SYMPTOMATOLOGIE CHEZ LE CHIEN
et tombe bientôt dans un profond sommeil qui n'est qu'un simple engourdissement des propriétés fonctionnelles nerveuses, attendu que ranimai entend et sent parfaitement; si on l'appelle, il est capable de répondre à celui qui prononce le nom auquel il est habitué; il éprouve parfaitement la sensation du pincement, de la piqûre, se déplace sous l'influence de ces excitations, mais sans paraître avoir conscience de ce qui lui arrive; il se borne, si l'excitation est un peu forte, à faire un bond effaré, trottinant avec la démarche dite hyénoîde^ il va se réfugier dans une autre place, où il s'endort, où il s'affaisse de nouveau ; et ce sommeil dure de huit à dix et douze heures, quelquefois plus longtemps. Pendant toute cette période , on peut constater une imprégnation plus ou moins profonde des centres cérébraux, et une dépression intellectuelle plus ou moins considérable suivant les individus.
Mais les réflexes ne sont pas abolis, ils sont même surexcités chez l'animal en état d'hypnose morphinique; et lorqu'on vient à le piquer ou à le pincer, on voit que la façon dont se produisent les réflexes rappelle absolument celle qu'on observe chez les animaux auxquels on a enlevé la substance cérébrale. Pendant toute la durée du sommeil morphinique, les yeux présentent du strabisme interne, les pupilles sont resserrées, la respiration troublée et ralentie, — nous allons voir qu'il peut même se produire facilement, quand on réalise pour cela les conditions voulues, ce syndrome qu'on a qualifié du nom de respiration périodique, — et la pression vasculaire est assez notablement diminuée.
Pendant toute cette période, on observe à la fois une obtusion plus ou moins considérable des sensations douloureuses, en même temps que de l'hyperexcitabilité réflexe; quand ces deux symptômes coexistent, cela montre que l'on a atteint pour l'animal, pour Findividu, le sujet en question, la dose hypnotique; c'est la perception seule de la douleur qui est plus ou moins atténuée, car la persistance des réflexes montre que le fait brutal de la sensibilité n'est pas aboli chez ces animaux.
Lorsque l'animal se réveille de ce sommeil, c'est-à-dire en général après cinq à six heures, au moins, on remarque qn'il présente un état d'hébétude et que, pendant assez longtemps, il persiste chez lui de la faiblesse de tout le train postérieur. Sa démarche est alors tout à fait celle d'un animal en proie à l'ivresse; comme par exemple
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celle que peut présenter un animal auquel on aurait injecté une quantité assez considérable des substances hypnotiques ou hypnoanesthésiques que nous avons précédemment étudiées, ou une dose suffisante d*aIcool pour déterminer chez lui des phénomènes d'ivresse. L'action de la morphine sur la partie postérieure de la moelle est d'ailleurs prouvée par les attitudes que prennent quelquefois les animaux pendant leur sommeil : ils sont assez fréquemment couchés à plat ventre, les membres antérieurs dans l'extension plus ou moins forcée, les membres postérieurs écartés et étendus en arrière, la face plantaire du pied tournée en haut, rappelant ce mode de décubitus familier à l'ours et que l'on observe d'jailleurs assez fréquemment chez les animaux placés sous l'influence des hypnotiques.
Sous l'influence des doses fortes, c'est-à-dire dépassant 1 centigramme au moins par kilo, on voit l'animal pris d'un état de sommeil et d'engourdissement profonds; il ne répond aux excitations que par des plaintes, ce qui dénote la conservation de sa sensibilité, mais elle est extrêmement émoussée, quoique jamais complètement abolie, comme le montre la persistance des réflexes. Lorsque les doses sont mortelles, c'est-à-dire atteignent de 5 à 7 centigrammes par kilo, on voit apparaître après quelques heures, dans certains groupes musculaires, des mouvements cloniques d'abord espacés, puis se rapprochant de plus en plus en se généralisant, et finissant par se transformer complètement en crises tétaniques véritables, plus ou moins violentes : la salive se remet à couler, la bouche est mousseuse, les mâchoires claquent, les yeux pirouettent dans l'orbite, et ce tableau rappelle exactement celui d'une crise épileptiforme. Dans les dernières phases, l'animal est en proie à des crises tétaniques franches, comparables à celles déterminées par l'intoxication strychnique. A cette phase, la sensibilité est généralement abolie, la résolution musculaire est complète, l'animal est dans un état comateux, et la mort survient par arrêt primitif de ta respiration, à moins qu'on ne pratique la respiration artificielle.
Quelle que soit la dose injectée, on n'observe pas d'anesthésie vraie; en aucun cas, par exemple, l'anesthésie qu'on obtient chez les animaux n'est comparable à celle qu'on peut réaliser par l'injection de doses suffisantes de cocaïne ; c'est plutôt une obtusion de la sensibilité, et celle-ci est caractérisée par l'absence ou le défaut plus ou moins notable de perception de la douleur, parce que les terminai-