‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 414 sur 486 · AUTOMATISME DE LA SÉCRÉTION SALIVAIRE · texte numérisé non relu

AUTOMATISME DE LA SÉCRÉTION SALIVAIRE

influence exclusivement périphérique, telle que la pilocarpine, détermine immédiatement une sécrétion abondante de salive, et également des deux côtés.

Un fait encore très remarquable à ce point de vue est celui d'un véritable automatisme de la sécrétion salivaire : les chiens chez lesquels on pratique plusieurs jours de suite des injections de morphine, en quantité suffisante pour déterminer une abondante hypersécrétion salivaire, acquièrent une excitabilité tellement exagérée de leurs centres excito-sécrétoires , qu'on voit cette hypersécrétion devenir automatique et se produire régulièrement aux heures où se faisaient ces injections, et alors qu'elles ont cessé d'être pratiquées : cet écoulement de salive se produit soit spontanément, soit sous l'influence d'une simple suggestion telle que celle produite par la vue de la seringue à injections. Il y a là quelque chose d'assez analogue à ce qui se produit chez les morphinomanes en état de besoin et chez qui les phénomènes toxiques se montrent aux heures auxquelles les injections morphinées devraient être faites.

Je terminerai ces notions sur l'action de la morphine relativement aux sécrétions en vous disant que Claude Bernard admettait l'influence sur la cellule nerveuse centrale d'où émanait le nerf sécrétoire : cette interprétation paraît parfaitement acceptable, et elle est en concordance avec les expériences que je vous ai citées, relativement à l'action exercée par la morphine sur les prolongements cellulaires des neurones.

Péristaltisme intestinal. — Quelques mots maintenant sur la façon dont le péristaltisme intestinal est influencé par la morphine. Il est excité, au début, chez le chien, surtout aux doses faibles, puis bientôt plus ou moins complètement paralysé. Chez l'homme, on observe également cette action excitante primitive, suivie rapidement de l'action déprimante secondaire. Cet abolissement des mouvements de la tunique musculaire de l'intestin, joint à la diminution des sécrétions, explique les bons effets que l'on obtient de la morphine pour calmer les coliques, les spasmes douloureux et le ténesme intestinal. Bientôt, avec le tarissement des sécrétions du tube digestif, on peut voir survenir de la constipation. Les mômes effets s'obser\'ent chez le lapin; l'action paralysante peut être immédiate si la morphine est injectée ou ingérée en quantité assez considérable dès le début; et il y a, à ce point de vue, à faire ressortir la différence très remarquable

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entre raction exercée sur le péristaltisme intestinal par la morphine et Tapomorphine que nous allons étudier bientôt. Tandis que la morphine déprime les sécrétions et le péristaltisme intestinal, au contraire Tapomorphine, et surtout Tapomorphine amorphe, excile le péristaltisme, plus encore qu'elle n'excite les sécrétions.

On a voulu interpréter cette action excitante, exercée au début par la morphine, par une action directe que cet alcaloïde exercerait sur les fibres lisses; mais il est absolument impossible d'admettre cette interprétation, et voici pourquoi. L'action excitante exercée au début par la morphine sur le péristaltisme intestinal est atténuée et même complètement supprimée par l'injection préalable d'une quantité suffisante de sulfate d'atropine ; par conséquent, l'action sur les muscles lisses ne peut, en aucune façon, entrer en jeu à ce moment. L'apomorphine amorphe qui,, comme je viens de le dire, excite énergiquement le péristaltisme intestinal, conserve toujours son action excitante, non seulement après l'injection préalable de l'atropine, mais même après l'action de la morphine. D'autre part, on n'a pu relever aucune influence appréciable exercée sur les contractions utérines ni sur celles des muscles abdominaux pendant le travail, sous l'influence de doses de morphine variant d'un demi à 2 centigrammes. Comme vous le voyez, l'action élective sur les muscles lisses est donc impossible à invoquer.

L'explication de l'action exercée par la morphine sur le péristaltisme intestinal doit être recherchée dans un ensemble de phénomènes. D'une part, dans l'action exercée sur le splanchnique — j'ai attiré votre attention, précédemment, sur l'action que l'opium exerçait sur le grand splanchnique ', — d'autre part, dans la diminution de l'excitabilité des nerfs sensitifs intestinaux, dans l'arrêt des sécrétions, dans l'action locale exercée sur les éléments musculaires alors qu'ils sont en état de moindre résistance, de moindre vitalité par suite de modifications dans les conditions normales de leur existence, modifications tenant à des variations dans l'irrigation ou

1. Celle action hur le sympathique est encore démontrée par l'expérience suivante, <lue à Picard, de Lyon. Sur un chien, cet expérimentateur met à nu la glande sousmaxillaire et ouvre la veinule. En pratiquant ensuite sur l'animal une injection inlra-veineuse de 6 à 8 centigrammes di» chlorhydrate de morphine, on voit augmenter l'écoulement du sang par la veine. Si l'on eirectue alors la section de la corde du tympan, celte opération ne modifie pas la quantité de sang qui sort par la veine; d'où il faut conclure que la suractivité circulatoire qui s'était produite au début, sous rinfluence de la morphine, résultait d'un état semi-paralytique du sympathique. ;;Voir page 5*M.]

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