exactes, rappelons-nous un axiome de physique mécanique et expérimentale qu'il faut toujours avoir présent à l'esprit, parce qu'en somme les actions physiques prédominent dans l'organisme, dans la façon dont les substances médicamenteuses réagissent sur l'organisme, cet axiome est celui-ci : la résultante de forces égales et contraires ne peut être nulle que lorsqu'elles sont appliquées au même point.
Eh bien, cherchons dans quelle mesure il est possible d'obtenir la réalisation de cette condition physique. Je vous parlais tout à l'heure de l'antagonisme partiel à propos de l'opium et de la belladone; et, en effet, l'antagonisme qui avait frappé tout de suite entre ces deux substances était un antagonisme partiel. On avait raisonné ainsi : l'opium contracte la pupille, la belladone la dilate; donc, ces deux médicaments sont antagonistes. Sur ce point, l'expérience est absolument évidente; mais tout autre est l'antagonisme et l'antidolisrae qu'il est absolument nécessaire de réaliser, pour obtenir un effet utile au point de vue de la neutralisation de deux substances médicamenteuses. L'antagonisme vrai, absolu, c'est-à-dire celui qui reproduirait cette comparaison mécanique de deux forces égales et contraires appliquées au même point, n existe pas aux points de vue thérapeutique et toxique : persuadez-vous bien de cela. Pour qu'un médicament agisse sur une cellule, quelle qu'elle soit, et peut-être plus encore sur une cellule nerveuse que sur toute autre, il faut absolument que cette cellule soit normale, saine, intacte : c'est là une des raisons pour lesquelles vous voyez des doses fantastiques d'opium, comme celles dont je vous ai parlé précédemment, n'exercer aucune action sur un individu dont le système nerveux est surexcité, un choréique, par exemple.
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Mais il en est autrement dans Tantagonisme qui relève d*une action chimique, d'une action moléculaire : ici, c*est autre chose, et j'en reviens à ce que je disais précédemment, à la. prise de possession de la cellule, de l'élément anatomique, par la substance toxique : il se passe alors quelque chose d'analogue à ce qu'on voit dans la teinture pour la fixation d'une matière colorante sur une fibre; et cette comparaison qui paraît, au premier abord, très éloignée de notre sujet, s'en rapproche plus qu'on ne le croirait, ainsi que vous l'allez voir. Il y a peu de temps, il a été fait des expériences avec la strychnine sur la substance nerveuse de la moelle et du cerveau, expériences par lesquelles on prétendait démontrer la fixation de la strychnine sur le tissu nerveux, par ce fait qu'en triturant de la substance nerveuse avec une solution aqueuse d'un sel de strychnine, on arrivait à appauvrir cette solution à tel point qu'elle pouvait être injectée à un animal sans produire aucun accident. Mais la trituration avec une substance inerte conduit exactement au même résultat; de sorte qu'il s'agit ici d'une action mécanique banale, et non pas d'une action élective exercée par l'élément anatomique cellule nerveuse, puisque cette action se produit avec une matière inerte telle que la poudre d'amidon ou de lycopode, etc. Il faut donc tenir compte de cette fixation, au point de vue purement mécanique; mais c'est une action banale, et qu'on ne peut comparer au phénomène qui se passe dans l'organisme lorsque la substance médicamenteuse vient à se fixer sur l'élément vivant des organes.
Je vous disais. Messieurs, qu'il peut y avoir un antagonisme vrai et efficace par action chimique; celui-là est certain, c'est l'antidotisme, c'est-à-dire la qualité de contrepoison. Malheureusement, dans la plupart des cas, il est irréalisable. C'est cet antagonisme qui se produit, par exemple, dans la saturation d'un acide sous l'influence d'un alcali, et réciproquement; c'est encore celui qui se produit lorsqu'on peut avoir le temps d'introduire, dans le tube digestif d'un individu qui vient d'ingérer une substance toxique, un réactif chimique déterminant la précipitation de cette substance toxique et la rendant insoluble, de telle sorte qu'elle ne puisse plus être absorbée et difl'usée dans l'économie. C'est là l'antidotisme vrai; mais, dans quelles circonstances peut-on produire cet antidotisme vrai? Y a-t-il un seul cas dans lequel cet antidotisme vrai puisse être réalisé? Eh bien, il y en a un, mais je crois qu'il est le seul, au moins jus-
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qu'ici, c'est celui mis en évidence par Heymans et relatif à Tantagonisme de ThyposulGte de soude et des nitriles de la série grasse. Le premier de ces nitriles, le nitrile formique ou acide cyanhydrique, a une action trop rapide pour que Thyposulfite de soude ait le temps de courir après lui, si Ton peut ainsi dire, dans l'organisme, de le rattrapper, de le décomposer et de Tempêcher de nuire; d'autre part, l'action décomposante exercée par Thyposulfite de soude sur l'acide cyanhydrique se fait avec une certaine lenteur. Mais, à côté de ce nitrile, il y en a d'autres pour lesquels lés conditions diffèrent; et le nitrile malonique , par exemple, est celui qui a servi à Heymans pour instituer cette remarquable expérience : l'hyposulfite de soude décompose presque instantanément le nitrile malonique ; d'autre part, ce nitrile ne possède pas, comme le premier, une action aussi intense et aussi rapide sur l'organisme; de sorte que, pour reprendre ma comparaison vulgaire mais tout à fait exacte de tout à l'heure, l'hyposulfite a le temps de courir après lui et de le neutraliser.
Et en effet, comme conséquence de ces recherches, Heymans est arrivé aux résultats suivants : quelle que soit la quantité de nitrile malonique administrée à l'animal, — par exemple au lapin, par injection dans la veine marginale de l'oreille, — pourvu que cette quantité ne dépasse pas neuf à dix fois la dose mortelle ; quel que soit le mode d'administration — stomacal, hypodermique ou veineux; — quelles que soient la durée et la profondeur de l'intoxication, pourvu que la respiration persiste encore quelques minutes après l'administration de l'hyposulfite de soude; on peut, à l'aide d'une dose d'hyposulfite de soude adéquate à celle de nitrile malonique employée, sauver la vie de l'animal, faire disparaître comme par enchantement — l'expression est absolument exacte — et dans l'intervalle de 5 à dO minutes, les symptômes respiratoires, circulatoires et nerveux de l'intoxication. Voilà, Messieurs, un véritable fait d'antagonisme et d'antidotisme médicamenteux et toxique.
Eh bien, est-ce dans ces conditions que nous nous trouverons lorsque nous chercherons à réaliser l'antagonisme ou l'antidotisme avec d'autres substances médicamenteuses, par exemple avec les alcaloïdes? Le plus souvent, l'action antidotique à laquelle je fais allusion est une action physiologique de même ordre portant sur des mécanismes opposés au lieu d'être constituée par des actions opposées portant sur le même mécanisme. Je m^'explique. L'année dernière,