TROUBLES DE LA NUTRITION
nomane pendant 35 ans, et cela, sans avoir jamais dépassé la dose quotidienne de 30 centigrammes. Il eut quatre enfants : le premier mourut phtisique et imbécile; le second était idiot; le troisième imbécile, puéril dans ses actes, dépravé; et le dernier, dément.
On a cité également des cas dans lesquels des enfants ne commencèrent à parler qu'à Tâge de deux ans, d'autres où la première dent ne fit son apparition qu'à l'âge de dix-huit mois. Ces faits sont plutôt fréquents dans les cas où le morphinisme se développe chez des enfants à la suite de l'administration habituelle de . préparations opiacées (laudanum, décoction de têtes de pavots, cordial de Godfrey, etc.), comme on l'a observé dans certaines villes manufacturières d'Angleterre, où les parents administrent des opiacés aux tout jeunes enfants, dans le but de les calmer et de les endormir pendant qu'ils sont occupés à leur travail.
M. Féré a relaté l'observation d'une femme de 22 ans, hystérique, enceinte de six mois, absorbant chaque jour 25 centigrammes de morphine. On tenta de la guérir par la suppression lente, en diminuant les doses; des coliques utérines survinrent qui obligèrent à suspendre le traitement. Au moment de l'accouchement, la dose était encore de i 3 centigrammes. L'enfant, brusquement démorphinisé, eut soixante heures d'agitation ; la mère fut reprise de coliques utérines, et l'on dut suspendre encore la diminution graduelle. La guérison fut obtenue en deux mois, grâce, en grande partie, à la distraction produite par l'enfant, ce qui montre l'importance d'une occupation psychique qui détourne le morphinomane de son obsession.
Troubles de la natrition. — Les troubles graves de la nutrition, dus à l'usage de la morphine, apparaissent à une époque variable, au bout de quelques mois, parfois même seulement au bout de quelques années.
On est frappé de l'état de maigreur des malades; ils ont un aspect particulier, les pommettes sont saillantes, la peau présente parfois des plaques violacées dues à la difficulté de la circulation du sang dans les capillaires, le teint est plombé, le regard hébété, ahuri, atone, la physionomie sans expression, le masque immobile.
Les membres sont décharnés, on observe parfois de l'œdème des membres inférieurs. L'individu présente un aspect vieillot. La vitalité des tissus est très amoindrie, par suite de la diminution des échangés : aussi la résistance du terrain est-elle diminuée. La mor-
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phinomanie entraine ainsi une prédisposition aux maladies; Torganisme se laisse facilement envahir.
Hnllneiice du morphinisme sur Févolation des maladies. —
Certaines affections empruntent au morphinisme un caractère exceptionnel de gravité. On a noté des pneumonies à délire furieux, de la gangrène pulmonaire, une phthisie morphinique.
Chez les ataxiques, la maladie fait de rapides progrès ; la syphilis est, pour ainsi dire, fouettée par la morphinomanie, autant que par Talcoolisme : les accidents tertiaires peuvent apparaître en quelques mois. Malgré les plus rigoureuses précautions antiseptiques, on voit les points de la peau où sont pratiquées les piqûres devenir le siège de rupia ou de pemphigus syphilitique.
On a vu la suppression brusque de la morphine déterminer chez un diabétique une exagération de la glycosurie, et l'amélioration survenir lentement par l'effet du retour aux doses primitives. C'est là, il est vrai, un fait isolé, dont on ne peut jusqu*alors tirer aucun enseignement, la nature arthritique, nerveuse ou pancréatique de ce diabète n'ayant pas été déterminée.
Chez les hystériques morphinomanes, on observe des faits vraiment paradoxaux : l'abstinence provoque le retour des crises convulsives, qui avaient complètement disparu pendant la période d'état du morphinisme. Il est important de noter ici que l'hystérie, en prédisposant aux intoxications passionnelles, fournit un contingent élevé à la morphinomanie. D'ailleurs, comme la plupart des intoxications, le morphinisme est capable de réveiller ou de faire apparaître des tares héréditaires : c'est ainsi qu'on l'a vu provoquer le somnambulisme chez des individus prédisposés.
Au point de vue chirurgical, le morphinisme constitue un terrain dangereux pour l'administration du chloroforme : on a relevé des cas de coUapsus mortel.
A€M!ldent6 causés par la piqûre. — Les accidents causés par la piqûre consistent le plus souvent en abcès, en nombre variable. Ce sont surtout des abcès à streptocoques, caractérisés par une induration d'abord indolente, qui devient douloureuse lors de la suppuration; il en est dont l'aspect est identique à celui d'une gomme; certains récidivent sur place et finissent quelquefois par se fusionner en une sorte de phlegmon diffus. La cicatrisation en est généralement lente et difficile; il subsiste parfois des ulcères atoniques. Ces abcès