INGESTION D'OPIUM
longtemps, malgré Tusage de l'opium, la vigueur et Tintégrité de son organisme. « Personne ne doute, en France, dit encore Mattei, que les mangeurs d'opium ne soient des abrutis, d'une pâleur extrême, condamnés à une vie misérable qui ne va guère au delà de trente ans, le corps déformé par de nombreuses périostoses, cadavres vivants dont l'opium est même impuissant à calmer les souffrances. Convaincu de ces faits, nous n'avons pas été peu surpris de voir des mangeurs d'opium avérés munis d'un embonpoint raisonnable, jouir de toutes leurs facultés et ayant dépassé de beaucoup Tâge auquel ils auraient dû mourir, ne présenter aucun dérangement important dans leur organisme et vivre comme tout le monde. »
C'est malheureusement là l'exception : et je ne saurais trop insister sur ce point que Teffet dépressif, l'impression secondaire de faiblesse et de fatigue qui suit toujours et invariablement l'excitation et qui est d'autant plus accentuée que cette excitation a été plus intense et plus prolongée, cette dépression entraîne d'autant plus fatalement à la répétition et à l'augmentation des doses que, d'une part, elle contraste d'une façon plus pénible avec ce que nous allons étudier tout à l'heure sous le nom de période d'euphorie^ et que, d'autre part, l'atténuation, sinon même la disparition de la volonté est un des phénomènes les plus constants et les plus remarquables de l'action de l'opium et de la morphine.
L'opium est utilisé soit sous forme d'opium en nature, soit sous forme de liqueurs, vins, etc. En Perse, on désigne par la dénomination de Goboar le suc épaissi obtenu par incision; le produit obtenu par évaporation du suc résultant de la contusion et de l'expression des diverses parties de la plante porte le nom de J/éconium; enfin, le résultat de l'évaporation à consistance d'extrait du résidu de la préparation du méconium repris par l'eau bouillante est désigné par l'appellation de Proust : ce dernier produit, de qualité très inférieure, n'est guère utilisé que pour falsifier les deux autres, et surtout le méconium, ou bien il est employé, en raison de son bas prix, par les classes peu aisées. On trouve dans les cafés des villes de Perse une décoction de capsules et de graines de pavots, désignée sous le nom de Coquenar^ que l'on absorbe presque bouillante pour en éprouver les effets exhilarants. « C'est un grand divertissement — dit Chardin, dans son Voyage en Perse (1811) — de se trouver parmi ceux qui en prennent dans les cabarets et de les bien observer,