FAITS DE TOLÉRANCE
Ici, comme partout, on peut rencontrer des faits de tolérance exceptionnelle qui n'infirment en rien cette manière de voir et auxquels on pourrait d'ailleurs opposer des faits, encore plus nombreux, d'intolérance. Ça n'est pas dans les exceptions qu'il faut aller chercher les traits caractéristiques de l'action d'une substance toxique ou médicamenteuse. Mais, cependant, ces faits de tolérance me paraissent plus nombreux quand il s'agit d'opium fumé ou ingéré que lorsqu'il s'agit de morphine en injection hypodermique; et cela vient encore à l'appui de l'opinion que j'émettais précédemment. Miquel rapporte l'observation d'un littérateur fort distingué qui était arrivé à consommer jusqu'à 1 grammes 50 d'opium par jour, en pilules, et qui n'en éprouva, au bout de deux ans de cette dose, d'autre désagrément que de l'impuissance. Roques cite dans sa Phyiographie médicale l'observation de deux personne dont Tune consommait, par jour, de 8 à 10 grammes d'opium, et l'autre 70 grammes de laudanum de Sydenham, depuis fort longtemps et sans éprouver d'inconvénients graves. Enfin, en Perse, en Turquie, en Chine, et dans bien d'autres contrées, beaucoup de thériakis (mangeurs d'opium) ou de fumeurs d'opium, sans arriver jusqu'à des doses formidables comme celles que je viens de citer, consomment néanmoins ime quantité assez considérable de la drogue sans que leur état de santé général paraisse en être profondément affecté.
Il n'en est pas de même avec l'emploi des injections hypodermiques de chlorhydrate de morphine; et, dans ce cas, l'abus est encore plus inévitable et les accidents se montrent à plus brève échéance.
Ce mode d'emploi est relativement récent, car c'est seulement en 1853 qu'un médecin anglais, Wood, pratiqua la première injection. Cette pratique fut introduite en France, quelques années plus tard, par Richet père; et il fallut seulement une dizaine d'années pour que l'on arrivât à signaler, et à établir dans les cadres nosologiques, une affection spéciale résultant de l'abus de ces injections hypodermiques. Loehr appela le premier l'attention sur certains syndromes jusque-là méconnus; et ses observations et son étude furent complétées par Charcot, Bail, Jennings, Levinstein, Erlenmeyer, Magnan, etc.
Les cas de morphinomanie vraie et pure sont fort rares relativement à la quantité des cas de morphinisme que l'on peut rencontrer. Il est cependant quelques exemples de morphinisation survenant par accès chez des dégénérés héréditaires et procédant par impulsions