MELANGE DES CHLORHYDRATES AMORPHE ET CRISTALLISÉ
est assez difficile, encore actuellement, de se procurer du chlorhydrate d'apomorphine cristallisé absolument pur, et qu'il n*y a guère, je crois, actuellement, que la maison Merck, de Darmstadt, qui fabrique cette apomorphine d'une façon telle qu'on soit certain d'avoir, à peu près exclusivement, ce sel sous la forme de chlorhydrate cristallisé, qu'elle livre maintenant au commerce de la droguerie. Eh bien, les effets du mélange, de l'association de la morphine avec l'apomorphine sont différents suivant les espèces animales, et cela n'a rien qui doive nous surprendre. Chez le lapin, par exemple, l'association de la morphine avec l'apomorphine diminue la toxicité du sel cristallisé et elle augmente au contraire la toxicité du sel amorphe ; chez le chien elle augmente la toxicité des deux variétés de chlorhydrate d'apomorphine, mais plus particulièrement celle du sel amorphe : comme vous le voyez, chez le lapin, de même que chez certaines autres espèces animales, l'action du mélange des deux sels réalise assez bien celle du chlorhydrate amorphe. Chez certaines espèces animales, ce sont les effets déprimants et paralysants qui prédominent, et cela même chez celles qui sont normalement excitées par la morphine, comme le bœuf, la chèvre, le mouton, le chat, etc.
Ces derniers faits, me paraissent parfaitement propres à expliquer, ^ ^ en tenant compte des susceptibilités individuelles, les accidents tels v
que la lassitude, la narcose, les syncopes ou le coUapsus qu'on a pu observer, à bien des reprises, chez l'homme, par la simple injection de quantités très faibles de chlorydrate d'apomorphine sans qualificatif, c'est-à-dire de celui qu'on trouve habituellement dans le commerce de la droguerie^ et qui est constitué par le mélange, en proportions variables, des deux chlorydrates, le chlorhydrate amorphe et le chlorhydrate cristallisé. Il faut tenir compte, dans ce cas, non seulement de l'isomérie des deux alcaloïdes, relativement à l'action physiologique du mélange, mais encore des transformations chimiques que peuvent subir ces substances par suite des réactions hydratantes ou oxydantes auxquelles elles peuvent être soumises, réactions capables de donner naissance à des dérivés tels que ceux figurant parmi la longue liste des alcaloïdes que l'on a pu isoler de l'opium et qui joueraient, chacun pour leur compte, un rôle synergique ou antagoniste dans l'action physiologique résultante.
D'après ce que je viens de vous dire, vous pouvez voir qu'il était à la fois et plus logique et plus profitable de rapprocher l'étude de
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ces deux médicaments, la morphine et Tapomorphine, plutôt que de rejeter, comme on serait tenté de le faire, Tétude de Tapomorphine avec celle des substances émétiques proprement dites.
Un mot, pour terminer ce sujet, sur une substance qui est à la codéine, dont je vais parler tout de suite, ce que Tapomorphine est à la morphine. La codéine est un éther méthylique de la morphine; cette codéine, lorsqu^on la soumet à Faction de certains agents chimiques, comme par exemple à l'action de l'acide chlorhydrique à un certain degrë de concentration et à une température déterminée, est capable, comme la morphine dans ces mêmes conditions, de perdre une molécule d'eau et de donner naissance h un anhydride qui, je le répète, est par rapport à la codéine, ce que l'apomorphine est par rapport à la morphine. Cette substance a reçu le nom d'Apocodéine en raison précisément de ce fait. Eh bien, Messieurs, il était très intéressant de voir comment cette substance allait se comporter par rapport à la codéine et par rapport à l'apomorphine. L'apocodéine, contrairement à ce qu'on aurait pu croire, n'est pas le moins du monde émétique : c'est une substance qui détermine l'exagération de la sécrétion salivaire et l'accélération des mouvements péristaltiques intestinaux; c'est une substance dont les qualités sont surtout sédatives, sans qu'il se manifeste de période d'excitation, sans produire ni nausées ni vomissements, qui est capable de procurer un sommeil léger et de peu de durée, à peu près comme la codéine. Elle présente, d'ailleurs, dans ses effets physiologiques, une grande analogie avec la codéine; elle est cependant moins exhilarante, détermine une moindre hyperexcitabilité réflexe ; elle est plus hypersécrétante que la codéine, et moins sédative : elle peut même provoquer des spasmes. Les essais qu'on a faits de son emploi dans certaines circonstances, notamment pour calmer les maniaques excités, n'ont pas donné lieu de continuer son usage ; de sorte que, ainsi que vous le voyez, son intérêt résulte surtout de la comparaison de ses effets avec ceux de l'apomorphine, d'une part, et avec ceux de la codéine, d'autre part.
J'arrive maintenant aux quelques détails qui vont terminer l'étude qu'il me reste à faire des autres alcaloïdes de l'opium. Il s'en faut malheureusement de beaucoup que cette étude ait été aussi complètement poussée que celle que M. Guinard a mis plusieurs années à faire en ce qui concerne la morphine et l'apomorphine. Mais cependant, on sait déjà un certain nombre de faits assez inté-