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TRANSFORMATIONS DE LA MORPHINE DANS L'ORGANISME

passerait en nature dans Turine que lorsque le sang aurait complètement épuisé cette propriété. Pour cet auteur, Faccoutumance serait (lue simplement à l'exagération de cette décomposition de la morphine sous rinfluence du sang et des tissus. Éliassow, reprenant ces recherches, a décrit un produit de transformation de la morphine, soluble comme elle dans Talcool amylique, et donnant avec le réactif de Frôhde une coloration verte ou vert-bleuâtre intense. Ce serait ce produit que Ton retrouverait dans les tissus, et Turine surtout.

Pour Stolnikow, en raison précisément du caractère phénolique de la morphine, sur lequel j*ai insisté en son temps, cette substance subirait, dans l'économie, une métamorphose aboutissant à la formation d'un dérivé phénol-sulfonique : la morphine serait, en quelque sorte, dissimulée dans l'économie, ce qui permettrait à certains individus l'introduction dans leur organisme de ces doses véritablement formidables de 2, 3 ou 4 grammes même auxquelles on a vu arriver quelques morphinomanes.

Cet auteur base son interprétation sur l'observation suivante : en recherchant la morphine dans des urines de sujets morphinisés, d'uqe part directement, d'autre part après avoir chauffé l'urine avec de l'acide chlorhydrique pour décomposer les acides sulfo-conjugués, il aurait toujours obtenu les réactions de la morphine dans le second cas, tandis qu'elles faisaient le plus souvent défaut dans le premier.

L'acide morphine-sulfonique serait soluble dans l'alcool amylique ; et Stolnikow aurait constaté sa présence dans la salive d'un sujet absorbant tous les jours 50 centigrammes de morphine sous forme de lavement.

J'ai vérifié un certain no'tnbre de fois, sur des urines et des matières fécales de morphinomanes, cette assertion qui semble, d'ailleurs, assez acceptable a priori : la morphine ne fournit pas aisément de dérivé sulfoné; mais, lorsque ce produit a pris naissance, il ne paraît pas facilement altérable et se dédouble en donnant de la morphine par l'ébullition en présence de l'acide chlorhydrique dilué. Le point délicat de ces expériences consiste à ne pas prolonger l'ébullition en présence de l'acide chlorhydrique un temps suffisant pour amener la transformation, et par suite la disparition, de la morphine.

Mais ce sont surtout les recherches de Marmé et de Lamal qui semblent avoir fixé la nature des transformations de la morphine dans l'organisme. Lamal a montré qu'au contact du sang oxygéné la

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morphine subit une oxydation partielle, une autre partie se transforme en morphéline, substance amorphe, et une petite quantité demeure inaltérée. Marmé avait déjà fait voir que la morphine s'oxydait et se transformait en un produit auquel il avait donné le nom d'oxydimorphiney dérivant de la condensation de deux molécules de morphine en une seule, avec élimination de deux atomes d'hydrogène et addition de trois molécules d'eau. Marmé aurait retiré cette substance du poumon et du foie chez le chien morphinisé, et aurait observé que son injection inlra-veineuse, chez les animaux, détermine tous les accidents qui caractérisent l'abstinence chez les morphinomanes : la toux, le vomissement, le péristaltisme intestinal avec borborygmes, la diarrhée parfois sanguinolente, l'accélération du pouls, l'abaissement de la pression sanguine, la dilatation des vaisseaux périphériques; enfin, tous ces accidents qui caractérisent la période de besoin chez les morphinomanes, et qui disparaissent sous l'influence de l'injection de morphine, comme disparaissent aussi, sous la même influence, les accidents déterminés par l'absorption répétée de l'oxydimorphine chez les animaux.

L'injection de doses de 5 centigrammes par kilo détermine rapidement des phénomènes d'asphyxie. La dose de 2 milligrammes par kilo, provoque déjà de la toux et des vomissements; et il faut employer, au début, des quantités très faibles, moins de 1 milligramme par kilo, pour arriver à obtenir une tolérance susceptible d'acquérir, après un certain temps, une valeur remarquable, puisqu'on peut faire supporter parfois des doses supérieures à 120 milligrammes par kilo. C'est alors qu'éclatent ces accidents tumultueux qui rappellent étroitement ceux de l'abslinence morphinique et que nous étudierons bientôt avec plus de détails. Ces expériences, comme vous le voyez, sont très importantes; cependant elles ne me paraissent pas encore suffisamment nettes, décisives et nombreuses, pour les accepter sans réserves.

La morphine s'élimine, principalement par l'urine et les matières fécales, dans l'espace de douze à quarante-huit heures; toutes réserves faites, bien entendu, pour les phénomènes d'accoutumance qui peuvent permettre, au contraire, un séjour beaucoup plus prolongé de la morphine dans l'organisme. Quand la morphine est administrée sous forme d'injections sous-cutanées, elle s'élimine en partie par l'estomac; nous allons voir tout à l'heure en quoi ce point peut nous intéresser parti-

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