OBSESSION PAR L'ÉTAT DE BESOIN
On a noté encore un état spécial du pannicule adipeux, caractérisé par de Tinflammation suraiguë, jointe à de la vacuolisation.
Il existe une stase veineuse généralisée. Dans les centres nerveux, Tanémie artérielle contraste avec la congestion veineuse. Des plaques ecchymotiques sont parfois disséminées à la surface des poumons ainsi que de la muqueuse intestinale. Le cœur renferme des caillots asphyxiques. Les fibres musculaires sont en voie de dégénérescence, tandis que Ton remarque une prolifération du tissu conjonctif interstitiel.
Toutes ces lésions sont, en général, peu marquées; elles sont loin d*étre spécifiques; et, bien rarement, on peut observer leur existence simultanée, comme dans le schéma que je viens de vous retracer.
En définitive, ce qui caractérise la morphinomanie, c'est Tétat de besoin, et, par suite, l'état mental dont ce besoin est l'indice. Quelles que soient les doses, le malade privé de son poison est en proie à des sensations physiques et psychiques particulières, caractéristiques. L'état de besoin fait naître chez le morphinomane l'obsession de la pensée par l'idée fixe.
Voilà pourquoi, cet état mental faisant défaut chez les animaux intoxiqués par la morphine, la suppression brusque ne détermine pas d'accidents.
Jennings ayant administré durant trois mois à des lapins une dose quotidienne de 40 centigrammes de chlorhydrate de morphine — ce qui représente plus de cinq fois la dose mortelle pour l'homme — put, sans inconvénients, supprimer instantanément le poison. Chez le rat blanc, Gscheidlen, sous l'influence de doses croissantes aboutissant à 1 centigramme par jour, constata de la prostration pendant quatre jours, après une suspension brusque suivant quarante jours d'administration. L'animal, une femelle, avait eu des abcès et de l'alopécie : pendant cette expérience, elle ne put être fécondée, tandis que des femelles du même âge eurent des petits. Elle-même en avait eu avant le commencement de la morphinisation.
Dans cet état de besoin, les malades éprouvent des phénomènes d'impulsion irrésistible : aussi leur responsabilité est-elle atténuée, voire nulle, pour les actes délictueux commis à cette période.
Le trouble des cellules nerveuses qui se sont habituées à n'entrer en activité que sous l'influence d'un excitant étranger, trouble auquel la privation vient ajouter comme élément somatique une sensation