INTOXICATION PAR LA MORPHINE
faiblesse, des vomissements ou un état nauséeux presque continuel, souvent même des lipothymies. Les contractions cardiaques restent faibles et irrégulières, et, pendant un espace de temps variant de une à plusieurs semaines, l'individu reste sous le coup de cette intoxication et dans un état sinon grave, au moins précaire.
La marche de Tintoxication, comme vous le voyez, est d'abord psychique, — c'est d'ailleurs ce que nous avons appris à reconnaître par l'élude de l'action psysiologique de l'opium, — et ce début psychique est caractérisé surtout par l'état d'ivresse et d'excitation qu'on observe lorsque les doses ne sont pas trop considérables d'emblée; puis l'intoxication devient ensuite bulbaire, ce que montrent les troubles circulatoires, respiratoires et gastro-intestinaux; et enfin médullaire, ce que viennent montrer les convulsions et la paralysie qui succède à l'état comateux. Il me suffit de vous rappeler ici les variations considérables dont je vous ai parlé, au point de vue de la réceptivité, pour vous faire comprendre combien peuvent être variables les symptômes qu'on peut observer chez les différents individus.
Lorsqu'il s'agit d'intoxication par la morphine, les faits sont à peu près les mêmes; il n'y a guère que les doses qui peuvent apporter quelques différences dans la marche des symptômes. Dans les cas d'empoisonnements, on n'observe plus, en effet, ces différences délicates, parfois même si difficilement appréciables, que révèle à l'observateur attentif une étude comparée de l'action médicamenteuse exercée par l'opium et ses divers principes actifs. Ici, l'organisme est, en quelque sorte, accablé sous l'action prépondérante de la morphine dont les effets dominent toute la scène toxique et dissimulent complètement la part afférente aux autres principes actifs.
Sous l'influence d'une injection hypodermique de 10 à 15 milligrammes de chlorhydrate de morphine, par exemple, les premiers symptômes qu'on observe sont une sensation de bien-être, une excitation générale. Le cerveau paraît plus libre, le travail intellectuel plus facile ; mais bientôt, à cet état d'exaltation primitive succèdent des éblouissements, des vertiges plus ou moins accentués; l'individu est comme cloué sur place par une force qu'il lui est absolument impossible de surmonter, le moindre mouvement est très pénible, la parole devient difficile; le sujet est en proie à des rêves et à des hallucinations qui sont, en général, agréables, mais qui cependant empruntent sur-