DOSE MORTELLE POUR L*HOMME
variable suivant les circonstances, que ces expériences seraient toujours à recommencer; de telle sorte, qu'en définitive, les chiffres qui sont inscrits sur ce tableau n'ont qu'une valeur relative. Donc, lorsque je vous parle de doses thérapeutiques moyennes, minimaou maxima, ces doses ne sont comparables et susceptibles de détermination exacte qu'en ce qui concerne les animaux chez lesquels l'expérimentatioa est facile à réaliser; quant à ce qui concerne les doses chez Thomme, elles sont les moyennes d'un grand nombre d'observations, dans des circonstances différentes, de cas dans lesquels on a pu relever des accidents plus ou moins graves, mortels parfois.
Par conséquent, vous voyez que chez l'homme, la dose toxique moyenne est de 65 milligrammes : il s'agit ici de dose toxique mortelle, bien entendu. Mais il faut se souvenir qu'il existe un cas de mort — je ne connais pour ma part que celui-là ^ à la suite d'une injection hypodermique, en une seule fois, de 3 centigrammes.
Eh bien, si on rapporte la dose toxique à 1000 grammes de cerveau, vous voyez que dans toute cette série c'est l'homme qui se montre certainement de beaucoup le plus sensible à la morphine; puis viendrait ensuite, non plus le chien, qui cependant réagit comme l'homme, mais l'âne, car c'est celui pour lequel le rapport de la dose toxique de morphine à 1000 grammes de cerveau se montre le moins élevé; vient ensuite le chat, puis le cheval, la vache, le chien, la chèvre et enfin le porc. Ces moyennes sont absolument renversées si on rapporte la quantité toxique de morphine au poids du corps, et alors apparaît le fait que j'indiquais tout à l'heure de la sensibilité considérable des gros animaux, puisque, dans ces circonstances, 65 milligrammes de chlorhydrate de morphine par kilo d'animal représentent une dose mortelle pour le chien ; 7 seulement pour le cheval; 9 pour l'âne; 15 pour le bœuf; 40 pour le chat; 200 pour le porc; et 400 pour la chèvre. Si nous traduisons de la même façon la dose toxique pour l'homme, nous trouvons qu'elle est, environ, de 0 milligramme 8.
De tout cela, il ressort que l'homme est, dans tous les cas, extrêmement sensible à la morphine, bien que cette sensibilité soit fort variable : cependant, on peut considérer comme chiffre minimum de la dose toxique mortelle 5 à 6 centigrammes. Bien entendu, et nous verrons plus tard combien ce point est important, il faut tenir compte de l'accoutumance qui se présente au maximum chez les morphine-
SYMPTOMATOLOGIB CHEZ L'HOMME C71
mânes et qui leur permet parfois, de s'administrer en injections hypodermiques, dans une période de vingt-quatre heures, des doses de morphine qui peuvent atteindre des proportions fantastiques. J'ai vu il y a quelque temps un individu qui, depuis un certain nombre de mois, se faisait tous les jours des injections de morphine dont la somme atteignait parfois 4 grammes!
Messieurs, chez Thomme, la symptomatologie des intoxications morphiniques n'est guère différente de celle que je vous peignais tout à l'heure chez le chien. Elle se traduit, surtout au début, par une byperexcitabilité réflexe plus ou moins considérable, par 4u prurit, par cet émoussement de la sensibilité que je vous signalais également : très souvent, le prurit a pour point de départ la piqûre du tégument cutané qui a servi à l'introduction de la morphine par la voie hypodermique. La sensibilité n'est jamais éteinte complètement, sauf lorsque l'individu tombe dans le coma prédécesseur des accidents ultimes de l'intoxication morphinique. Les phénomènes intellectuels sont les premiers frappés; ce sont également les derniers à reparaître lorsque le cycle d'évolution des phénomènes d'intoxication est tel que la guérison arrive. Chez les individus chez lesquels on peut observer l'intoxication chronique par la morphine, on constate une hj^erexcitabilité réflexe existant chez eux à l'état permanent, et vous savez sans doute que ce n'est pas là précisément l'un des moindres symptômes auxquels on peut reconnaître les habitudes de morphinomanie. La sensibilité à la douleur est toujours plus ou moins diminuée, par suite de l'absence ou de la difficulté de la perception dont je vous parlais tout à l'heure, et la contraction pupillaire est également un phénomène constant, alors qu'au contraire, comme nous le Verrons dans la symptomatologie de l'empoisonnement, la pupille se dilate lorsque les phénomènes évoluent dans un sens défavorable pour la vie de l'individu. La morphine, ainsi que j'ai eu l'occasion de vous le faire observer à propos de l'opium, agit aussi moins activement que ce dernier sur les phénomènes de la circulation et de la calorification ; mais son influence sur les vaisseaux capillaires est, au contraire, plus intense : la paralysie des vaso-moteurs est, en effet, certainement plus accentuée sous l'influence de la morphine qu'elle ne l'est sous l'influence de l'opium en nature.
Maintenant, Messieurs, entrons plus avant dans l'étude de l'action physiologique de la morphine, et voyons quelles sont les modifica-
ACTION DE LA MORPHINE SUR LA RESPIRATION
lions qui se produisent sUr les diflérénts grands appareils de Féconomie, et tout d abord voyons quelle est l'action exercée par la morphine sur la respiration et la température.
Respiration. — L'action dé la morphine sur la respiration est extrêmement marquée; on observe deux phases : la première est caractérisée par une accélération telle que la fréquence des mouvements respiratoires peut être deux ou trois fois plus considérable que
Minutes
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Fig. 13. — Action de la morphine sur la respiration chez le chien.
Chien de 10 kilos : injection hypodermique de 5 centigrammes de chlorhydrate de morphine. Représentation graphique des variations du nombre dos mouvements respiratoires. [D'après M. Pachon.]
dans Tétat normal. On observe même sous TinQuence des doses relativement faibles de morphine une polypnée tout à fait analogue à la polypnée thermique : cette accélération se montre dans les dix minutes qui suivent Tinjection, et dure de quinze à vingt minutes; elle concorde avec la période d'excitation et dure, par conséquent, plus ou moins, suivant que cet état d'excitation est lui-même plus ou moins durable. Voici deux graphiques de respiration qui vous montreront combien cette action respiratoire, cette action accélératrice de la morphine sur la respiration est intense. Le premier (fig. 13) concerne un chien de 10 kilos auquel on a injecté 5 centigrammes de morphine; le second (fig. 14) est relatif à un chien de 4 kilos auquel on a pratiqué une injection hypodermique dé 2 centigrafnmes de chlo-
ACTION DE LA MORPHINE SUR LA RESPIRATION
rhydrale «le morphine. [Voir aussi les figures 26 et 35 de cœur et respiration, pages 694 et 108.] Le nombre des respirations, qui est en moyenne chez le chien de 25 par minute à l'état normal, n'a pas lardé à atteindre les chiffres de 115 chez le premier et 98 chez le second, pour, au bout d'un certain temps pendant lequel se sont montrés les phénomènes d'excitation, arriver à retomber à un chiffre manifestement inférieur à la normale, puisque ce chiffre est descendu à 22 pour l'un et 20 pour l'autre.
La deuxième phase est caractérisée par un ralentissement con-
Mbuiies R, S lo iS 20 2$ 3o ^ éo ^5 So 55 So 65
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Fig. 14. — AcUon de la morphine sur la respiration chez le chien.
Chien de 4 kilos : injection hypodermique de 2 centigrammes do chlorhydrate do morphine. Représentation graphique des variations du nombre des mouvements respiratoires. [D'après H. Pachon.]
sidérable du nombre des mouvements respiratoires; ralentissement qui coïncide avec la période de sommeil chez les animaux que la morphine calme et endort : on voit ce chiffre tomber à 20, 18, 15, ou même au-dessous. L'animal est alors dans un état d'inertie plus ou moins accentuée, mais réagit cependant encore très manifestement aux excitations extérieures. On peut dire qu'à ce moment le cerveau dort, mais que la moelle veille ; et son pouvoir réflexe est même exagéré : il en résulte précisément une accélération des mouvements respiratoires lorsqu'on vient à pincer ou à exciter l'animal par un procédé quelconque. Dans la période qui caractérise la narcose vraie, le nombre des respirations peut être réduit à une proportion extrêmement minime : c'est ainsi qu'on a pu compter 8, 7, 6 et même