MORT PAR LES PRÉPARATIONS OPIACÉES
gers; et lorsqu'on se sert de capsules de pavots insufQsamment mûres, on peut observer des accidents plus ou moins graves, variant d'ailleurs, à la fois, suivant la toxicité des capsules de pavot ellesmêmes et suivant leur mode d'utilisation, la dose employée, Tâge et la constitution individuelle du sujet, sa tolérance particulière, soit naturelle, soit résultant de Thabitude, et enfin, suivant le mode d'absorption. Les lavements préparés à l'aide d'une décoction de têtes de pavots ont causé fréquemment des accidents, surtout chez les femmes.
Voici quelques faits qui pourront vous édifier sur le plus ou moins de valeur toxique des principales préparations d'opium. Tardieu rapporte un cas de mort, survenue en 22 heures, après utilisation de 30 grammes de laudanum de Sydenham ayant servi à arroser un cataplasme maintenu sur le ventre. Christison rapporte un autre cas de mort résultant aussi de l'emploi de 30 grammes de laudanum répandu sur une compresse chez un soldat atteint d'érysipèle de la jambe. Taylor rapporte un exemple d'empoisonnement suivi de mort résultant de l'emploi d'une poudre à priser dans laquelle une certaine quantité de morphine avait été mélangée par erreur. Enfin, on a noté la mort sous l'influence de 20 centigrammes d'opium en lavement. J'insiste sur ce fait, sur lequel j'ai déjà si souvent attiré votre attention, de l'activité d'absorption de la muqueuse intestinale. Ainsi, la mort est encore survenue à la suite de l'administration d'un lavement renfermant 10 grammes de laudanum de Sydenham. On a encore noté la mort à la suite de l'administration, par la voie buccale, de 1 et 2 grammes d'opium, de 30 à 40 grammes de laudanum de Sydenham, quoique, dans certains cas, l'absorption de quantités infiniment plus considérables de cette dernière substance ait été compatible avec le maintien de l'existence : le fait le plus remarquable à cet égard, en dehors de celui rapporté par Trousseau et que je vous ai cité précédemment, est celui qui concerne un individu ayant absorbé, dans un but de suicide, la quantité de 192 grammes de laudanum, et qu'on put rappeler à la vie par des soins appropriés. Je vous rappelle ce point, sur lequel j'ai déjà attiré votre attention : dans ce cas, il y a une diminution, une inhibition, pour ainsi dire, de l'absorption sous l'influence de la morphine ou des préparations opiacées; et c'est à elle, évidemment, qu'il faut rapporter le peu de gravité des accidents et la possibilité d'y remédier. En ce qui concerne la morphine, on a
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relevé les faits suivants : raort à la suite de l'absorption de 10 et même de 6 centigrammes; et survie après absorption de 2 grammes 50.
Quant aux enfants, ils présentent, comme vous le savez, à Tégard des préparations opiacées, une sensibilité tout à fait extraordinaire : on a vu la mort survenir chez un enfant de six semaines, quelques heures après Tusage d'un lavement dans lequel on avait ajouté quelques cuillerées seulement d'une décoction de têtes de pavots : on a noté la mort d'un enfant de 9 mois quelques heures après l'administration d'une potion renfermant IV gouttes de laudanum de Rousseau, ce qui était évidemment une dose formidable : on a noté la mort d'un enfant de trois semaines à la suite de l'administration d'une potion contenant II gouttes de laudanum de Sydenham; et enfin la mort d'un enfant de six jours après l'administration d'une potion renfermant I goutte seulement de laudanum de Sydenham. On a également noté la mort d'un enfant de deux jours à la suite de l'administration d'un lavement contenant une certaine proportion de teinture alcoolique d'opium correspondant à 6 milligrammes, environ, d'extrait thébaïque. Everest a rapporté le fait d'un enfant nouveauné qui succomba à la suite de l'ingestion d'une cuillerée à café d'une potion de 30 grammes contenant XII gouttes de teinture d'opium, ce qui répond pour cette cuillerée à café à près de II gouttes de teinture, quantité énorme à cet âge et laissant toute entière la responsabilité de l'accident à la charge du médecin qui avait imaginé cette singulière prescription. Un enfant âgé de cinq ans et demi est mort après avoir absorbé 20 centigrammes de poudre de Dower; et un enfant de quatre mois, après l'administration de 5 centigrammes seulement de poudre de Dower. On a noté également un cas de mort survenu à la suite de l'administration d'une cuillerée à café (ÏÉlixir parégorique; d'une cuillerée à café, également, de Cordial de Godfrey, cette préparation dont je parlais tout à l'heure, et qui correspond à 23 milligrammes d'extrait thébaïque pour 30 grammes de liqueur. Quant à la Solution sédative de Battleyy qui est extrêmement riche en opium, puisqu'elle correspond à 1 centigramme d'extrait thébaïque pour II gouttes seulement de cette solution, on a obsen-^é la mort à la suite de l'administration de V gouttes de cette liqueur chez des enfants, chez un enfant de huit ans, par exemple; et la mort d'adultes avec XX gouttes de la même solution.
Les formes que peut revêtir l'empoisonnement par l'opium peuvent