S0 ACTION SUR LE SYSTÈME NERVEUX
grenouille par la méthode de Claude Bernard, c est-à-dire en isolant absolumenj; un membre postérieur par une forte ligature, et mieux encore par la section complète en ne le laissant tenir au corps de l'animal que par le nerf, on voit, en faisant une injection de chlorhydrate d'apomorphine dans le membre qui a été préservé, qui a été séparé, qui n'est plus relié au reste du corps que par le nerf, qu'il n'y a plus dans ce cas d'intoxication généralisée, qu'il ne se produit plus de phénomènes généraux : les phénomènes que l'on pourra observer sont exclusivement locaux. Il y a une insensibilité locale et une paralysie avec perte de la conductibilité centrifuge des nerfs, cette action locale dont je parlais tout à l'heure, action qui est même tellement intense qu'à la rigueur, s'il n'y avait pas les inconvénients succédant à l'emploi de la solution de chlorhydrate d'apomorphine cristallisé, cette solution pourrait remplacer le chlorhydrate de cocaïne pour produire l'insensibilisation locale. Quant à la conductibilité centripète, dans les conditions dont je viens de parler, elle est conservée et les muscles restent localement excitables, ce qui montre que l'action exercée par l'apomorphine sur les terminaisons nerveuses peut s'exercer à la périphérie à la condition qu'il y ait contact intime entre cette périphérie et la solution d'apomorphine. Les propriétés fonctionnelles du muscle sont respectées, à moins que les doses ne soient par trop considérables.
Si l'injection d'apomorphine est pratiquée dans le train antérieur, l'imprégnation du système nerveux pourra se généraliser et nous verrons apparaître les symptômes généraux de l'intoxication : excitation, spasmes convulsifs généralisés, puis phase de dépression ; et ces phénomènes, ayant alors pour cause l'action de l'apomorphine sur les centres nerveux, se manifesteront aussi bien dans le membre qui n'est plus relié au tronc que par son nerf principal. L'excitation périphérique des nerfs moteurs donnera toujours une réponse positive ; la sensibilité, quoique conservée au début, ira cependant en s'atténuant à cause de l'imprégnation toxique de plus en plus profonde des centres nerveux.
L'ablation du cerveau ne modifie pas, chez la grenouille, les effets de l'apomorphine, mais paraît seulement faciliter la production de certains phénomènes d'origine bulbaire. Quelques mots encore. Messieurs, sur les associations de la morphine et de l'apomorphine. Cela présente un certain intérêt en raison précisément de ce fait qu'il