ACTION SUR LES CENTRES BULBAIRES
analogie entre Taction convulsivante exercée par la morphine et celle exercée par la picrotoxine; l'action convulsivante exercée par la picrotoxine est extrêmement tardive et ne se montre qu'après l'imprégnation prolongée de tout le système nerveux. Ce n'est pas qu'il ne puisse se produire de spasmes d'origine exclusivement médullaire; ces spasmes sont certainement possibles, mais sont moins nets et moins répétés que les spasmes d'origine bulbaire, quoique chez certains animaux, comme la grenouille, par exemple, la moelle prenne une part prépondérante dans la production de ces phénomènes.
Parmi les centres bulbaires, les centres nauséeux sont impressionnés en premier lieu et de la façon la plus active. Dans la suite, soit à cause d'actions d'abord excitantes, et ensuite parésiantes, soit en raison d'actions modératrices directes, tout concourt au calme plus ou moins parfait pendant la période de narcose exercée par la morphine; à cette période, on peut voir les actions déprimantes plus particulièrement exercées sur certains centres moteurs de la moelle. C'est ainsi que le chien réagit par la parésie de son train postérieur, par exemple; mais chez les animaux non narcotisés, dont la chèvre est le type, les effets excitants remarquables qu'on peut obtenir sur les centres médullaires moteurs, ne sont pas ou sont à peine troublés par l'influence cérébrale, puisque celle-ci est aussi réduite que possible; c'est là une preuve de la lenteur de l'imprégnation des centres bulbaires dont je parlais tout à l'heure, et, en même temps, cela donne un élément d'appui à cette hypothèse qu'il existerait dans la région bulbo-méduUaire des centres convulsivants qui seraient particulièrement intéressés par certaines substances toxiques dont la morphine et la picrotoxine représenteraient les principales.
J'ai terminé l'étude de l'action physiologique de la morphine, et il me resterait maintenant à passer en revue les principaux alcaloïdes qui accompagnent la morphine dans l'opium; mais aupai'avant, je crois qu'il sera fort utile de jeter un coup d'œil sur l'action physiologique, tout à fait particulière, de l'apomorphine, action qui se rap- [)roche, sur un très grand nombre de points, de celle exercée par la morphine; et cette étude nous permettra même de mieux comprendre certains phénomènes de l'action physiologique exercée par la morphine.
XXXP LEÇON
APOMORPHINE. — ACTION PHYSIOLOGIQUE DIFFÉRENTE DES CHLORHYDRATES D'APOMORPHIN E CRISTALLISÉ ET AMORPHE. — APOCODÉINE. ~ ACTION PHYSIOLO- GIQUE DES PRINCIPAUX ALCALOÏDES DE L'OPIUM ET DE QUELQUES DÉRIVÉS DE LA MORPHINE : NARCÉINE, CO- DÉINE, DIONINE, PAPAVÉRINE, THÉBAÏNE, NARCOTINE, PÉRONINE, HÉROÏNE. — CLASSIFICATION DES ALCA- LOÏDES DE L'OPIUM.
Bien que, par ses usages thérapeutiques et par les plus frappantes de ses propriétés, Tapomorphine ne rentre certainement pas dans le groupe des hypnotiques ni dans celui des modificateurs intellectuels, je crois qu'il est nécessaire d'en faire ici Tétude, ne serait-ce que pour deux raisons : d'abord, parce que l'apomorphine offre, par quelques unes de ses propriétés pharmacodynamiques, des ressemblances extrêmement étroites avec la morphine, aussi bien chez l'homme que chez les différentes espèces animales; en second lieu, pour montrer combien est importante la structure moléculaire, notion sur laquelle j'attire aussi fréquemment que je puis votre attention.
L'apomorphine, en effet, ne diflère de la morphine que par la perte d'une molécule d'eau; c'est vous dire combien le changement de structure moléculaire est faible : il est, pour ainsi dire, réduit ici au minimum; eh bien, malgré cela, nous allons voir un grand nombre des propriétés de la morphine tellement transformées, que si nous ne savions pas que l'apomorphine provient directement de la morphine, il nous serait certainement impossible, par la seule étude des propriétés pharmacodynamiques et physiologiques de cette substance, de deviner d'où elle dérive, de reconnaître son origine.
D'ailleurs, comme nous Talions voir, l'action vomitive de l'apomorphine, qui est la propriété pour laquelle on l'utilise à peu près
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isîvenient en thérapeutique, n'est pas autre chose que l'exagéra des propriétés analogues possédées par la morphine. Lorsqu'on riraente sur tes animaux, on observe qu'avec la morphine les ssements se produisent dans 60 p. 100 des cas, chez le chien, al qui, comme vous le savez, réagit très sensiblement comme ime : chez le chat, pour prendre un exemple dans l'autre groupe maux qui réagissent d'une façon absolument différente, c'estî par de l'excitation, les vomissements se produisent encore 37 p. 100 des cas. Il est à peine besoin d'attirer de nouveau
attention sur ce point; vous savez, et j'y ai insisté suffisamà propos de la posologie de son chlorhydrate, combien la mor- ! manifeste facilement des propriétés émétiques.
peut aussi observer suivant les différents groupes d'animaux lous avons étudiés et que repésente le tableau que j'ai mis sous eux à propos de la morphine, des idiosyncrasies analogues en i concerne l'apOmorphine : c'est ainsi qu'on observe la nausée, imissement ou la régurgitation, trois symptômes de la même ïssion pharmacodynamique, on pourrait presque dire trois tdmes identiques dans l'expérimentation physiologique, chez le , le chat, la poule, le pigeon, le moineau et la grenouille. Au con- :, on n'observe pas d'action nauséeuse apparente chez le cheval, . le mulet, le bœuf, le porc, la chèvre, le mouton, te lapin, le 'e, le rat, le hérisson et le cananl. Vous pouvez voir tout de qu'ici les idiosyncrasies sont différentes de celles que les recherde M. Guinardnous ont révélées en ce qui concerne la morphine; idant, il y a une distinction très nette, une véritable dissociation nt la façon dont les différentes espèces animales réagissent sous lence de l'apomorphine, et nous allons voir dans un moment pour l'apomorphine comme pour la morphine, l'action vomitive oduit précisément par une excitation directe des centres vomiulbaires.
is, ne serait-ce que pour vous montrer une fois de plus corail est important d'accueillir avec réserve les médicaments nout, à leur début dans l'application thérapeutique, je veux vous {uelques mots relativement à l'histoire des débuts de l'apomor- ! dans la pratique médicale. Cette substance, à son apparition la thérapeutique, eut le sort commun k tous les médicaments eaux : à ce moment de son histoire, on ne lui connaissait aucun
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inconvénient, on disait n'observer à la suite de son emploi ni nausées, ni dépression consécutives; Tapomorphine n'intéressait que fort peu Testomac, et pas du tout l'intestin ; c'était une substance douée de propriétés expectorantes absolument remarquables; enfin, ce qui devait lui concilier la bienveillance de tous les expérimentateurs, c'était une substance à peine toxique.
Malheureusement, il fallut bientôt revenir sur cette trop excellente impression produite par l'apomorphine à son début. Il semblerait véritablement qu'il y ait, dans les premiers essais expérimentaux d'une substance en thérapeutique, une période où l'engouement est absolument justifié, pendant laquelle ne se laissent voir que les avantages de son emploi ; et, en eflet, lors du début de l'emploi de l'apomorphine, il ne se montra pas de ces cas d'intoxication, ni de ces résultats douteux ou mauvais, tels qu'on en a obtenu de si nombreux depuis, qui ont dû faire revenir sur la trop bonne opinion que l'on professait à l'égard de ce médicament. Pour toutes les substances médicamenteuses dont on essaie l'application en thérapeutique, il parait exister une époque privilégiée, une sorte de lune de miel, pendant laquelle ces nouveaux-venus aient le pouvoir et le soin de cacher leurs défauts, jusqu'au moment où éclatent avec plus ou moins de vivacité les reproches qu'il se sont attirés par les mauvais résultats que l'on en a obtenus.
Eh bien, Messieurs, c'est ce qui s'est produit pour l'apomorphine. La détermination expérimentale de sa valeur thérapeutique est cependant facile à réaliser; et il y a lieu, véritablement, de se demander si ceux qui adressaient à cette substance les louanges que je traduisais en quelques mots il y a un instant 3'étaient vraiment donné la peine d'expérimenter les effets de l'apomorphine sur les animaux. En effet, chez tous les animaux, on note une excitation plus ou moins intense au début. Que ces animaux réagissent par l'action vomitive ou non, l'excitation est la règle, et son intensité même est aussi identique qu'il est possible de le souhaiter; puis, à cette excitation générale assez violente, succèdent bientôt des phénomènes de dépression, de stupeur, de rabattement, de la somnolence et même de la paralysie. Pour une substance aussi inoffensive, voilà des particularités qui doivent certainement donner à réfléchir !
Mais lorsqu'on étudie les résultats obtenus par les premiers observateurs qui se sont servis de l'apomorphine, on voit qu'on peut classer