COMPOSITION DE LA FUMÉE D*OPIUM
Il se passe en Orient pour Topium ce qui se passe en Occident pour ralcool. De malheureux fumeurs invétérés ne pouvant renoncer à leur habitude ni se procurer, à cause de son prix élevé, de l'opium de bonne qualité, font usage du DrosSy qui désigne le résidu retiré du fourneau de la pipe dans lequel le chandôo a brûlé, résidu provenant de la condensation des vapeurs et de la combustion incomplète de Topium : cela correspondrait assez aux culots de pipe des fumeurs de tabac. Les effets produits par le dross seraient très différents et n'entraîneraient pas le bien-être général qui survient après que Ton a fumé quelques pipes de bon opium; il provoquerait assez rapidement une sorte d'anesthésie, accompagnée de nausées et de vomissements.
Les conditions dans lesquelles se fait la combustion de ces deux produits, chandôo et dross, sont, en effet, assez différentes et viennent confirmer, dans une appréciable mesure, l'opinion précédente. Cette étude a été reprise récemment par M. Moissan. Déjà, vers 1855, Réveil s'était occupé de l'étude des prodyits qui prennent naissance dans la distillation sèche et dans la combustion de l'opium; il avait noté que vers ISO*" l'opium laisse distiller du carbonate d'ammoniaque; vers 250^ il se dégage une assez abondante quantité de gaz inflammables, parmi lesquels il a signalé l'oxyde de carbone et l'hydrogène bicarboné, ainsi que des gaz non inflammables constitués principalement par de l'acide carbonique; enfin, vers 300'' la décomposition est très rapide, et il passe à la distillation des produits empyreumatiques d'odeur infecte, de réaction fortement alcaline et parmi lesquels on peut reconnaître la présence de dérivés cyanogènes. Il existerait, dans ces produits de condensation, de la morphine, en très faible quantité et à l'état de pyroméconate.
M. Moissan a réalisé un dispositif expérimental permettant de reproduire, aussi exactement que possible, les conditions dans lesquelles se font la combustion et la décomposition de l'opium pendant l'action de fumer. Il s'est assuré que pendant la préparation de la boulette d'opium, la température atteint à peine 240^; et que, dans le foyer même de la pipe, la température, évaluée à l'aide d'une pince thermo-électrique, ne dépasse guère 250**, lorsqu'on a soin de fumer dans de bonnes conditions et sans carboniser brutalement l'opium : c'est à cette température que se produit la fumée de couleur bleutée, de saveur douce et d'odeur agréable. Quand la production