‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 391 sur 486 · ANIMAUX CHEZ LESQUELS DOMINE L*EXGITÂTION · texte numérisé non relu

ANIMAUX CHEZ LESQUELS DOMINE L*EXGITÂTION

sons périphériques des nerfs ne sont frappées que très tardivement; La morphine se comporte dans tous les cas comme un type de poison cérébral; mais qui peut devenir successivement, ainsi que nous Tavons déjà observé pour l'opium, poison bulbaire et médullaire, ce que viennent précisément démontrer les convulsions, puis la paralysie. Les convulsions qu'on peut observer offrent, au début, tous les caractères de la crise épileptiforme, et ensuite tous les caractères de la crise tétanique, dans les dernières phases : elles sont même absolument semblables, on pourrait presque dire identiques à des crises de tétanos strychnique. La mort se produit toujours dans un spasme, ou bien entre deux accès, par arrêt primitif de la respiration. Lorsque la dose est suffisante, la respiration artificielle est incapable à elle seule d empêcher la mort, parce que dans ces circonstances, comme nous le verrons, la mort survient alors d'une façon secondaire par arrêt du cœur.

Messieurs, la symptomatologie que présentent d'autres animaux sous l'influence de la morphine, peut tout d'abord paraître superflue à étudier; elle est cependant d'un très grand intérêt. Je la crois d'un très grand intérêt parce que, ainsi que nous le verrons en étudiant l'intoxication par la morphine ou par les dérivés de la morphine, on trouve chez l'homme des susceptibilités individuelles qui se traduisent précisément par une symptomatologie absolument identique à celle que nous allons voir se développer chez certains animaux ; de telle sorte que, si Ton peut se permettre cette assimilation et en schématisant un peu les résultats, on pourrait dire que suivant la façon dont ses cellules réagissent, tel individu déterminé, se conduira vis-àvis de la morphine comme un chien, l'autre comme un cheval, un autre comme un bœuf, un autre comme une chèvre, un autre comme un chat, etc.

Quelques exemples seulement pour vous indiquer les grandes lignes de ces manifestations symptomatiques, qui sont, je le répète, extrêmement importantes et extrêmement intéressantes, parce qu'il vous arrivera certainement plus d'une fois de voir des morphinomanes, et, quand je vous aurai décrit cette symptomatologie présentée par certaines espèces animales sous l'influence de la morphine, vous reconnaîtrez dans ces morphinomanes la façon de réagir des animaux dont nous allons nous occuper à présent.

Envisageons d'abord le cheval, qui est le type des animaux réagis-

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sant, d'une façon exclusive, vis-à-vis de la morphine par de Texcitation. Pour le cheval^ les doses faibles sont^ bien entendu, des doses formidables si on les applique à Thomme; ces doses faibles correspondent à 40 ou 50 centigrammes de chlorhydrate de morphine; vous objecterez qu'un cheval pèse, en moyenne, 250 à 300 kilos et même plus, c'est vrai, mais nous allons voir tout à l'heure la proportionnalité qui existe entre ces doses, le poids de l'animal et le poids de sa substance cérébrale. Eh bien, à ces doses, on observe exclusivement chez le cheval une excitation nerveuse se traduisant par de l'inquiétude, un besoin de mouvement continuel; l'animal piétine et frappe ses sabots sur le sol, se déplace continuellement et marche jusqu'à épuisement de l'action médicamenteuse s'il est en liberté; il manifeste alors un état de fatigue plus ou moins accentué, mais sans la moindre trace d*action narcotique, d'action hypnotique. Quand on élève les doses et qu'on arrive à 60, 70, 80 centigrammes, l'excitation se montre plus intense et plus prolongée, en même temps qu elle s'accompagne d'une difficulté dans la locomotion, difficulté qui se traduit surtout par de la raideur des membres, notamment des membres postérieurs.

Quand la dose atteint 1 gr. 50 ou 2 grammes, alors la surexcitation atteint son maximum; et, en même temps, se manifestent des modifications du caractère de l'animal qui se traduisent par des phénomènes tout à fait particuliers. Avait-on aEFaire à un cheval susceptible, méchant, il devient absolument indififérent à ce qui se passe autour* de lui, calme, se laisse approcher, manier, pincer dans des régions sensibles sans manifester le moindre signe d'excitation : il reste immobile, buté contre un obstacle qui lui fournisse, en quelque sorte, le prétexte de ne pas se mouvoir, les membres postérieurs écartés, dans l'attitude qu'on appelle le camper ; il se livre par moments à des mouvements violents, pousse au mur s'il est à l'écurie, ou bien marche jusqu'à ce qu'il rencontre un obstacle assez fort pour l'arrêter : on constate alors que ses membres sont raides et que ses articulations fléchissent difficilement. En même temps, il a du nystagmus, et la sensibilité est assez fortement émoussée. Le caractère vertigineux de ces manifestations est très remarquable chez le cheval. L'action exercée sur les grands appareils est également très manifeste : si, à ce moment, on interroge la circulation de . l'animal, on observe un renforcement très notable des contractions

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cardiaques, une diminution du nombre des mouvements respiratoires; en même temps se montrent des sueurs abondantes et de la salivation, mais, à un degré plus ou moins considérable, le tarissement de toutes les autres sécrétions.

Chez Tàne, on voit se manifester surtout une ivresse opiacée, qui se caractérise par le besoin de mouvement, la titubation et l'incoordination motrice : ces phénomènes d'ivresse sont encore plus accentués que chez le cheval. L'âne supporte également des quantités considérables de morphine; et on peut pratiquer sur lui des injections intra-veineuses de 0 gr. 80 à 1 gramme sans voir survenir autre chose que des manifestations tétaniques et sans entraîner fatalement la mort : lorsque la mort arrive, c'est presque toujours au milieu d'une grande crise tétaniforme rappelant celle de l'intoxication strychnique.

Il en est de même chez les animaux de l'espèce bovine : on observe d'abord de l'ivresse agitante, puis de l'hyperexcitabilité ; aucun phénomène de narcose; de l'hypersécrétion salivaire, lacrymale et sudorale, mais toutes les autres sécrétions sont plus ou moins nettement taries. Phénomène très remarquable : ici, contrairement à ce que nous avons vu chez les espèces animales chez lesquelles l'action de la morphine est surtout cérébrale, ce sont les animaux adultes et âgés qui sont le plus impressionnés par la morphine. On peut trouver une explication de ce fait dans cette considération que chez les animaux jeunes le poids du cerveau l'emporte proportionnellement de beaucoup sur celui de la moelle, tandis que cette proportion est moindre chez les animaux âgés : or, comme chez les animaux chez lesquels l'action de la morphine est surtout cérébrale, cette action trouve à s'exercer sur une plus grande quantité de substance nerveuse, il paraît très rationnel que cette susceptibilité soit beaucoup plus considérable chez les animaux jeunes, moins considérable au contraire chez les animaux âgés, chez lesquels l'action de la morphine consiste surtout en une action médullaire, une action excitante. Enfin, on observe chez ces animaux l'inverse de ce qu'on observe chez le chien ou l'homme, c'est-à-dire l'augmention de la tension artérielle, au lieu de sa diminution, qui est la règle chez l'homme et chez les animaux qui réagissent de la même façon sous l'influence de la morphine.

Un point fort intéressant également, c'est que, chez ces animaux

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