CHIMISME STOMACAL
dans rinnervation, ce qui a pu amener ces éléments musculaires à réagir avec une certaine facilité sous Tinfluence de la morphine.
Je ne veux pas terminer ce chapitre de l'action spéciale de la morphine sans mentionner une hypothèse émise par Schmiedeberg. Cet auteur admet qu'il existe dans la paroi intestinale, certains éléments transmettant d'une façon centripète, c'est-à-dire sensible, aux centres moteurs les excitations qui leur parviennent, — ces centres moteurs régissant les mouvements intestinaux seraient eux-mêmes situés dans les parois intestinales; — ce serait l'excitabilité de ces éléments nerveux, point de départ des réflexes, qui serait diminuée sous l'influence de la morphine. C'est certainement là une explication ingénieuse, mais qui, échafaudée sur de telles hypothèses, me parait inférieure aux interprétations que je citais tout à l'heure et qui relèvent toutes de faits absolument certains.
Action sur le chimisme stomacal. — L'action exercée par la morphine sur les sécrétions stomacales est particulièrement intéressante à envisager, en raison des considérations thérapeutiques auxquelles elle peut prêter. Chez le chien, comme chez l'homme d'ailleurs, — et cela n'est pas un des moindres inconvénients et un des moindres phénomènes, oti peut dire toxiques, du morphinisme et de la morphinomanie, — on observe un ralentissement considérable dans les phénomènes de la digestion stomacale; et on constate, surtout sous l'influence des doses répétées, — c'est en cela que le morphinomane est intéressé, — que la sécrétion d'acide chlorhydrique subit une diminution énorme. Mais ces deux phénomènes sont tout à fait indépendants l'un de l'autre; et en effet, lorsqu'on expérimente sur des animaux, des chiens, par exemple, on voit, dès le quatrième jour de l'administration de doses relativement faibles de morphine, la digestion languir considérablement, mais le dixième jour, la sécrétion d'acide chlorhydrique est encore assez abondante; elle ne commence à diminuer qu'au bout de quinze à dix-huit jours, quelquefois plus. Cette diminution acquiert alors en quelques jours une intensité très considérable, à tel point même qu'à un moment donné on ne voit pour ainsi dire plus d'acide chlorhydrique libre dans le suc gastrique. Cette diminution de la sécrétion de l'acide chlorhydrique est due, certainement, à l'influence exercée par la morphine sur les nerfs moteurs de l'estomac ; et il y a là l'explication d'un grand nombre de faits que l'on constate chez les morphi-