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SYMPTÔMES DE L'ÉTAT DE BESOIN

ment : le malade se livre à un va-et-vient incessant qui détermine bientôt une sensation de fatigue intense. Il ne peut tenir en place, se lève, se rassied ou se couche; bref, il ne trouve dans aucun mode de station le repos qu'il cherche. Dans le cas où une injection de morphine ne vient pas mettre un terme à ces manifestations déjà fort pénibles, les troubles digestifs ne tardent pas à faire leur apparition; ils consistent le plus souvent en une diarrhée profuse, souvent aussi en vomissements d'abord alimentaires, puis muqueux, enfin bilieux. La température s'abaisse au-dessous de la normale; le nombre des pulsations cardiaques diminue. Le malade est pris de sueurs profuses, de frissons généralisés, avant-coureurs du collapsus; il tombe dans un état jd'algidité que l'on a caractérisé par Tépithète d'état cholériforme.

Parfois le collapsus se montre d'emblée, après la disparition des premiers symptômes : le malade a la face pâle, ou, au contraire, fortement congestionnée, de couleur cramoisie. Cet état peut durer environ un quart d'heure, et se reproduire de trois à quatre fois par jour.

Il se fait, à ce moment, une rupture d'équilibre entre l'impulsion cardiaque et la résistance vasculaire. Par suite de la difficulté des échanges dans les capillaires, les tissus se trouvent dans un état d'anémie par défaut, en même temps qu'il se produit de la stase veineuse par paralysie vaso-motrice. Les centres nerveux sont les premiers à souffrir de cet état déterminé par le ralentissement de la circulation, aussi les symptômes nerveux occupent-ils une place prépondérante dans les manifestations. Ce sont, en effet, des accès hystériques, épilectiques, tétaniques, maniaques; une sorte de delirium tremens comparable à celui déterminé qar l'alcool, et dont Charcot a fait ressortir nettement les cfifractères différentiels.

Dans le cas de delirium alcoolique, les accidents éclatent spontanément ou au cours de maladies aiguës, le tremblement musculaire persiste, l'alcool augmente le paroxysme, l'accès dure une série de jours, enfin le collapsus consécutif au délire est souvent terminé par la mort; dans le delirium morphinique, les accidents éclatent au cours de l'abstinence, le tremblement musculaire disparaît, la morphine arrête net l'accès, la durée de l'accès ne dépasse pas 48 heures à moins qu'il n'éclate chez un alcoolique, enfin le collapsus consécutif au délire fait défaut.

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A ces troubles nerveux viennent s'ajouter des troubles de la sensibilité, des troubles psycho-sensoriels qui sont ceux que je vous ai déjà décrits précédamment et sur lesquels il est, par conséquent, inutile de revenir. ËnGn, se montre le cortège des impulsions : au mensonge, au vol, au suicide et à Thomicide, à la prostitution, et surtout à la piqûre, le plus constant et le plus obsédant de tous. On a pu dire avec raison du morphinomane qui veut se procurer de la morphine et que nulle considération ne retient alors, qu'à la place de l'individu civilisé, il n'y a plus qu'un animal qui veut satisfaire un besoin.

Bien souvent, la symptomatologie que je viens de vous retracer à grands traits subit des modifications plus ou moins profondes, en raison de la coïncidence de diËFérentes intoxications. En essavant de se corriger de sa morphinomanie, ou dans le but d'apaiser ses souffrances ou d'oublier ses douleurs, le malade tombe dans l'opiophagie, l'alcoolisme, l'éthérisme, le chloralisme, le cocaïnisme, etc. Le pronostic est alors aggravé par la coexistence de plusieurs intoxications.

Lorsque la guérison doit survenir, le réveil des organes génitaux — on peut même observer alors une hyperesthésie, — le rétablissement de la menstruation chez la femme, sont des signes importants du retour à l'état hygide.

Je vous dirai, en terminant, que l'on a parfois constaté, après la guérison, l'apparition d'accidents éloignés de nature psychique, par exemple, la mélancolie.

Traitement. — Le traitement de la morphinomanie ne peut être que la suppression de la morphine. La suppression brusque est une méthode mauvaise, dangereuse. Elle peut entraîner des accidents graves, un état de collapsus et même déterminer la mort. — La suppression rapide^ qui peut être complète en 8 a 10 jours, est souvent encore un mode défectueux de traitement qui ne met pas à l'abri d'accidents plus ou moins prononcés, et qui n'est pas applicable à tous les cas. — La suppression graduelle, en espaçant les piqûres et en diminuant progressivement les doses, est souvent de beaucoup préférable, tout en ne mettant pas à l'abri des accidents d'abstinence. — C'est, d'ailleurs, une question d'espèce et pour laquelle, comme pour tout traitement, il est impossible de fixer des règles précises et infrangibles.

Ici apparaît toute l'importance des médications substitutives, dans

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l'emploi de substances qui, comme Talcool, l'éther, la cocaïne, le chloral, agissent directement sur les centres nerveux, et dans des conditions analogues à celles de la morphine. Mais il ne faut pas se départir d'une extrême prudence, car nombreux sont les morphinomanes qui deviennent cocaïnomanes, éthéromanes ou alcooliques, et cela avec la plus grande facilité. Deux des substances dont je viens de faire lénumération sont les plus particulièrement dangereuses : Falcool, mais surtout la cocaïne. Sauf de rares exceptions concernant des dégénérés, le morphinisme n'intéresse pas la sécurité sociale au même titre que l'alcoolisme; mais si le sujet devient cocaïnomane, il arrive rapidement aux hallucinations et au délire, c'est-à-dire aux impulsions subites et inattendues qui le rendent dangereux pour la société et en font l'équivalent d'un alcoolique halluciné et persécuté. Je tenais à attirer votre attention sur ce point, important par ses applications médico-légales.

L'emploi de ces médicaments substitutifs devrait, à mon avis, être strictement réservé au médecin et rigoureusement surveillé par lui. Je les crois capables de rendre de grands services, à la condition que le morphinomane ignore leur emploi et ne soit pas tenté, par suite, de se procurer plus fréquemment, à leur aide, la stimulation nerveuse qui lui manque depuis l'abandon ou la diminution des doses de la morphine. La substitution d'une intoxication à une autre est, en eËFet, le grand écueil de cette méthode, et elle est presque impossible à éviter si le malade s'aperçoit que les souffrances et les accidents de la période d'abstinence peuvent être enrayés, en partie tout au moins, par l'emploi de l'alcool, de l'éther, de la cocaïne, du chloral, ■etc. On peut également avoir recours aux médications spéciales combinées avec la suppression graduelle.

Pour stimuler la circulation, on peut utiliser la spartéine, la digitaline; mais il faut éviter de pratiquer des injections hypodermiques chez les morphinomanes : ils ont, en général, à un tel degré la manie des piqûres que l'on s'expose à voir leur besoin de piqûres demeurer impérieux et ramener l'emploi de la morphine. Je ferai exception, cependant, pour les injections de sérum artificiel, avec ou sans addition de glycérophosphates alcalins, qui peuvent être d'une grande utilité, sans compter que leur usage pourrait satisfaire, dans une appréciable mesure, cette manie de la piqûre.

On s'est servi des bromures, et, comme hypnotiques, du sulfonal.

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du trional, du chloral : je vous citerai seulement ici, l'expérience ne me paraissant pas encore suffisante, les bons effets que Ton dit avoir récemment obtenus avec la dionine et le chlorhydrate d'héroïne.

Les alcalins seront employés dans une large mesure, leurs indications sont, en effet, multiples : ils saturent les produits acides d'une combustion incomplète; ils combattent l'acidité du muscle qui accom pagne, très probablement, la sensation de fatigue si vite et si énei^îquement ressentie par les morphinomanes à l'occasion du moindre effort musculaire; ils neutralisent l'acidité exagérée du suc gastrique succédant à l'anacidité que produit la morphine. — Toutefois, dans ce dernier cas, le lavage de l'estomac serait, à mon avis, préférable. — Je vous rappelle qu'en effet, au moment de la suppression de la morphine, il se produit souvent une phase de dyspepsie avec hyperacidité et qu'à ce moment l'ingestion de bicarbonate de soude fait disparaître en majeure partie les symptômes gastriques.

On a employé également les antispasmodiques, notamment la valériane.

L'étude plus approfondie de l'action physiologique de la morphine a permis d'interpréter les heureux résultats obtenus dans le traitement de la morphinomanie par l'emploi des agents physiques. En effet, la stimulation intime des centres nerveux baignés par un liquide exerçant une action pharmacodynamique spéciale due à la morphine, détermine des modifications moléculaires attribuables, en dernière analyse, à des modalités de mouvement. Lorsque je vous ai entretenu de l'action hynoptique de l'opium, je vous ai exposé comment la conception- nouvelle des neurones et de la contiguïté de leurs prolongements protoplasmatiques et cylindraxiles s'accordaient avec une pareille interprétation. Or, le besoin irrésistible de mouvement, que je vous signalais tout à l'heure chez le morphinomane en état de besoin, serait pour Bail et Jennings une manifestation de l'action pharmacodynamique spéciale exercée par la morphine. Aussi, ces observateurs ont-ils proposé d'obéir à cette indication au moyen de stimulations dynamiques de différentes espèces, telles que la faradisation, le massage, les frictions sèches; les vibrations mécaniques, vibrations sonores, vibrations calorifiques. Le hamac, voire la navigation, permettraient au morphinomane de satisfaire son besoin de mouvement sans éprouver la fatigue résultant d'un travail musculaire. En définitive, l'hydrothérapie et les agents physiques — méthode

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