ACCIDENTS
sont fréquemment provoqués par Femploi de doses supérieures à 5 centigrammes*
Certains n'apparaissent qu'au bout de six mois ou d'un an. On pourrait fort bien, je crois, appliquer à leur genèse les idées émises par Verneuil sur le parasitisme microbien latent. Parfois ces abcès n'apparaissent qu'un certain temps après la suppression de la morphine. Ils peuvent être alors la cause d'une erreur de diagnostic.
La piqûre d'un nerf peut déterminer un retentissement cérébral ou médullaire, ou à la fois cérébral et médullaire, ce qui se traduit par les phénomènes habituels de ces lésions.
La piqûre des vaisseaux provoque de la congestion encéphalique qui se traduit par des éblouissements, des vertiges, delà céphalalgie, des bourdonnements d'oreilles, de la rougeur de la face, des battements aux tempes : le sujet tombe parfois dans un état d'anéantissement voisin du collapsus, il est pris dé mouvements convulsifs, de sueur froide; et, bien souvent, la mort subite au cours de la morphinomanie est produite par l'injection brusque dans une veine de la solution de morphine. Quelques malades s'aperçoivent, en effet, que la piqûre accidentellement effectuée dans une veine, leur a procuré, à côté de quelques accidents passagers vite dissipés, la période d'euphorie du début qu'ils ne connaissaient plus depuis quelque temps; et, dans le but de reproduire cette période heureuse du morphinisme, insoucieux du danger auxquel ils s'exposent, ils cherchent à pratiquer volontairement leur piqûre dans une veine.
Il n'est pas enfin jusqu'à des maladies contagieuses dont on n'ait observé la transmission par les aiguilles des seringues à injection.
Marche des accidents. — Après la période d'euphorie, qui dure peu, les malades éprouvent un malaise bizarre, une inquiétude, une sorte d'angoisse que la piqûre fait disparaître, aussi augmentent-ils les doses en multipliant les injections. L'impression secondaire de faiblesse et de fatigue, impression inévitable, les porte à recourir à une excitation nouvelle, et leur déchéance au point de vue de la volonté les fait infailliblement succomber.
Alors commence la période d'intoxication caractérisée par la perte du sens génésique, l'aménorrhée, les troubles digestifs, surtout les nausées, la sécheresse de la bouche, la raucité de la voix, la perte du sommeil, l'impressionnabilité excessive, la mauvaise humeur. Le malade est engourdi, ne pense qu'à ses souffrances, car la privation
du poison est pour lui une source de tourments de toute nature, comme son usage avait été, au début, une source de jouissances. Il est dans un état d'inertie morale absolue, sa volonté est complètement annihilée; c'est, en un mot, Timage du parfait égoïsme. Ces souffrances, qui prennent l'importance de véritables tortures chez un individu privé de réaction morale et de volonté, jointes aux manifestations que je viens d'énumérer, constituent autant de sollicitations impérieuses à augmenter le nombre des piqûres, et le malade livré à lui-même n'y peut résister.
C'est à cette période que l'on observe la constipation, la tendance aux abcès, les cauchemars, les hallucinations, la carie dentaire, la chute des cheveux. Survient la période de cachexie qui marche de pair avec l'augmentation des doses. On note à ce moment les troubles de la nutrition, l'amaigrissement, les œdèmes, l'aflaiblissement cardiaque, l'oligurie et l'albuminurie.
A cette période, tout traitement est rendu impossible par l'état du cœur et des reins. La suppression de la morphine entraînerait fatalement la mort. Les morphinomanes finissent alors en état de démence, en proie à un délire continu, avec déchéance complète des facultés intellectuelles; parfois même surviennent de véritables affections mentales. La mort peut encore survenir, en raison de l'état d'infériorité de l'organisme, à la suite d'infection purulente. Il en est qui meurent dans une syncope (mort subite à la suite d'une injection poussée dans une veine); d'autres finissent phthisiques ou dans le marasme.
Lésions. — Les lésions ne présentent, au point de vue anatomopathologique, rien de particulièrement caractéristique. On a noté la dégénérescence graisseuse de certains organes comme dans beaucoup d'intoxications chroniques, de l'œdème cérébral, de la congestion du bulbe et de la pie-mère.
On a décrit trois types de lésions des cellules nerveuses : la tuméfaction trouble (plus fréquemment observée dans l'empoisonnement aigu), la vacuolisation (plus spéciale à l'empoisonnement chronique), la dégénérescence purement granuleuse. Ces lésions débutent par de la raréfaction du protoplasma. On a relevé également des névrites périphériques analogues à celles que l'on retrouve dans les intoxications par l'alcool, le plomb, l'arsenic, le mercure, l'oxyde de carbone. . Le cœur présente de la surcharge graisseuse; le foie est stéatosé.