TROUBLES DE L'APPAREIL DIGESTIF
tout à fait exceptionnelles, contrairement à ce que Ton observe dans l'alcoolisme.
On remarque des tendances aux impulsions à cette période de la maladie. Ceci présente quelque intérêt au point de vue médico-légal : à cette période, les malades sont incontestablement responsables quand ils peuvent se livrer sans entraves à leurs pratiques de morphinomanie. Les morphiniques sont des individus sans volonté, apathiques, absolument incapables de prendre une détermination nécessitant la mise en jeu de quelque énergie. Lorsqu'ils peuvent, sans entraveSy satisfaire leur passion, l'impulsion vraie, c'est-à-dire ce mode particulier d'activité cérébrale poussant à des actes que la volonté est impuissante à empêcher, n'existe pas; et l'on n'a pu relever jusqu'ici dans la science médicale aucun fait permettant d'attribuer aux actes des morphinomanes un caractère impulsif certain dans ces conditions. Il en est tout autrement, ainsi que nous le verrons tout à l'heure, dans la période d'abstinence ou de pseudoabstinence morphinique.
Les troubles du mouvement consistent en une modification variable des réflexes, qui sont tantôt exagérés, tantôt diminués ; on a noté parfois des mouvements choréiformes et même de la paraplégie.
Troubles de Tappareil dig^estif. — Les troubles de l'appareil digestif sont constitués, au début, par des nausées, des vomissements, de l'inappétence par diminution de l'acidité du suc gastrique; mais l'accoutumance est rapide, et l'appétit revient si la piqûre est pratiquée au moment du repas. La soif est exagérée; l'haleine devient fétide, d'une odeur spéciale.
On observe également une carie dentaire indolore, ayant Tivoire pour siège, sans périostite, à marche rapide, et coïncidant avec la chute des cheveux. Les grosses molaires sont attaquées les premières par leur face triturante, puis viennent successivement les petites molaires, les incisives, et en dernier lieu les canines : la marche de cette carie est fort rapide, et l'on a signalé des morphinomanes chez lesquels il n'existait plus une seule dent intacte après un an.
La nutrition est troublée : il s'établit une constipation opiniâtre avec des alternatives de diarrhée ; parfois les selles deviennent d'une grande rareté (2 à 3 par mois), douloureuses et sanguinolentes.
Troubles de l'appareil circulatoire. — Ils consistent en ralentissement du pouls ; abaissement de la tension artérielle ; congestion
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passive des reins, pouvant' amener de ralbuminurie, indice d'un ceptain degré de néphrite.
Ce sont là des modifloations dues, au môme titre que la glycosurie transitoire qui apparaît dans les mômes conditions-, à Taotion exercée par la morphine siir les centres bulbo-^médullaire». Par suite de Thypotension artérielle qu'elle provoquent entretient, la* morphine détermine à la longue des'Qpngestions pssftiv\es^. répétées ou perma^^nentes, du côté^de certains organes^ notamment des-rein», qui* peuvent devenir le siège d'une néphrite psrenchymateuse : cela joint à Taffaiblissement de la oontractilité du myocarde facilite un état congeslif permanent qui peut aboutir à. la* production, de lésion» réelles: et explique Talbuminurie permanente de certains morphiniques.
On peut observer deux sortes d -albuminurie : Tune, transitoire, pouvant apparaître et disparaître rapidement, et* dans laquelle la* quantité d- albumine est peu abondante; cette forme est bénigne, car elle ne s'accompagne pas de lésions rénales : c'est' ce que l'on pourrait appeler l'albuminurie bulbaire. La seconde forme est constituée par une albuminurie qui' peut devenir permanente parce qu'elle s'accompagne de lésons rénales due» à une congestion: passive, et qu'elle peut môme aboutir aux lésions du mal de Bright — gros rein blanc, — et dans laquelle la quantité d'albumine est toujours^ plus ou moins considérable : c'est ce que Ton pourrait appeler l'albuminurie rénale.
Trouble» de Tappareil respiratoire. — L'appareil respiratoire est moins aflecté; la respiration est plus courte, incomplète, très légèrement diminuée — 12 à 14 respirations par minute — , nécessitant de temps en temps une large inspiration. L'essoufflement est facile; on note un certain état de dyspnée, par inertie des musdes inspirateurs.
Troubles du système cutoné. — Le système cutané présente de nombreux stigmates de piqûres, rappelant l'aspect dé la lèpre tubei^ culeuse : on a- relevé jusqu'à 63 000 stigmates. de piqûres chez un seul individu. La peau prend! un aspect lardacé. On a signalé la formation de bourses séreuses à la face palmaire du doigt qui pousse la tige du piston de la seringue. Les éruptions sont rares, et plutôt du domaine de l'intoxication subaiguë ; elles rappellent' l'apparence des poussées d'urticaire. Leur apparition est brusque, leur disparition rapide ; elles sont accompagnées de troubles locaux moteurs et sen-
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sitifs, de troubles généraux nerveux : lo\jts ces phénomènes montrent qu*il s*agit là d'une subite intoxication subaiguê survenant au cours de rintoxication chronique ; et Ton remarque, en effet, que ces éruptions se produisent presque exclusivement lorsque, par mégarde ou intentionnellement, Tinjection est poussée dans une veine. C'est surtout quand les piqûres sont pratiquées aux avant^bras qu'on les voit survenir.
Troubles de l'appareiLuriiiaire. — L'appareil urinaire présente également des troubles : de la dysurie non douloureuse survenant après l'injection ; parfois on observe des mictions douloureuses avec spasmes du muscle vésical et du sphincter uréthral. La diminution de la sécrétion. mucipare, sur laquelle j'ai déjà appelé votre attention comme caractéristique partielle de l'action pharmacodynamique des opiacés, joue certainement un rôle dans la production de ces phénomènes. La quantité des urines émises augmente au début, pour diminuer par la suite.
On remarque, assez fréquemment, de l'albuminurie dont l'existence peut s'interpréter, soit par une action exercée par la morphine sur le bulbe, soit, comme nous venons de le voir tout à l'heure, par suite de modifications dans la tension vasculaire. — La glycosurie ne s'observe guère dans l'intoxication chronique ; elle est même assez rare au cours de Tintoxication aiguë.
Troubles du système grénital. — Les troubles du système génital sont constants et fort importants. Nous avons vu que la recherche d'une influence aphrodisiaque est souvent la cause de la morphinomanie : c'est là une spéculation bien mal fondée, car si la morphine est aphrodisiaque au début, elle ne tarde pas à déterminer en peu de temps une impuissance complète.
On a vu l'érection diminuer et devenir difficile même au bout d'un mois d'usage de la morphine. Cependant, à cette époque, l'acte vénérien est encore possible. L'impuissance est d'abord psychique; les désirs vénériens disparaissent les premiers ; puis la sécrétion spermatique est diminuée, et les spermatozoïdes finissent par disparaître.
Chez la femme, l'excitation du début est peut-être plus psychique, quoiqu'on réalité chacun réagisse sous l'influence de la morphine selon la qualité de son cerveau. C'est ici le lieu de rappeler, au sujet de ces manifestations génitales, la classification de M. Magnan en cérébraux antérieurs et cérébraux postérieurs, suivant la modalité