OBSESSION PAR L'ÉTAT DE BESOIN
analogue à celle de la faim, rend compte des manifestations qui, jointes à un élément psychique particulier, constituent cet état de besoin. C'est, comme Ta fort bien dit 0. Jennings, à la fois la sensation d'un appétit inassouvi et le sentiment d'un désir non satisfait.
Aussi voit-on le morphinomane tenter tout pour se procurer de la morphine. Il ne recule devant aucune action si répréhensible qu'elle soit. Il serait inexact de dire, comme cela a été fait par Certains observateurs, que le morphinomane a une tendance particulière au mensonge, surtout lorsqu'il est dans l'état de besoin ; mais, pour se procurer son poison habituel, on pourrait dire, si l'on peut employer ce néologisme, que le morphinomane semble atteint de mensongeomanie.
C'est à cette époque variable de l'intoxication, environ deux mois, en général, après le début des piqûres, quelquefois tout de suite après les premières injections, que se manifestent les symptômes nerveux caractéristiques, les troubles psycho-sensoriels, les impulsions irrésistibles. Cette manifestation de l'état de besoin est d'ailleurs subordonnée au tempérament plus ou moins névropathique de l'individu.
Au point de vue des applications à la médecine légale, les symp tômes qui caractérisent Tétat de besoin sont importants à connaître. Ils peuvent consister en phénomènes d'excitation, ou, au contraire, de dépression. Les malades privés de leur poison habituel sont pris de bâillements irrésistibles, d'éternuements, de larmoiement oculonasal, parfois même de véritables crises de larmes. Ils sont sujets à des syncopes dues à la privation brusque de l'excitant cardiaque, parce que le cœur a fini par s'habituer à l'excitation et à l'accélération du début qui lui sont devenues indispensables. Ils montrent une sensiblerie ridicule, indice d'une véritable hyperesthésie morale, tel ce médecin qui versait des torrents de larmes an récit des symptômes rapportés par ses malades. La face est pâle, triste, inquiète; les yeux éteints, la vision indistincte; des bourdonnements d'oreilles, du tremblement des mains, de l'incoordination motrice, achèvent de donner au malade un aspect d'hébétude qui contraste singulièrement avec l'activité et les dehors brillants du morphinomane dans la période d'euphorie. Le travail intellectuel est impossible. Quand le sujet peut l'obtenir, le sommeil est lourd et accompagné de lassitude extrême au réveil.
Un symptôme des plus caractéristiques est le besoin de mouve-